2019-07-12

"Les algorithmes sont partout, il faut les contrôler !"








Ils nous suggèrent des amis sur Facebook, répondent à nos questions sur Google, nous amènent à bon port sur un GPS ou choisissent l'école où ira un bachelier... Mais peut-on mieux contrôler les algorithmes ? Oui, répond le gouvernement qui a un plan pour contourner le secret dont ils sont entourés.




Qu'est ce qu'un algorithme ? C'est un programme informatique qui applique une série d'instructions : activer son réveil pour qu'il sonne le matin, c'est un algorithme, demander à son GPS de trouver le chemin le plus rapide, c'est un algorithme... Le plus souvent, ils sont bien pratiques et nous rendent bien des services au quotidien : "nous sommes entrés dans l'ère de l'algorithme", lance parfois la secrétaire d'Etat au numérique, Axelle Lemaire, "ère du big data aussi", pourrait-on ajouter car les deux vont de pair pour expliquer la place qu'ont pris les algorithmes dans nos vies, et ça n'est qu'un début.
A lire aussi :
"Les algorithmes régissent-ils nos vies ?", les Matins de France Culture, 27 septembre 2016.
"La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie" : interview de Lawrence Lessig, l'un des principaux penseurs d'internet.
Mais quel est le problème ? Le problème de la transparence et de l'assurance d'avoir un service impartial. Pour fonctionner, certains algorithmes doivent accumuler un maximum de données personnelles : "les plateformes [Facebook, Google, etc.] savent énormément de choses sur nous et si on en savait davantage sur elles, on ferait des choix différents et elles aussi feraient des choix différents", résume le président du Conseil national du numérique, Mounir Mahjoubi. "Moi je rêve que ces plateformes continuent de délivrer leurs services, en majorité extraordinaires, mais avec plus de transparence et un plus grand respect des utilisateurs".
Diagnostic partagé par Axelle Lemaire, qui a confié au Conseil national du numérique le soin d'expérimenter une agence de notation pour évaluer et contrôler les plateformes qui utilisent des algorithmes (Tweet ci-dessus) : "même si on n'a pas accès à l'algorithme de Google, on peut très bien - avec les bons outils - tester l'utilisation de cet algorithme pour comprendre dans quel sens il va, et obliger, le cas échéant la société à le modifier".

Ne plus être démuni face aux géants du web

L'idée est d'agir sur la réputation des grandes plateformes. Si elles ont de mauvaises pratiques, elles prendraient le risque d'être mal évaluées et de perdre du public. Façon d'institutionnaliser un rapport de force qui existe déjà : après l'élection de Donald Trump, Facebook a ainsi modifié son algorithme et avertit désormais les internautes si une publication relaie des informations non vérifiées ou fausses (voir vidéo ci-dessous sur la nouvelle méthode de "fact-checking"). Plus récemment, Google a aussi changé sa formule car des contenus négationnistes apparaissaient en premier dans le cas d'une recherche sur l'holocauste. Les plate-formes tiennent compte de l'avis des internautes, encore faut-il que cet avis soit organisé.
Autres cas de dérive d'un algorithme : lorsqu'une plateforme de réservation touristique met en avant tel restaurant ou tel hôtel et pas un autre ou lorsqu'une publicité est mise en avant sur Internet et pas une autre... Les conséquences commerciales et sur le chiffre d'affaires d'une société peuvent être considérables. C'est la raison pour laquelle Axelle Lemaire a associé la DGCCRF à son objectif de régulation : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes doit s'adapter et pouvoir contrôler les algorithmes désormais. Dans le rapport remis le 12 octobre par le Conseil général de l'économie à ce sujet, il est aussi préconisé de se donner les moyens de percer les secrets des plateformes : Google, Facebook, Amazon, etc.
Axelle Lemaire a donc aussi missionné des scientifiques pour décortiquer les algorithmes et comprendre les principes qui les fondent. Antoine Petit est le PDG de l'Inria, un laboratoire de mathématiques appliquées qui va s'en occuper : "ce qu'on souhaite, c'est avoir des algorithmes qui soient transparents et qui soient loyaux, qui correspondent à l'éthique que nous avons."
Et le problème des algorithmes ne se pose pas seulement dans le privé. Dans le public aussi, l'algorithme derrière le site APB (admission post bac) avait été accusé de tous les maux car il utilisait le tirage au sortpour sélectionner les étudiants. Depuis la promulgation de la loi pour une république numérique, une administration a l'obligation de publier les règles qui régissent un algorithme.





"Le bug humain" De Sébastien Bohler



"Le bug humain"

Robert Laffont, 2019





Plus qu’un moment critique nous vivons une véritable tragédie. Surpopulation, surpoids, surproduction, surconsommation, surchauffe, surendettement, nous avons basculé dans l’ère de tous les superlatifs qui mène l’humanité tout droit à sa perte. Si la capacité des ressources de la planète sont comptées, alors nos jours aussi le seront… Inéluctablement.

Mais alors que la situation empire heure après heure, aucune réponse collective tangible ne vient. Nous voyons le mur se rapprocher et nous ne faisons rien. La conscience de ce qui nous attend ne semble avoir aucun effet sur le cours des événements. 

Pourquoi ?
Sébastien Bohler docteur en neuroscience et rédacteur en chef du magazine _Cerveau et psycho _apporte sur la grande question du devenir contemporain un éclairage nouveau, dérangeant et original. Pour lui, le premier coupable à incriminer n’est pas l’avidité des hommes ou leur supposée méchanceté mais bien, de manière plus banalement physiologique, la constitution même de notre cerveau lui-même.

Au cœur de notre cerveau, un petit organe appelé striatum régit depuis l’apparition de l’espèce nos comportements.  Il a habitué le cerveau humain à poursuivre 5 objectifs qui ont pour but la survie de l’espèce : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, étendre son territoire, s’imposer face à autrui. Le problème est que le striatum est aux commandes d'un cerveau touours plus performant (l’homme s‘est bien imposé comme le mammifère dominant de la planète) et  réclame toujours plus de récompenses pour son action. Tel un drogué, il ne peut discipliner sa tendance à l’excès. À aucun moment, il ne cherche à se limiter.

Hier notre cerveau était notre allié, il nous a fait triompher de la nature. Aujourd’hui il est en passe de devenir notre pire ennemi.          




LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert
DU LUNDI AU VENDREDI DE 12H55 À 13H30




Pourquoi notre cerveau n’est pas écolo ?:



Surconsommation, suralimentation, addictions… Notre cerveau nous pousserait à détruire la planète au nom du plaisir immédiat. C'est la thèse que défend Sébastien Bohler dans son dernier essai : "Le bug humain." (Robert Laffont, 2019).





Ils sont nombreux les rapports et les constats qui nous alertent sur la fin du monde, entre fonte glacière et montée de eaux. Nous sommes tous conscients du désastre à venir. Mais, bien que toutes ces informations soient à portée de main, nous n’abandonnons pas nos habitudes néfastes, toujours attachés à nos smartphones et à nos pratiques polluantes. 


C’est cette contradiction, ce « bug » humain, qui a inspiré Sébastien Bohler. Docteur en neurosciences, chroniqueur dans l'émission « La Tête au carré » sur France Inter et dans « 28 minutes » sur Arte, directeur de la revue Cerveau & Psycho, il nous parle de cette incohérence permanente dans Le bug humain. Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l'en empêcher (Robert Laffont, 2019). 
Selon lui, tout partirait du cerveau. Instrument ambivalent à l'origine de nombreux progrès, celui-ci est également le lieu du striatum, qui provoque la sensation de plaisir immédiat. Utile pour la survie, car encourageant à consommer, se reproduire ou s'assurer un statut social qui garantisse la supériorité de l'individu sur le court terme, comme c'était le cas pour nos ancêtres, le striatum est aujourd'hui la cause de notre difficulté à penser sur le long terme. 
Le cerveau est l'objet le plus complexe de l’univers. C'est la prochaine "terra incognita". [...] On n'aurait jamais réussi à détruire le monde sans cette intelligence incroyable...                        


(Sébastien Bohler)

Suralimentation, surconsommation matérielle, addiction aux films pornographiques, aux jeux-vidéos et aux réseaux sociaux... autant de désirs motivés par notre striatum, substrats de ce temps passé, le besoin de survivre en moins. Si nous préférons combler des désirs immédiats, fixés dans l'ici et le maintenant, plutôt que de penser aux conséquences de nos choix, ce ne serait donc pas tant notre faute que celle de notre cerveau.
Tant que notre liberté est uniquement celle de consommer, de rouler au charbon et de polluer autant qu'on veut, c'est un esclavage.                  


(Sébastien Bohler)

Si Sébastien Bohler nous livre un constat assez pessimiste quant à nos comportements à venir, il montre que l'individu peut être éduqué au long terme et à des plaisirs non néfastes :  l'altruisme, par exemple, réveille le circuit de la récompense autant que l’égoïsme. Le striatum peut ainsi être domestiqué en jouant sur le sentiment de reconnaissance des individus, non plus en fonction de ce qu'ils possèdent, mais de ce qu'ils partagent et de l'attention qu'ils portent aux autres.
La notion de profondeur de la mémoire et de transmission va devenir essentielle : on s'adapte à tout malheureusement. [...] Il faut continuer à dire aux enfants qu'autrefois, sur les routes, on avait des insectes sur le pare-brise.              


(Sébastien Bohler)

On vit dans la traînée terminale d'un monde qui n'a plus de sens.        


(Sébastien Bohler)

Aujourd’hui, le temps long est inexistant. Il ne peut pas faire concurrence à tous ces distracteurs dont nous sommes entourés.      


(Sébastien Bohler)



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Souleymane Bachir Diagne, philosophe de la traduction

Les Chemins de la philosophie

Par Adèle Van Reeth
DU LUNDI AU VENDREDI DE 10H00 À 10H55



Profession philosophe (35/37) : Souleymane Bachir Diagne, philosophe de la traduction: "Portrait du philosophe Souleymane Bachir Diagne, travaillé par la question de la traduction, un concept qui a traversé tous ses champs de recherche, de sa thèse sur le mathématicien George Boole à l’origine de l’algèbre de la logique, jusqu’à l’histoire de la philosophie dans le monde islamique…"

philosophe, professeur de philosophie française et des questions philosophiques en Afrique dans les départements de philosophie et de Français à l’Université de Columbia, directeur de l’Institut d’Etudes africaines



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Eloge de l’âge dans un monde jeune et bronzé.;Christian Combaz





Christian Combaz
Eloge de l’âge dans un monde jeune et bronzé.
Ed. Laffont 1987












Il faut dire que nous vivons désormais dans le règne de l’épanouissement personnel. Ca signifie, très littéralement, que le souci de l’autre est devenu secondaire. Il y a quarante ans à peine, on vouait encore, bon gré mal gré, une partie de son existence aux soins de ses parents âgés. Ce n’était pas toujours très drôle, ça n’allait pas sans heurts ni parfois sans haines, mais les grands- mères à domicile avaient un rôle ; et quand ce n’était que celui de
l’emmerdeuse, eh bien, c’en était un. Il est vrai que la vie alors était différente.Les femmes étaient moins nombreuses à travailler au-dehors. Les plaisirs étaient plus rares. On sortait peu de chez soi. On ne voyageait pas.Grâce à Dieu, ces temps d’obscurantisme social sont révolus. 
Désormais,il y a un deuxième salaire à la maison, les enfants vont à la crèche, on passe le
mois d’août au bord de la mer, on change de voiture l’année prochaine et grand-mère est dans une maison de retraite où l’on s’occupe très bien d’elle. Les enfants, même gâtés, sont déjà sacrifiés de nos jours à la liberté de leurs parents. Sacrifiés jusqu’au divorce, par exemple. Alors une grand-mère, vous pensez ! Ca pèse pas plus lourd qu’une pelote de laine dans la balance de la nouvelle morale sociale.

Tolérer la présence d’un vieillard à domicile et l’aimer ne suppose pas seulement de la patience et de l’abnégation. Ce sont là des vertus que l’on trouve encore, notamment dans les familles peu évoluées , parce que la tentation de l’égoïsme y est moins forte. Non, en vérité, garder chez soi un parent plus âgé n’exige qu’une seule vertu, dont nous sommes de moins en moins capables : c’est de se convaincre qu’il s’agit d’un autre nous-mêmes, et qu’il est de notre propre nature de finir,comme lui, radoteur ou grabataire. Evidemment, quelque chose en nous se révulse à l’idée que nous puissions accomplir un jour une telle révolution de l’esprit, car, être vieux, n’est-ce pas cesser d’être soi-même ? la plupart des gens en sont convaincus. Ils vont visiter leurs parents âgés comme s’ils passaient la frontière. Après un demi-heure de bavardage, ils ont déjà le mal du pays. Au reste, l’âge sert désormais de véritable passeport, dans nombre de situations de la vie ordinaire.
Chez les vieux qui ont l’esprit faible et l’habitude des démarches administratives, il vient presque en substitut de l’identité. ( Au contraire, dans les villages, les personnages les plus hauts en couleurs, les fortes têtes et les bavards s’imposent d’abord par leur caractère et leur statut, à tel point que la question est restée subsidiaire. « A propos, dit-on, quel âge ça lui fait ? » ) On me dira que j’ignore combien il est difficile de supporter un vieillard
autour de soi. Ces gens-là ne sont pas comme nous, ils sont irascibles, exigeants, pusillanimes à l’extrême. Ils sont souvent avares par crainte de manquer pour l’avenir. Ils vous accablent par la description de leurs maux physiques et réclament sans cesse l’attention.
J’en conviens, ou plutôt je conviens que le vieillard est par nature têtu et prudent. C’est une affaire de cellules ou de circulation cérébrale. Je ne sais pas. Mais quant au reste, allons, ne cherchons pas à justifier notre égoïsme par tant d’hypocrisie ! Si les vieillards réclament l’attention, c’est qu’ils en manquent. Si leurs maux physiques les préoccupent, c’est qu’ils ont peur de nous devenir à charge. 

Et si la crainte de tout cela les accable, c’est qu’ils ne savent pas de quel amour nous serons encore capables envers eux, quand ils seront tout à fait mal en point. Pour tout dire enfin, je crois qu’ils n’ont pas une très haute opinion de nous. Notre patience leur est suspecte. C’est pour cela qu’ils l’éprouvent sans cesse. Nous ne les ménageons pas quand il s’agit de notre confort. S’ils trouvent le leur, ils le défendent. Il est même probable que ce souci les tient en vie plus longtemps. Rester indépendant, voilà leur obsession. Ainsi la longévité des vieilles gens se nourrit-elle à la fois d’amertume et d’orgueil. 

La solitude et la crainte d’appeler à l’aide les obligent à rester debout le plus tard possible
pour n’être pas un objet de pitié. Puis, l’attente des visites et l’illusion que les enfants sont tout de même gentils les incitent à résister, à tenir encore, comme le joueur de roulette qui ne se résout pas à quitter la table, et qui garde l’espoir que le sort va changer.

Quand ils quittent le tapis, quand l’illusion de pouvoir gagner se dissipe,
ils ont au moins, comme lui, la satisfaction d’avoir duré. Mais à quel prix ?