2026-06-19

Le Mensonge comme Moteur d’une Société Profitable

 


Dans un monde où l’information circule à une vitesse fulgurante, le mensonge apparaît non seulement comme une réalité inévitable, mais aussi comme un outil potentiellement profitable. En effet, une société qui utilise le mensonge de manière stratégique peut favoriser des gains économiques et sociaux. Cependant, cette dynamique s’accompagne d’un coût : l’isolement de l’individu dans un univers de divertissement qui comble les illusions.

La Stratégie du Mensonge
Le mensonge, lorsqu'il est utilisé à des fins commerciales, peut prendre plusieurs formes. Par exemple, la publicité repose souvent sur des exagérations ou des promesses non tenues. Les entreprises créent des narrations séduisantes qui attirent les consommateurs, les incitant à acheter des produits dont ils n'ont pas nécessairement besoin. Cette manipulation de la vérité peut générer des profits considérables.

1. L'illusion de la consommation
Les marques construisent des mythes autour de leurs produits, promettant un style de vie enviable en échange de l'achat. Les consommateurs, en quête de validation sociale, se laissent entraîner dans cette spirale de consommation. Ainsi, le mensonge devient un moteur de l'économie, alimentant un cycle où le besoin de posséder est perpétuellement renouvelé.

L'Isolement de l'Individu
Dans cette quête de profit, l’individu est progressivement isolé. Le divertissement, qu'il soit numérique ou traditionnel, joue un rôle clé dans ce processus. Les plateformes de streaming, les réseaux sociaux et les jeux vidéo créent des environnements immersifs qui détournent l'attention des réalités plus sombres de la vie quotidienne.

2. Le divertissement comme échappatoire
Le divertissement devient une échappatoire face à un monde souvent difficile et décevant. Les individus plongent dans des réalités alternatives, où les mensonges sont embellis par des récits captivants. Cette immersion permet de combler les vides laissés par des vérités inconfortables, mais elle renforce également l’isolement. Les relations interpersonnelles s’effritent, remplacées par des interactions superficielles en ligne.

Les Illusions Sociales
Le mensonge et le divertissement ne se contentent pas d’isoler l’individu ; ils façonnent également la perception collective de la réalité. La société devient ainsi un espace où les illusions prédominent, créant des attentes irréalistes et des standards de réussite inaccessibles.

3. La quête de l’authenticité
Dans un monde saturé de mensonges, la quête de l’authenticité devient un défi. Les individus, en cherchant à se démarquer, peuvent adopter des comportements qui renforcent encore plus cette illusion. Les réseaux sociaux, par exemple, encouragent la mise en scène de vies idéales, alimentant un cycle de faux-semblants.

Conclusion
En somme, le mensonge, utilisé comme un outil stratégique, peut effectivement rendre une société plus profitable économiquement et socialement. Cependant, cette approche engendre un isolement croissant des individus, piégés dans un monde de divertissement qui comble les illusions. La question qui se pose est alors de savoir si cette profitabilité vaut le prix de l’authenticité et des vérités humaines. Dans cette dynamique, il devient crucial de réfléchir à l’équilibre entre le mensonge, le profit et le bien-être social. 

Auteur : Pascal Walter | mars 2025
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Ploutocratie, Aristocratie et confiscation des droits des citoyens

 


Analyse comparative :

La question de la confiscation des droits des citoyens se pose différemment selon la nature du régime. Voici une analyse pour les régimes ploutocratiques et aristocratiques, en complément de celle sur l'autoritarisme :

I. Régime Ploutocratique (Gouvernement des Riches)

  Définition : Un système où le pouvoir politique réel est exercé par et pour les détenteurs de la richesse économique (individus, corporations, groupes financiers). La ploutocratie peut exister au sein de systèmes formellement démocratiques.


  Confiscation des droits ? Oui, de manière systémique et souvent insidieuse, mais différente de l'autoritarisme.

    *   Mécanismes de confiscation :
           Influence disproportionnée : Les riches financent massivement les campagnes électorales, les lobbies et les médias, orientant l'agenda politique et la législation en leur faveur (droit à une représentation équitable confisqué*).


           Accès inégal à la justice : La qualité de la défense et l'accès aux recours juridiques dépendent souvent des moyens financiers (droit à un procès équitable et à l'égalité devant la loi compromis*).


           Privatisation de l'espace public : La concentration des médias entre les mains de grands groupes limite la pluralité des opinions (droit à une information libre et diverse confisqué*). L'influence sur les réseaux sociaux via le "capital de visibilité" crée des inégalités d'expression.


           Corruption et capture de l'État : L'État est "capturé" par des intérêts privés, servant leurs objectifs plutôt que l'intérêt général (droit à une administration impartiale et au bien commun confisqué*).


           Marchandisation des droits : L'accès à des services essentiels (santé, éducation de qualité, environnement sain) devient largement tributaire de la richesse (droit aux conditions de vie décentes et à l'égalité des chances confisqué*).

    *   Nuances :
           Les droits politiques formels (vote, candidature) peuvent exister, mais leur exercice effectif et leur impact* sont fortement limités pour les non-riches.
        *   Les libertés civiles (expression, mouvement) peuvent être préservées en apparence, mais leur portée réelle est minée par l'inégalité économique et l'influence des puissances d'argent.
        *   La confiscation est moins brutale que dans un régime autoritaire, mais tout aussi efficace pour maintenir une oligarchie au pouvoir et perpétuer les inégalités.


II. Régime Aristocratique (Gouvernement des "Meilleurs" / d'une Élite Héréditaire ou de Naissance)

  Définition : Un système où le pouvoir politique est détenu par une minorité considérée comme "supérieure" par la naissance (noblesse), la vertu supposée, le mérite (dans une vision idéalisée), ou l'appartenance à un groupe fermé. Historiquement dominant (monarchies féodales, certaines républiques oligarchiques).


  Confiscation des droits ? Oui, par définition, car fondé sur l'inégalité de statut politique.

    *   Mécanismes de confiscation :
           Exclusion politique de principe : La majorité des citoyens (le "demos") est exclue du pouvoir et de la prise de décision politique centrale par sa naissance ou son statut (droit à la participation politique et à la souveraineté populaire niés à la base*).


           Privilèges juridiques : L'aristocratie bénéficie souvent de lois, de tribunaux et de peus différents de ceux du peuple (droit à l'égalité devant la loi confisqué*).


           Monopole des charges et du pouvoir : Les positions de pouvoir (gouvernement, haute administration, armée) sont réservées à l'élite aristocratique, fermant l'accès aux autres (droit à l'égalité des chances et à la méritocratie confisqués*).


           Contrôle de la terre et des ressources : La base économique du pouvoir aristocratique (souvent la propriété foncière héréditaire) perpétue la dépendance économique et sociale du peuple (droits économiques et sociaux limités par le statut*).


           Légitimation idéologique : Le système est justifié par des doctrines (droit divin, supériorité naturelle, tradition) qui nient le principe d'égalité des citoyens en droits (droit à la dignité et à l'égale considération confisqués*).

    *   Nuances :
           Aristocratie "éclairée" vs. oligarchie fermée : Une aristocratie théoriquement fondée sur le mérite et le service de l'intérêt général (vision platonicienne) pourrait en théorie* mieux protéger certains droits que l'autoritarisme ou la ploutocratie pure. En pratique, elle dégénère souvent en oligarchie fermée défendant ses privilèges.


        *   Droits limités mais existants : Le peuple peut avoir certains droits coutumiers ou locaux reconnus par l'aristocratie (pour éviter la révolte), mais ils ne sont pas des droits politiques universels et inaliénables.


        *   Stabilité vs. Liberté : Ces régimes peuvent apporter une certaine stabilité et continuité, mais au prix des libertés politiques fondamentales et de l'égalité.

Conclusion Comparative :

  Autoritarisme : Confisque les droits par la force brute, la répression ouverte et la destruction des contre-pouvoirs. La confiscation est directe, totale et violente pour les droits politiques et civils.


  Ploutocratie : Confisque les droits par l'influence économique, la corruption structurelle et la transformation des droits en privilèges monnayables. La confiscation est insidieuse, sape l'égalité réelle et l'effectivité des droits formels, pervertissant souvent les mécanismes démocratiques de l'intérieur.


  Aristocratie : Confisque les droits par l'exclusion de principe basée sur le statut héréditaire ou l'appartenance à une élite fermée. Elle nie fondamentalement l'égalité politique et souvent juridique des citoyens, réservant le pouvoir et ses privilèges associés à une minorité.

En résumé : Si les mécanismes diffèrent (force brute, pouvoir de l'argent, privilège de naissance/statut), ces trois types de régimes non-démocratiques confisquent tous, fondamentalement, les droits politiques pleins et égaux des citoyens, ainsi que l'égalité réelle devant la loi et les chances.

 Ils substituent la souveraineté du peuple (démocratie) par la souveraineté d'un individu/parti (autoritarisme), d'une élite économique (ploutocratie) ou d'une élite de statut (aristocratie).

 L'étude de ces régimes souligne ainsi que la garantie effective des droits requiert non seulement leur reconnaissance formelle (comme dans certaines ploutocraties ou aristocraties "libérales"), mais surtout des institutions et un équilibre des pouvoirs qui empêchent leur confiscation par une minorité quelle qu'elle soit.

GTP

Générateur de Textes pour la Paix

La fuite de soi, le masque du divertissement Leçons pascaliennes



la démultiplication des puissances techniques de la distraction a dorénavant de quoi inquiéter. 

Le cinéaste Robert Bresson le notait déjà : « Cinéma, radio, télévision, magazines sont une école d’inattention : on regarde sans voir, on écoute sans entendre [2]. »

« L’attention de l’esprit est la prière naturelle que nous faisons à la vérité intérieure, afin qu’elle se découvre à nous [1]. » Parole difficile que celle de Malebranche, car l’époque est bien, en son actualité la plus vive, à la distraction, à son culte. Et la démultiplication des puissances techniques de la distraction a dorénavant de quoi inquiéter. Le cinéaste Robert Bresson le notait déjà : « Cinéma, radio, télévision, magazines sont une école d’inattention : on regarde sans voir, on écoute sans entendre [2]. »


Le constat, certes préoccupant, demeure cependant fort banal et sans force. Et la dénonciation n’offre, en particulier, aucune puissance d’éclaircissement si elle ne se donne pas les moyens d’atteindre la chose elle-même. 

Car l’homme n’est pas simplement l’existant qui ne cesse d’être le jouet de tout ce qui, au dehors comme au dedans de lui-même, commande à ses actes, lors même qu’il voudrait en être le maître. Il est aussi celui dont l’existence est comme une perpétuelle fuite de soi, comme si le fait de s’égarer constituait, en fait, un vœu inavoué. 

  Cette fuite de soi, Pascal la nomme « divertissement », agitation incessante qui mobilise à ce point l’existence de l’homme qu’elle lui permet de ne plus penser à ce qui importe le plus à sa vie : le sens de sa condition mortelle. En son fond, se divertir signifie masquer que « le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste » (L 165) [3]. 

Le divertissement est ainsi l’expression de notre misère. Mais il est aussi un remède contre la conscience de cette misère : exactement comme le pharmakon grec, le divertissement est à la fois remède et poison. « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement. Et cependant c’est la plus grande de nos misères.

 Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous et qui nous fait perdre insensiblement » (L 414). C’est cela qu’il faut penser.

« Mendier le tumulte » pour ne pas « se sécher d’ennui » [4]

D’emblée, une distinction s’impose, car l’égarement du divertissement n’est aucunement de même nature que l’erreur et il n’a pas les mêmes conséquences sur la conduite de la vie. Le divertissement est l’illusion consentie dans laquelle l’existence s’égare au point de perdre le sens de ce qui importe le plus pour elle : la confrontation avec la « condition faible et mortelle » (L 136). Cette illusion a sa racine au dedans même de la pensée qui se refuse à admettre ce que pourtant elle ne voit que trop. Le divertissement n’est donc pas un voile qui s’interposerait entre le réel extérieur et le regard de la pensée, brouillant toutes choses et les rendant floues : c’est un masque que l’homme impose sur son visage pour ne pas se laisser voir tel qu’il est, pour se cacher à soi-même ce qu’il ne peut ignorer, mais, dans le même temps, ce qu’il ne peut supporter, la misère de sa condition d’homme, la misère de n’avoir à vivre qu’une vie de brève durée. De la même façon, le divertissement n’est pas non plus seulement la fausseté de l’ostentation sociale des apparences : il n’est pas l’« entre-tromperie » et l’« entre-flatterie » (L 978) appelées par tous les jeux de faux-semblants liés à l’institution sociale de notre « être imaginaire » (L 806), mais le fruit du fait permanent de la misère de l’homme.




De cette misère, le révélateur est l’ennui. « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide » (L 622). Il faut comprendre que l’ennui n’affecte pas, entre autres tonalités affectives, l’homme.

 L’homme l’endure en tant même qu’il est : « Condition de l’homme. Inconstance, ennui, inquiétude » (L 24) [5]. C’est que l’ennui fait atteindre le fond même de la misère de l’homme, le lieu où toute cause extérieure ou particulière du malheur s’efface devant cette fracture qu’est l’homme pour lui-même, lui qui est en souci de coïncider avec lui-même et avec la vie, sans distance ni empêchement, dans un « plein repos », et, en même temps, dans l’impossibilité de supporter une telle coïncidence.

Auteur 

Par Dominique Weber / Pages 631 à 641 

Extrait de l'article de la revue Études 2001/12 Tome 395 décembre 2001

https://shs.cairn.info/revue-etudes-2001

2026-06-01

Un débat public biaisé en période de crise economique et sociale

                                                                  visual / getmerlin.in/fr/bonkers

Dans un contexte de crise économique et sociale profonde, il est alarmant de constater que la population française méconnaît largement une caractéristique majeure et décisive des textes fondateurs de la République ainsi que le fonctionnement de son administration étatique. Cette carence de connaissances interroge nos institutions, de l’école aux médias, en passant par l’enseignement supérieur et les discours politiques.

 Chaque responsable politique doit impérativement s’interroger sur la clarté et la pertinence de ses propos concernant ce sujet crucial. 

De même, les journalistes doivent se demander si leurs écrits et leurs interventions contribuent à éclairer les citoyens ou, au contraire, les maintiennent dans l’ignorance. Ce déficit d’information soulève des questions légitimes sur la transparence et la qualité du débat public dans notre démocratie.

Comment les citoyens peuvent-ils faire des choix informés alors qu'ils manquent des connaissances de base sur des sujets aussi fondamentaux ?  La responsabilité de cette situation incombe aux divers acteurs politiques, médiatiques et éducatifs. 

Il est primordial que la population française puisse accéder à une information fiable et exhaustive sur le fonctionnement de son gouvernement et sur les impacts réels des politiques publiques sur la vie quotidienne et l’économique du pays. 

 Seul un débat public nourri, transparent et honnête permettra de prendre des décisions à la hauteur des défis socio-économiques colossaux auxquels notre pays est confronté. Sans cela, le risque est grand de voir se perpétuer des inégalités croissantes et une perte de confiance accrue envers les institutions.

PW.Ai




PRÉAMBULE

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par laDéclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004. En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'outre-mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique. ________

 ARTICLE PREMIER
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.


 (extrait) source 
Texte intégral en vigueur à jour de la révision constitutionnelle du 8 mars 2024 cliquez Version PDF

Un nouveau totalitarisme, celui du marché


Un article publié dans la revue Spirale, no 176, janvier-février 2001, p. 16.

Un " totalitarisme" qui exerce aujourd’hui son emprise, dans des sociétés qui se réclament pourtant de la démocratie, est celui qui veut paradoxalement justifier son existence au nom d’une plus grande liberté, celle du marché, mais qui ne laisse en réalité d’autre choix que de s’intégrer à la logique d’une pensée unique, d’un mode unique d’agir, une logique qui s’est infiltrée dans nos vies de manière tacite sous la forme d’une guerre non déclarée, qui enchaîne les populations et lie leur sort à la santé du capital, à la prospérité des investissements. 

Cette logique est celle du néolibéralisme, qui s’est implanté à partir de la fin des années 1970 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, pour se généraliser à l’échelle du monde entier au cours des deux décennies suivantes et régner dès lors en maître absolu, soumettant toute l’activité économique et sociale aux seules lois du marché. Il s’agit bien d’un retour au libéralisme après une période de quelque quatre décennies qui avaient vu triompher l’interventionnisme étatique. 

Mais ce libéralisme est d’un type nouveau dans la mesure où le champ de son déploiement est celui d’une économie « globale » entièrement mondialisée où le principe de la liberté des échanges a été poussé à un point tel que les États en sont arrivés à confier aux marchés et aux institutions internationales qui en assurent la domination intégrale, des pouvoirs supranationaux qui priment sur la souveraineté des États et le contrôle de la démocratie parlementaire sur des enjeux majeurs de la vie sociale, désormais décidés par les impératifs du profit et de la compétitivité internationale.

Le totalitarisme d’aujourd’hui est celui de la domination totale par le marché. L’étendue de son pouvoir, en voie d’achèvement au niveau mondial depuis la chute de l’économie planifiée dans l’ex-Union soviétique et ses satellites d’Europe centrale et orientale, ne s’arrête pas à la sphère de l’économie. Le totalitarisme du marché poursuit son action dirigée vers la transformation complète de l’individu en homo oeconomicus, en individu qui penserait tout en termes économiques, comme le soutient depuis des décennies la science économique officielle fondée sur le principe de l’individualisme méthodologique. 

Sans sombrer dans le catastrophisme, on ne peut écarter aujourd’hui, avec les progrès phénoménaux du génie génétique et leur appropriation privée par les entreprises multinationales dans un monde qui n’obéit qu’aux lois du marché et du profit, l’hypothèse d’un éventuel recours au clonage généralisé et aux mutations génétiques pour achever, dans une version moderne d’eugénisme, ce modelage de l’individu aux besoins de l’économie.

Des conditions propices à la domination totale

Le chômage croissant, la mise à sac des programmes publics de protection sociale, la destruction de l’emploi stable auquel on substitue l’emploi contractuel et à temps partiel, le recul de la syndicalisation, l’accroissement des inégalités à l’intérieur des pays et entre pays riches et pays pauvres, l’insécurité, la misère et le désarroi social qui en résultent constituent le processus même de la constitution de la société atomisée, condition de sa domination totale et terrain fertile à l’émergence d’une forme extrême de cette domination.

 La profilération d’une multitude de groupes racistes, xénophobes, néofascistes et néonazis dans un grand nombre de pays et les récents succès électoraux de partis politiques d’extrême droite démontrent qu’il ne s’agit pas d’une simple hypothèse d’école. La regrettable décision de l’Union européenne, prise en septembre 2000, de lever les sanctions imposées à l’Autriche à la suite de l’entrée au gouvernement de ce pays en février 2000 du FPÖ (Freiheitlische Partei Österreichs), parti d’extrême droite dirigé par le raciste Jörg Heider, en dit long sur la détermination des quatorze « démocraties » européennes à prendre les moyens qui s’imposent pour barrer la route à une remontée de l’extrémisme de droite.

Venant de gouvernements dirigés par des partis de droite, une telle attitude n’est pourtant pas aussi inattendue à la lumière de l’histoire. Il n’est en effet un secret pour personne, par exemple, comme le rappelle Hobsbawm, que le conservateur britannique Winston Churchill cachait mal sa sympathie à l’égard de Benito Mussolini et de son régime fasciste et que sa motivation à se présenter peu après comme le chef de file de la lutte anti-fasciste n’était motivée que par la menace réelle que représentait pour la Grande-Bretagne la puissance montante de l’Allemagne nazie. On sait par ailleurs que les « démocraties » européennes qu’étaient la France et la Grande-Bretagne, voyant en Hitler le fer de lance de la croisade antibolchevique, n’avaient pas hésité à s’allier à Hitler et Mussolini en signant en 1938 le traité de Münich, qui laissait Hitler libre d’annexer la Tchécoslovaquie et lui fournissait le tremplin d’une attaque prochaine contre l’URSS.

Venant de gouvernements « socialistes », social-démocrates ou travaillistes comme les gouvernements français, allemand et britannique, dirigés par des partis s’affichant comme partisans d’une « troisième voie », celle du partenariat, la banalisation de l’entrée du FPÖ au sein du gouvernement autrichien est-elle moins inattendue?  La réponse à cette question s’impose d’elle-même lorsqu’on se souvient que le Parti socialiste autrichien, déjà protagoniste de la « troisième voie » dans les années soixante-dix, a joué un rôle clef pour contribuer à donner une crédibilité politique au FPÖ d’extrême droite et à favoriser ainsi sa progression, en gouvernant en coalition avec lui de 1983 à 1986.

Dans un article intitulé « Le fascisme libéral » publié en août 2000 dans le Monde diplomatique, le Sous-commandant Marcos, dirigeant de l’Armée zapatiste de libération nationale du Chiapas au Mexique exprime cette préoccupation dans les termes suivants :

La fameuse « troisième voie » ne s’est pas seulement révélée, ici et là, fatale pour la gauche, mais peut constituer, par endroits, une rampe de lancement pour le néofascisme.

Ces rappels font ressortir avec une grande acuité les dangers qui se profilent aujourd’hui et les moyens absolument nécessaires à mettre en œuvre pour y faire échec, dont le principal consiste incontestablement à contrer le processus de l’atomisation sociale par l’action organisée unitaire et la mobilisation sur une base de classe, en toute indépendance, pour la défense des intérêts de la grande majorité de la population.

Texte de : Louis Gill, économiste

Professeur retraité de l'Université du Québec à Montréal

«L’atomisation sociale : condition de la domination totale ». Un article publié dans la revue Spirale, no 176, janvier-février 2001, p. 16. [Autorisation accordée par l'auteur le 4 janvier 2005 de diffuser ce texte.] 

Lien 

http://classiques.uqac.ca


Avons-nous perdu le goût de la démocratie?

"La démocratie est un combat. Nous l’avions oublié, dans l’euphorie de la chute du mur de Berlin. La montée en puissance de régimes ­illibéraux ou totalitaires et la guerre en Ukraine sont venus nous le rappeler.
Devant le délitement de notre vie politique et les crises multiples qui sont devant nous, beaucoup commencent à penser qu’un pouvoir autoritaire serait la solution. Allons-nous préférer la soumission à la liberté ? C’est notre avenir qui est en jeu.
Pour défendre la démocratie, il faut en revisiter les origines et les fondements, examiner les conditions de sa survie, en comprendre le mouvement profond. Le partage à voix égales de l’incertitude du monde – car c’est de cela qu’il s’agit – exige de nous courage et détermination.
Cet essai pose les bases d’une intelligence renouvelée du seul régime capable de préserver la liberté, l’égalité et la fraternité." (présentation de l'éditeur)


Ce premier quart du XXIe siècle aura été marqué par la montée des populismes et la disparition de l’évidence de la démocratie.
Avec
Jean-François Bouthors Journaliste, collaborateur de la revue Esprit et éditorialiste à Ouest-France
Avons-nous perdu le goût de la démocratie ? Il semble que ce soit l’inverse et que nous sommes entrés dans un fort désir de la protéger, de la renforcer et de lui donner la place la plus grande qui soit dans nos sociétés contemporaines.

D’où pour ce faire l’importance de revisiter ses origines et d’examiner les conditions de sa survie en en comprenant le mouvement profond.

Une société ne naît pas démocratique, elle le devient ! Voilà le thème de la conversation de ce jour entre Jean-François Bouthors et Marc-Alain Ouaknin

L'invité
JEAN-FRANÇOIS BOUTHORS est essayiste et journaliste, éditorialiste à Ouest-France et collaborateur régulier de la revue Esprit et du site Desk Russie.
Il a été l’éditeur de la grande journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006, et cofondateur de la collection Les moutons noirs, consacrée à la dissidence, aux Éditions François Bourin
Il est coauteur, avec le philosophe Jean-Luc Nancy, de Démocratie ! Hic et nunc (Éditions François Bourin, 2019) et auteur de Poutine, la logique de la force (Éditions de l’Aube, 2022). Il a récemment publié Démocratie, zone à défendre (Éditions de l’Aube).
Il anime par Zoom avec Paule Zellitch l’Atelier de lecture biblique, sur le texte de la Genèse (latelierdelecturebiblique@hotmail.com).