2024-10-06

Pascal Engel "Les lois de l’esprit"

Pascal Engel

Les lois de l’espritJulien Benda ou la raison

Paru en avril 2023

Eliott éditions

La voix de Julien Benda (1867-1956) nous est devenue inaudible. Quand l’auteur de La Trahison des clercs accuse ses pairs de se détourner des valeurs éternelles, nous n’entendons qu’un appel à revenir à la tour d’ivoire. Quand l’une des gloires de la NRF, contemporain de Gide et de Valéry, voue ceux-ci aux gémonies et accuse toute la littérature de son époque de bysantinisme, nous avons du mal à le prendre au sérieux. Dans son culte de la vérité en politique nous ne voyons plus que des vieilles lunes dreyfusardes. Nous pouvons trouver Éleuthère délicieusement réactionnaire, mais nous ne parvenons pas à le suivre.
Ce livre voudrait montrer au contraire que Benda est un penseur français de première grandeur. Sa défense du rationalisme, sa conception des valeurs intellectuelles et sa théorie de la connaissance littéraire méritent encore toute notre attention. On aura compris aussi qu’il n’est pas seulement question de Benda dans ce livre, mais de la nature de la raison et de ses normes. Et de l’incongruité absolue de quelqu’un qui prétendit vivre uniquement pour les valeurs de l’esprit.

[Présentation de l’Éditeur]

Pascal Engel, un philosophe français connu pour son travail dans la philosophie de l'esprit, l'épistémologie et la métaphysique. Son livre "Les lois de l'esprit" est une contribution significative dans le domaine de la philosophie.

Dans "Les lois de l'esprit", Engel explore la nature des états mentaux, tels que les croyances, les désirs et les intentions, et comment ils se rapportent les uns aux autres et au monde extérieur. Il argue que les états mentaux sont gouvernés par des lois, qui ne sont pas des lois physiques, mais plutôt des lois normatives qui guident notre pensée et notre comportement.

La thèse principale d'Engel est que l'esprit n'est pas un récepteur passif d'informations sensorielles, mais plutôt un constructeur actif de la réalité. Il affirme que nos états mentaux sont façonnés par nos facultés cognitives, telles que la perception, l'attention et la mémoire, qui sont gouvernées par des lois qui sont à la fois descriptives et prescriptives.

Certains des idées clés dans "Les lois de l'esprit" incluent :

  • La normativité des états mentaux : Engel argue que les états mentaux ne sont pas juste des faits bruts, mais sont soumis à des normes et des règles qui guident notre pensée et notre comportement.
  • La nature constructive de l'esprit : Engel affirme que l'esprit n'est pas un récepteur passif d'informations sensorielles, mais plutôt un constructeur actif de la réalité.
  • Les lois de l'esprit : Engel propose que les états mentaux sont gouvernés par des lois qui sont à la fois descriptives et prescriptives, guidant notre pensée et notre comportement.

Le travail d'Engel dans "Les lois de l'esprit" a eu un impact significatif sur la philosophie de l'esprit, l'épistémologie et la science cognitive. Ses idées ont influencé de nombreux philosophes et scientifiques cognitifs, et continuent d'être une contribution importante à notre compréhension de la nature de l'esprit.

faut-il savoir pour décider ?

  
      


Conférence sur le thème de faut-il savoir pour décider ? déc. 2023

Avec Etienne KLEIN, Physicien et Philosophe des sciences, Directeur de recherches au CEA , Producteur de l'émission "La conversation scientifique" sur France Culture Échange par Olivier Fronty

"entre la militance et la compétence autrement dit les gens qui sont les plus militants pour ceci ou pour cela et quand je dis militant c'est pour ou contre et bien en général ils sont pas les plus compétents et les gens les plus compétents en général sont modérés et étant modéré s'engage modérément" E.KLEIN


Notre capacité à faire face aux risques et à décider dans un monde de plus en plus complexe est l’une des clés de la réflexion stratégique et de l'action opérationnelle. Mais comment faire pour orienter notre action lorsque la connaissance nous manque ? Comme nous l'indique cette phrase apocryphe de Kant :

«L’intelligence d’un individu se mesure à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter »,cela nous amène assez naturellement à mesurer le degré de connaissance nécessaire pour décider.

Une question se pose alors à nous : faut-il savoir pour décider ?


Pascal ou le scénario de la condition humaine


Laurence Devillairs Paru en octobre 2022 Presses Universitaires de France 256 pages - 15 × 21,3 cm


presentation du livre 

Réduire les Pensées à la seule défense de la religion chrétienne contribue à manquer leur originalité conceptuelle. Or il y a bien une philosophie de Pascal, où l’inquiétude joue un rôle cardinal. Elle dévoile ce que le divertissement escamote: le malheur de notre condition, l’effroyable du réel et l’éphémère de toute consolation.

Contrairement au moi diverti, le sujet inquiet réfléchit sur son « état véritable », recherche vérité et bonheur. L’inquiétude résulte de ce désir du vrai et du bien, et de l’impuissance à le satisfaire. Elle consiste à être privé de ce dont on est capable.

Les Pensées décrivent ainsi l’homme dans le vide de ses capacités comme dans ce qui l’élève, dans l’inconsolabilité de son existence comme dans sa disposition à « travailler pour demain et pour l’incertain ». Si l’inquiétude ne conduit à aucune évidence, au moins sert-elle à « régler sa vie. Et il n’y a rien de plus juste ».

[Présentation de l’Éditeur] https://www.vrin.fr/livre/9782130841883/philosophie-de-pasca

 

Que reste-t-il encore de Pascal ? Les Pensées font partie de ces ouvrages fondateurs qui ont suscité de multiples lectures et commentaires. Laurence Devillairs, agrégée de philosophie, s’est intéressée au concept d’inquiétude, central dans l'œuvre de Pascal. En philosophie, l’inquiétude décrit un état d’incomplétude, d’insatisfaction, de désir impossible de vérité et de bonheur. L'inquiétude est le propre de l'homme, et c'est le principe à partir duquel Pascal a construit sa philosophie.

Les podcasts de l’Institut de France Écouter (49 min.)

https://www.canalacademies.com/emissions/


l

LA PLUS GRANDE INDUSTRIE MONDIALE


source https://www.eyrolles.com

Les données témoignant de la taille géante de Wal-Mart ne manquent pas : Wal-Mart est la plus grande entreprise mondiale, le plus grand employeur privé du monde, le huitième acheteur de produits chinois (devant la Russie et le Royaume-Uni); son chiffre d'affaires est supérieur au PIB de la Suisse; son budget informatique supérieur à celui de la NASA; le patrimoine financier des héritiers de Sam Walton (son fondateur) est deux fois plus élevé que celui de Bill Gates... Mais derrière ces superlatifs se cache l'histoire très singulière d'une société de l'Arkansas qui, en l'espace de 40 ans, a révolutionné les vieux modèles fordistes d'organisation du travail et largement reconfiguré les rapports producteurs/détaillants et toute l'économie américaine.



Le succès et l'influence politique de cette entreprise géante lui permettent de redessiner les plans des villes, de déterminer le salaire minimum réel, de casser les syndicats, de définir les contours de la culture populaire, de peser sur les flux de capitaux dans le monde entier, et d'entretenir ce qui s'apparente à des relations diplomatiques avec des dizaines de pays. Alors que la marge de manœuvre des gouvernements demeure restreinte, Wal-Mart semble avoir aujourd'hui plus d'influence que n'importe quelle institution, non seulement sur des pans entiers de la politique sociale et industrielle américaine, mais aussi sur le modèle de vie et de consommation mondialisé, bigot et entièrement familiariste.


Sommaire

- Wal-Mart et les tombées de camion

- Wal-Mart : un modèle pour le capitalisme du XXIe siècle

- De Woolworth à Wal-Mart : la marchandisation de masse et l'aventure de la culture consumériste

2024-08-29

CoursLe Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Michel Foucault 1984

Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. 

Cours 1

Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d’autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l’expression d’une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. 

Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l’année précédente. Il s’agissait alors d’interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d’établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s’inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l’épaisseur même de l’existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s’opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles.

« Il n’y a pas d’instauration de la vérité sans une position essentielle de l’altérité. La vérité, ce n’est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l’autre monde et de la vie autre. »

Ce résumé est publié avec l'aimable autorisation des éditions du Seuil. Il est tiré de la quatrième de couverture de l'ouvrage Le Courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres II. Cours au Collège de France (1983-1984) de Michel Foucault, paru le 22 janvier 2009.

Source 

https://www.college-de-france.fr/


2024-07-25

libéralisme économique ?


Le libéralisme économique est un ensemble de doctrines politiques et économiques, issu des Lumières, qui prône la liberté individuelle dans la sphère économique. Il soutient que l'économie de marché, fondée sur la propriété privée et la liberté d'entreprendre, est essentielle au bon fonctionnement économique, tout en limitant l'intervention de l'État

Ce courant a évolué, englobant des perspectives classiques, comme celles d'Adam Smith, et des approches néoclassiques qui reconnaissent certaines défaillances du marché tout en défendant le libre-échange[1][2][4].

Citations :
[1] Libéralisme économique - Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ralisme_%C3%A9conomique
[3] libéralisme | Définition - Perspective Monde https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire/1507
[4] Le libéralisme économique : atouts et limites | Cairn.info https://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation-2016-3-page-33.htm
[5] Histoire du libéralisme économique classique - Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_lib%C3%A9ralisme_%C3%A9conomique_classique


Comment le libéralisme économique influence-t-il les politiques économiques actuelles

Le libéralisme économique influence les politiques économiques actuelles en prônant la liberté de marché et la minimisation de l'intervention étatique. Les libéraux classiques, comme Adam Smith, soutiennent que l'économie fonctionne mieux sans régulation excessive, tandis que les néolibéraux reconnaissent certaines défaillances du marché, justifiant une intervention limitée de l'État pour protéger la concurrence et les droits de propriété[1][2]. Cependant, cette approche soulève des préoccupations concernant les inégalités croissantes, car le marché seul ne corrige pas ces disparités[1][4]. Les politiques économiques contemporaines cherchent donc un équilibre entre intervention et liberté de marché.

Citations :
[1] Le libéralisme économique : atouts et limites | Cairn.info https://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation-2016-3-page-33.htm
[2] Libéralisme économique - Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ralisme_%C3%A9conomique
[3] Politique économique et croissance - Persée https://www.persee.fr/doc/ecoap_0013-0494_1961_num_14_4_2650
[5] [PDF] le nationalisme économique dans l'œillère libérale https://ieim.uqam.ca/IMG/pdf/Cahier_Boulanger-0401.pdf


Quels sont les impacts du libéralisme économique sur les inégalités sociales.

Le libéralisme économique influence les inégalités sociales en favorisant une concentration des richesses et en limitant l'intervention de l'État pour corriger ces déséquilibres. Bien qu'il puisse stimuler la création de richesses, il tend à creuser les écarts entre les plus riches et les plus pauvres, entraînant un cercle vicieux d'inégalités cumulatives. Les inégalités économiques exacerbent les inégalités d'accès à l'éducation, à la santé et à l'emploi, rendant difficile l'ascension sociale pour les classes défavorisées[1][3][5]. Cette dynamique peut également générer des tensions sociales et menacer la stabilité politique[3].

Citations :
[1] Le libéralisme économique : atouts et limites | Cairn.info https://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation-2016-3-page-33.htm
[2] Libéralisme économique - Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ralisme_%C3%A9conomique
[4] Néo-libéralisme, inégalités et minorité : le poin… – Reflets - Érudit https://www.erudit.org/fr/revues/ref/2018-v24-n1-ref03982/1051519ar/
[5] Question 1. Les inégalités économiques et sociales et leur ... https://www.melchior.fr/cours/complet/question-1-les-inegalites-economiques-et-sociales-et-leur-evolution

2024-07-06

Techno politique Asma Mahla

Accès vidéo 

  La Grande Librairie février 2024

"Intelligence artificielle, réseaux sociaux, implants cérébraux, satellites, métavers... Le choc technologique sera l'un des enjeux clés du xxie siècle et les géants américains, les « BigTech », sont à l'avant-garde. Entités hybrides, ils remodèlent la morphologie des États, redéfinissent les jeux de pouvoir et de puissance entre nations, interviennent dans la guerre, tracent les nouvelles frontières de la souveraineté. S'ils sont au coeur de la fabrique de la puissance étatsunienne face à la Chine, ils sont également des agents perturbateurs de la démocratie. De ces liens ambivalents entre BigTech et « BigState » est né un nouveau Léviathan à deux têtes, animé par un désir de puissance hors limites. Mais qui gouverne ces nouveaux acteurs privés de la prolifération technologique ? A cette vertigineuse question, nous n'avons d'autre choix que d'opposer l'innovation politique !"

Asma Mhalla, docteure en études politiques et chercheure au LAP (Laboratoire d'Anthropologie Politique) de l'EHESS/CNRS, lance un cri d'alerte dans son dernier ouvrage. Dans une thèse audacieuse, elle affirme que les technologies de l'hypervitesse, qu'elles soient civiles ou militaires, transforment chaque individu en soldat, que nous le voulions ou non. Selon elle, nos cerveaux sont devenus le champ de bataille ultime de cette ère technologique. Cette réflexion interpelle sur l'avenir de la démocratie et du nouvel ordre mondial.

Enseignante à Sciences Po et Polytechnique, Asma Mhalla conseille également les institutions dans leur politique publique technologique. 
Face à la montée en puissance des technologies dites de l'hypervitesse, Asma Mhalla appelle à une prise de conscience urgente et offre ainsi une contribution majeure à la réflexion contemporaine sur les relations entre technologie, pouvoir et démocratie.

  Source texte 

 Éditeur Seuil

19.90 € TTC. / 288 pages

    

2024-05-23

Les grands courants actuels du judaïsme religieux et laïc en Occident

 


extrait 

Juifs de Catalogne

Et autres contributions à l’étude des judaïsmes contemporains / I altres contribucions a l’estudi dels judaismes contemporanis

Jueus de Catalunya

Français

L'ouvrage présente dix-neuf articles sur les communautés juives actuelles des Pays Catalans (retour et re-création des communautés, question linguistique, patrimoine…) ; sur des problématiques du judaïsme contemporain (diversité des courants religieux, des identités, préoccupation démographique, etc.) ; et sur des aspects méthodologiques propres aux études juives, notamment dans l'aire catalane et hispanique.


Éditeur : Presses universitaires de Perpignan

Lieu d’édition : Perpignan

Publication sur OpenEdition Books : 25 mars 2014

ISBN numérique : 978-2-35412-223-2

DOI : 10.4000/books.pupvd.1372 Collection : Études

Année d’édition : 2011

ISBN (Édition imprimée) : 978-2-35412-048-1

Nombre de pages : 367

2024-02-25

qu'est ce qu'un peuple ?


Conférence de Francine Demichel, Professeure émérite de droit public, réalisée le mercredi 23 novembre 2016 dans le cadre de la programmation du Centre Culturel de l'Université de Corse.

elle fut présidente de l'université Paris 8, et directrice de l'enseignement supérieur au ministère de l’éducation nationale entre 1998 et 2002. 


Dictionnaire de l’Académie française

https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P1867

I. PEUPLE

 nom masculin

Étymologie :ixe siècle, poblo ; xe siècle, pople ; xiie siècle, pueple ; xiiie siècle, peuple. Issu du latin populus, « peuple, ensemble des citoyens ».
I. Vaste ensemble humain considéré en fonction de réalités géographiques et historiques ou des liens divers qui peuvent unir ses membres.

1.  Société d’individus vivant sur un même territoire et partageant une histoire, des coutumes, une culture communes. Les croyances, les mythes, les mœurs d’un peuple.

         2.  Ensemble de personnes qui se sentent unies tantôt par l’histoire, tantôt par une culture, une langue ou une religion. 

II. Le corps de la nation.

1.  L’ensemble de la population d’un État. 
2.  Ensemble de ceux qui, dans un État, jouissent des droits civils et politiques.

 III. Ensemble de ceux qui, dans la société, n’appartiennent pas aux classes culturellement ou économiquement avantagées.

Les tribuns du peuple ou de la plèbe. La misère, les aspirations du peuple. L’Ami du peuple, surnom de Marat et titre de son journal. Loc. Un homme, une femme, un enfant du peuple. Le bon peuple, les gens simples. Le petit peuple, le menu peuple, les gens de la condition la plus modeste. Péj. Le bas peuple, la partie la plus déshéritée de la société.

▪  Adjectivement (invariable dans cet emploi). Propre aux gens du peuple et, péj., commun, vulgaire, sans distinction. Une allure, des manières peuple. Être peuple. Il a adopté cette façon de parler pour faire peuple.

ARTICLE 3.

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. ..Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice.


Le peuple semble échapper à la possibilité d’une définition. Se confondant pour certains avec la nation, pour d’autres à une classe sociale, ou encore à un combat contre l’État, il faut peut-être, à défaut de le définir, étudier ce passage par lequel la multitude devient peuple.

radiofrance/podcasts/serie-la-notion-de-peuple

Dans ce premier épisode, Géraldine Muhlmann, avec Gérard Bras et Yohan Dubigeon, se demandent comment agit un peuple. On part de cette observation : est souvent bien toléré, même estimé, le peuple électeur, celui juste deviné derrière les institutions qui le représentent, le "peuple-fiction" comme dirons les plus caustiques. En revanche, le peuple agissant, qui se montre de manière certes partielle, mais tangible, est beaucoup moins apprécié dans l'histoire de la pensée politique et de la philosophie. Populas, foule, multitude vulgaire et informe, les mots ne manquent pas pour en parler d'une manière péjorative. Faut-il croire que beaucoup est accordé au peuple, mais pas d'agir ? Ou faut-il croire que dans l'action, le peuple n'est pas toujours au meilleur de lui-même ?

Le ou les peuple(s)

 Mais qu'est-ce que le peuple exactement ? Constitue-t-il une entité unifiée par-delà la pluralité des individus ? Peut-il apparaître "en personne" pour parler comme le philosophe anglais du XVIIe siècle Thomas Hobbes, ou bien n'existe-t-il politiquement qu'à travers ses représentants, l'unité de ces derniers donnant seulement une unité aux représentés, comme disait encore Hobbes ? La bataille philosophie est rude à propos de la notion de peuple.

Il n'est pas possible de définir de façon essentielle et figée le "peuple". En effet, Gérard Bras précise qu'une telle définition "trace des frontières" et que, "sous l'apparence de l'inclusion, elle contribue à exclure". Le concept de peuple sert à "faire une enveloppe, un groupe, en homogénéisant les éléments". Ceux qui n'ont pas la qualité prérequis pour être inclus dans le groupe en sont donc exclus. Afin de ne pas en faire une entité substantielle, Gérard Bras suggère, à la suite d'Etienne Tassin"d'éviter de parler du peuple au singulier et de toujours parler des peuples au pluriel. Il y a toujours une pluralité et ce qui gêne la philosophie politique depuis Platon, c'est qu'on n'arrive jamais à unifier, à homogénéiser le peuple. Il y a toujours des tensions entre différentes manières d'être peuple."

L'omniprésence du terme "populisme"

Le problème posé par le terme "populisme" ne peut pas être contourné parce qu'il est omniprésent aujourd'hui sur la scène politique. Yohan Dubigeon souligne que ce terme est effectivement problématique an tant qu'il garde "toute une ambiguïté qui est totalement volontaire tant que de la part de ses détracteurs que de la part de ceux qui l'utilisent de manière plutôt méliorative". Il explique cette apparition du terme populisme aujourd'hui dans la scène publique "par une rupture d'une forme de bloc historique" qui concerne notamment "la partie gauche de l'échiquier politique".

Pendant très longtemps, précise-t-il, 

"la gauche au sens large, on peut dire la social-démocratie, faisait bloc entre deux grandes questions : la question sociale, c'est-à-dire la question des inégalités, de la répartition des richesses, et ce qu'on pourrait nommer, de manière imparfaite, le champ des questions culturelles ou du progressisme culturel, à savoir les questions de racisme, de genre ou encore d'écologie. Puis, à partir des années 1980, la gauche a commencé à laisser de côté la question sociale pour se concentrer essentiellement sur les questions de progressisme culturel. Cela s'explique par un malaise de la social-démocratie qui se convertit aux théories socio-économiques du néolibéralisme et qui assume de tourner le dos aux classes populaires pour se tourner plutôt vers les classes moyennes, voire les classes aisées. De ce point de vue-là, la gauche laisse un boulevard récupéré par les "populistes" aujourd'hui, mais les "populistes" d'extrême droite comme d'extrême gauche. C'est ce qui permet par exemple au Rassemblement National de se dire les représentants du peuple, des classes populaires, contre les élites."

Avec

  • Gérard Bras Professeur de philosophie en classes préparatoires, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie et Président de l’Université Populaire des Hauts-de-Seine

  • Yohan Dubigeon Politiste spécialiste des enjeux de démocratie radicale et d'éducation populaire et maître de conférence à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne


2024-02-17

Michel Meyer


Michel Meyer vous présente son dernier ouvrage

Principia Politica Histoire, économie et société

Paru en janvier 2022

Quel est le lien entre le capitalisme chez Marx, la religion chez Max Weber, la division économique du travail chez Adam Smith et sociale chez Durkheim Quelle conception unifiée des sciences humaines, de l’histoire à la politique en passant par l’économie peut-on dégager aujourd’hui? Cela renvoie à une première question, savoir ce qu’est la société.
La société est l’articulation de diverses appartenances (famille, religion, nation, classe…) et de la distance qui se creuse entre les êtres, quand l’histoire s’accélère. Le lien qui domine cette distance et la constitue, c’est l’économie, comme la religion a été pendant longtemps l’expression principale de l’appartenance, avant que la nation ne s’y substitue pour unifier des groupes plus compacts.
Articuler l’appartenance et la distance ne se fait pas naturellement. C’est la politique qui répond à cette nécessité, entre autres par l’intermédiaire de l’État. Mais sous quelles formes l’État assure-t-il cette fonction? Pour répondre à cette question, l’auteur analyse l’évolution des différents régimes politiques, de l’absolutisme au libéralisme, du socialisme au fascisme, de la démocratie à l’État-providence et au populisme.
Après une étude des principales religions, en écho à ce qu’avait fait Weber, l’ouvrage de Michel Meyer se penche sur le fonctionnement du capitalisme, faisant écho cette fois à Marx. Mais une loi essentielle de l’économie émerge qui sous-tend les autres : la loi des rendements décroissants, dont l’importance a peut-être été sous-estimée, mais qui a été décisive dans la naissance du capitalisme comme dans son évolution.
Michel Meyer offre ainsi une vision nouvelle des différentes sciences humaines, qui intègre ce qu’en ont dit les classiques aussi bien en sociologie qu’en économie, en histoire qu’en politique.

Michel Meyer était un des philosophes belges les plus traduits et les plus commentés à l’étranger.


 Economiste de formation, maître ès arts de l’université Johns-Hopkins de Batimore, il était également docteur en philosophie de l’ULB. Elève puis assistant de Chaïm Perelman, considéré comme le fondateur de la « Nouvelle Rhétorique », Michel Meyer avait repris sa chaire, à son décès, en 1984.

Le philosophe belge Michel Meyer, né le 11 novembre 1950 à Bruxelles, est mort de manière soudaine, le 23 mai, à son domicile de Waterloo, à l’âge de 71 ans. Il laisse une œuvre de grande ampleur, par le nombre de ses ouvrages (plus d’une trentaine), la diversité des thèmes abordés et, surtout, l’envergure de ses analyses.

Agrégé de philosophie en 1973, année où il fut également diplômé en sciences économiques, puis docteur en philosophie (1977), il a travaillé d’abord auprès de Chaïm Perelman (1912-1984), auteur notamment d’un Traité de l’argumentation (avec Lucie Olbrechts-Tyteca, Editions de l’Université de Bruxelles, 1958) devenu classique, avant de succéder à son maître à la chaire de l’Université libre de Bruxelles.

Comme Perelman, dont il a contribué à faire connaître l’œuvre et la pensée, Michel Meyer accorde une grande importance à la Rhétorique d’Aristote et aux analyses des auteurs antiques relatives à l’argumentation, en cherchant à mettre en lumière leur pertinence pour aborder les nombreuses activités contemporaines liées à la communication et à la persuasion, centrales dans le domaine politique comme dans le commerce et la publicité.

Toutefois, il a œuvré à renouveler en profondeur cet héritage, en focalisant l’attention sur les questions elles-mêmes plutôt que sur les réponses. Ce qui caractérise sa démarche est en effet une volonté constante de renouveler l’impulsion première de l’interrogation philosophique, en veillant à ne jamais l’enfermer dans aucune chapelle ni aucune spécialisation scientifique. Au cours de plusieurs décennies d’enseignement et d’écriture intense, il a cherché à montrer comment le questionnement devait sans cesse traverser connaissances acquises et certitudes apparentes, pour mieux les remettre en mouvement, et révéler combien les réponses, à leur tour, posent problème.*


College de France 

La rhétorique, l'argumentation et les sciences humaines

https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/conferencier-invite/la-rhetorique-argumentation-et-les-sciences-humaines


EMISSION FRANCE CULTURE / SCIENCE EN QUESTION ETIENNE KLEIN /AVRIL 2022

Comment comprendre ce qui fait une société, ce qui la tient et la définit comme ensemble cohérent ?

À lire les classiques de la sociologie, la société serait définie par les interactions qu’elle abrite et organise. Pourtant, la société est faite d’individus et de groupes qui n’interagissent pas forcément, alors même que tous font partie de la même société. Dès lors, comment comprendre ce qui fait une société, ce qui la tient et la définit comme ensemble cohérent ? Et aussi, comment agissent les forces qui tendent à la dissoudre ?

Avec Michel Meyer, économiste et philosophe, professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles et Directeur de la Revue Internationale de Philosophie, auteur de Principia Politica : histoire, économie et société (Vrin, 2022).

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/science-en-questions/quelle-est-cette-entite-mysterieuse-qu-on-appelle-la-societe-6187966

IDÉES

2 - Michel Meyer: «Principia moralia»  

 voir la Problematologie 

*source extrait  texte : 


2024-02-06

Qu’attend-on des représentants du peuple en démocratie ?

 


lien emission 



Pour en parler

Samuel Hayat, chercheur en science politique au CEVIPOF (CNRS / Sciences Po).

En lien avec le sujet de l'émission, il a notamment publié :

Erwan Sommerer, maître de conférences en Science politique à l'Université d'Angers, et membre du Centre Jean Bodin. Ses travaux portent sur le lien entre pluralisme, conflits et liberté en période de crise politique et institutionnelle, notamment sous la Révolution française. Il est également membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions, qui fête ses 25 ans d'existence cette année.

En lien avec le sujet de l'émission, il a notamment publié :

2024-01-31

le neveu de Rameau Diderot (1762)




« Le Neveu de Rameau est, à coup sûr, le grand chef-d’œuvre de Diderot, rédigé pour lui seul dans le secret le plus absolu à partir de 1762 et revu jusque vers 1773, “une œuvre dont la vie amalgame une actualité de vingt ans et, à partir du plus grand disparate, atteint le plus parfait naturel” (Jean Fabre). 

L’histoire même de ce texte fascinant est un vrai “roman bibliographique” : publié pour la première fois en 1805 dans une traduction allemande par Goethe (elle-même retraduite en français par De Saur et Saint Geniès), le texte est publié en 1821 au t. XXI des Œuvres de Diderot par Brière d’après une copie venant de la fille de Diderot ; en 1891, enfin, Georges Monval découvre dans une boîte de bouquiniste sur les quais le manuscrit autographe qui permet d’établir le texte correct. Conte, dialogue, satire (le manuscrit porte le titre “Satyre 2de”), ‘Le Neveu de Rameau’ est tout cela à la fois, et bien davantage encore. 

Au Café de la Régence, près du Palais-Royal, Diderot (Moi) rencontre Jean-François Rameau (Lui), personnage authentique, neveu du grand musicien. Entre ce bohème et “M. le philosophe” va s’engager un dialogue plein d’esprit, souvent profond, amer, cocasse ou réaliste, sur les sujets les plus divers. Si Rameau reste très près de son modèle, il ressemble par bien des traits à Diderot lui-même, qui joue à merveille de la dialectique de ses deux personnages sans souci de conclure autrement que par ce “Rira bien qui rira le dernier” lancé par Rameau. Chaque ligne reflète une jubilation de l’écriture ; chaque lecture suscite de nouvelles réflexions et renforce l’admiration. » En Français dans le texte, n° 153.





 « en rappelant le souvenir de ces temps de malheur et de honte pour les lettres, ou nos plus grands écrivains ont été forcés de faire imprimer leurs ouvrages hors de France, et de s'expatrier dans ce qu'ils avaient de plus cher, dans les fruits de leur génie . »

J'ai affaire à des gens qui s'ennuient, et il faut que je les fasse rire. Or c'est le ridicule et la folie qui font rire, il faut donc que je sois ridicule et fou;..

Ce chevalier de La Morlière, qui retape son chapeau sur son oreille, qui porte la tête au vent, qui vous regarde le passant par-dessus son épaule, qui fait battre une longue épée sur sa cuisse, qui a l'insulte toute prête pour celui qui n'en porte point et qui semble adresser un défi à tout venant, que fait-il? tout ce qu'il peut pour se persuader qu'il est un homme de cœur, mais il est lâche. Offrez-lui une croqui- gnole sur le bout du nez, et il la recevra en douceur. Voulez-vous lui faire baisser le ton? élevezle, montrez-lui votre canne, ou appliquez votre pied entre ses fesses. Tout étonné de se trouver un lâche, il vous demandera qui est-ce qui vous l'a appris, d'où vous le savez : lui-même l'ignorait le moment précédent;...., il avait tant fait les mines qu'il croyait la chose.


Et cette femme qui se mortifie, qui visite les prisons, qui assiste à toutes les assemblées de charité, qui marche les yeux baissés, qui n'oserait regarder un homme en face, sans cesse en garde contre la sé- duction de ses sens : tout cela empêche-t-il que son cœur ne brûle, que des soupirs ne lui échappent, que son tempérament ne s'allume, que les désirs ne l'obsèdent, et que son imagination ne lui retrace, la nuit... ? Alors, que devient-elle? qu'en pense sa femme de chambre lorsqu'elle se lève en chemise et qu'elle vole au secours de sa maîtresse qui se meurt? Justine, allez vous recoucher; ce n'est pas vous que votre maîtresse appelle dans son délire. 

Celui qui a besoin d'un protocole n'ira jamais loin; 

les génies lisent peu, pratiquent beaucoup et font d'eux-même



Voilà comme nous sommes tous : nous n'avons dans la mémoire que des mots, que nous croyons entendre par l'usage fréquent et l'application même juste que nous en faisons; dans l'esprit, que de notions vagues!

— Comment se fait-il qu'avec un tact aussi fin, une si grande sensibilité pour les beautés de l'art musical, vous soyez aussi aveugle en morale, aussi insensible aux charmes de la vertu ? Lui. — C'est apparemment qu'il y a pour cela

un sens que je n'ai pas, une fibre qui ne m'a point été donnée, une fibre lâche qu'on a beau

pincer et qui ne vibre pas; ou peut-être que j'ai toujours vécu avec de bons musiciens et de méchantes gens, d'où il est arrivé que mon oreille est devenue très-fine, et que mon cœur est devenu sourd.

p104

.. l'argent des sots est le patrimoine des gens d'esprit p114

Je n'avais pas quinze ans, lorsque je me dis pour la première fois : Qu'as-tu?... Tu rêves, et à quoi rêves-tu ? Que tu voudrais bien avoir fait ou faire quelque chose qui excitât l'admiration de l'univers. .p117

A quoi que ce soit que l'homme s'ap- plique, la nature l'y destinait.p121

flatteurs, des courtisans, des valets et des gueux..p123