2026-09-09

Incompétence

 


Extrait :Michel Meyer

Principia Politica, pages135,136

Édition VRIN 2022

 Il est souvent dangereux de vouloir surpasser ses chefs. L'incompétence est essentielle au bon fonctionnement des groupes sociaux, car c'est ce qui les perpétue sans générer d'envie et de luttes internes, surtout en démocratie, où le critère de décision centré sur la hiérarchie seule tend à diminuer. 

Le problème est que l incompétence qui permet aux moins doués d'accéder aux hautes fonctions à la place des plus doués finit par bloquer ceux-ci. C'est une forme des rendements décroissants. C'est la principale cause de déclin des sociétés. Un supérieur prend un inférieur moins compétent qui ne le met pas en question, puisqu'inférieur, lequel, arrivé au pouvoir, fera de même, et ainsi de suite. Au total, le niveau baisse de plus en plus et partout, dans les entreprises, à l'école, dans les administrations, et dans la classe dirigeante de l'État.

 Une mobilité sociale sans compétence finit toujours par bloquer l'ascenseur social, vu que les incompétents ne peuvent que décider de bloquer la circulation dont ils ont bénéficié parce qu'à terme, celle-ci les menace. 

L'éviction des plus compétents et des meilleurs éléments n'est absorbable que s'il y a suffisamment de postes dans la société pour leur assurer malgré cela un destin social alternatif. (...)

L''incompétence précipite le cycle des blocages de la croissance, créant la frustration et le sentiment de révolte. La naissance, la couleur de peau, le genre, la nationalité, la religion, ont joué ce rôle de blocage, créant des critères de sélection a priori, des "conditions d'accès", qui sont autant de marqueurs de monopole et de rente. Celle-ci vise encore et toujours à bloquer les rendements décroissants, puisqu'on limite le gâteau à se partager.

 Les conséquences globales de cette réalité sont désastreuses, car à force de promouvoir les plus incompétents et d'éliminer les autres, la médiocrité générale, sociale, ne peut qu'augmenter si tout le monde fait de même. 

Pensons à ce qui se passe souvent à l'Université en Europe depuis quelques décennies. Le sucesseur, médiocre, d'un successeur antérieur, lui même peu compétent, rend le tout plus médiocre encore, jusqu'au moment où le système finit par ne plus bien fonctionner. 

Certes, la médiocrité renforce la médiocrité, en la faisant payer à d'autres, en socialisant les pertes, et la noie dans l'insignifiance de décisions multiples où ses effets se diluent, mais à la fin, l'addition une fois faite, le résulta est catastrophique pour l'ensemble de la société qui l'a toléré, car le principe devient légitime et se généralise (la collégialité joue ce rôle de légitimation, la surabondance des diplômes également, mais que représentent-ils encore comme vrais savoirs au fil du temps?).

 La collégialité, sous couvert de démocratie dans la décision, finit par légitimer les copinages et les nominations les moins justifiées, qui font l'objet d'échanges, ce qui confère, certes, une légitimité (démocratique en l'occurrence) à la décision, mais ne change en rien la médiocrité qu'elle sert à faire passer, et surtout à légitimer, puisqu'on peut soutenir que la décision a été prise << démocratiquement >>>, par des votes.

Michel Meyer

Principia Politica, pages135,136

Édition VRIN 2022

https://youtu.be/fhQNMb3nIvw?si=lGxGTQEpXW0za3zX


L'ouvrage Principia Politica : Histoire, économie et société de Michel Meyer, publié aux Éditions Vrin en janvier 2022, propose une réflexion approfondie sur l'articulation entre politique, économie et sciences humaines

Michel Meyer, philosophe et professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles.Thématique : Une analyse unifiée des liens entre le capitalisme, les religions, les régimes politiques et les structures sociales dans la lignée des grands classiques de la sociologie et de l'économie.

Éditeur : 

Librairie Philosophique J. Vrin, dans la collection « Moments Philosophiques » (476 pages).  (https://www.vrin.fr/livre  

          

2026-09-08

faut-il savoir pour décider ?

  
      


Conférence sur le thème de faut-il savoir pour décider ? déc. 2023

Avec Etienne KLEIN, Physicien et Philosophe des sciences, Directeur de recherches au CEA , Producteur de l'émission "La conversation scientifique" sur France Culture Échange par Olivier Fronty

"entre la militance et la compétence autrement dit les gens qui sont les plus militants pour ceci ou pour cela et quand je dis militant c'est pour ou contre et bien en général ils sont pas les plus compétents et les gens les plus compétents en général sont modérés et étant modéré s'engage modérément" E.KLEIN


Notre capacité à faire face aux risques et à décider dans un monde de plus en plus complexe est l’une des clés de la réflexion stratégique et de l'action opérationnelle. Mais comment faire pour orienter notre action lorsque la connaissance nous manque ? Comme nous l'indique cette phrase apocryphe de Kant :

«L’intelligence d’un individu se mesure à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter »,cela nous amène assez naturellement à mesurer le degré de connaissance nécessaire pour décider.

Une question se pose alors à nous : faut-il savoir pour décider ?


Régimes autoritaires et confiscation des droits des citoyens

1. La Confiscation comme Fondement de l'Autoritarisme :

  Définition clé : Un régime autoritaire se caractérise par la concentration du pouvoir entre les mains d'un individu, d'un parti unique, d'une junte militaire ou d'une élite restreinte, sans le consentement libre et éclairé du peuple et sans véritable reddition de comptes.


  Négation de la Souveraineté Populaire : L'idée que le pouvoir émane du peuple et que les citoyens ont le droit de choisir leurs dirigeants (droit politique fondamental) est directement niée. Les élections, si elles existent, sont contrôlées, truquées ou purement symboliques.


  Suppression des Contre-Pouvoirs : Les régimes autoritaires neutralisent systématiquement les institutions conçues pour limiter l'exécutif et protéger les droits : indépendance de la justice, liberté de la presse, parlement effectif, société civile autonome. Sans ces contre-pouvoirs, les droits des citoyens n'ont aucune garantie institutionnelle.


2. Les Droits Confisqués : 

Une Panoplie Large :

La confiscation ne se limite pas à un seul droit ; elle est systémique :

  Droits Politiques :

    *   Droit de vote libre et secret : Confisqué via la fraude électorale massive, l'intimidation, ou la suppression pure et simple du suffrage universel significatif.


    *   Liberté d'association et de réunion : Étouffée. Les partis d'opposition sont interdits, harcelés ou cooptés. Les manifestations sont réprimées.


    *   Liberté d'expression et d'information : Muselée par la censure, le contrôle des médias, la surveillance de masse et la persécution des dissidents et journalistes.


    *   Droit à une opposition politique légitime : Nié. L'opposition est criminalisée, emprisonnée, exilée ou éliminée physiquement.


  Libertés Civiles Individuelles :


    *   Liberté de circulation : Peut être restreinte (interdiction de quitter le pays pour certains, assignations à résidence).


    *   Droit à un procès équitable et à la présomption d'innocence : Gravement compromis par des tribunaux aux ordres du pouvoir, des procès expéditifs et instrumentalisés, la torture et les détentions arbitraires.


    *   Droit à la vie privée et à la protection des données : Massivement violé par la surveillance étatique omniprésente.


    *   Liberté de conscience et de religion : Souvent contrôlée, restreinte aux cultes "autorisés" ou instrumentalisée par le pouvoir.


  Droits Socio-Économiques (Instrumentalisés) :


    *   Même si certains régimes autoritaires investissent dans l'éducation ou la santé, ces "droits" sont souvent :
        *   Octroyés comme une faveur du régime, non comme une exigence citoyenne.


        *   Conditionnés à la loyauté politique.


        *   Utilisés comme outils de légitimation et de contrôle social, non comme l'expression d'un droit inaliénable.


    *   Les droits syndicaux (grève, négociation collective) sont généralement écrasés.


3. Les Mécanismes de la Confiscation :

  La Violence et la Peur : Répression policière et militaire, emprisonnements arbitraires, torture, disparitions forcées. La peur devient un outil de gouvernance.


  Le Contrôle de l'Information : Propagande d'État, censure, contrôle des médias et d'Internet pour façonner la réalité perçue et empêcher toute critique ou organisation alternative.


  La Détérioration des Institutions : Corruption systémique, nomination de fidèles à des postes clés (justice, administration), affaiblissement délibéré de tout organe indépendant.


  La Manipulation Légale : Adoption de lois liberticides (lois "anti-terroristes" ou "anti-fausses nouvelles" très larges), utilisation détournée de l'appareil judiciaire pour criminaliser l'opposition.


  Le Clientélisme et la Cooptation : Distribution sélective de ressources ou de privilèges en échange de loyauté, créant une dépendance et fragmentant la société.


4. Nuances et Complexités :

   Degrés Variables : Tous les régimes autoritaires ne confisquent pas tous les droits avec la même intensité*. Certains tolèrent des espaces limités de liberté économique ou sociale tant que le pouvoir politique n'est pas contesté (ex : certains monarchies du Golfe, Singapour historiquement).


  Légitimation et "Consentement" Manipulé : Les régimes cherchent souvent une forme de légitimité : par le nationalisme, la promesse de stabilité ou de développement économique, ou une idéologie officielle. Cette recherche peut conduire à un certain niveau de "tolérance" calculée ou à des simulacres de participation. Cependant, cette légitimation ne repose pas sur le libre consentement des citoyens.


  Évolution et Hybridation : Certains régimes peuvent osciller entre phases plus ouvertes et plus répressives. Des régimes "hybrides" ou "compétitifs-autoritaires" maintiennent une façade démocratique (élections pluralistes) tout en confisquant substantiellement les droits par les mécanismes évoqués.


Conclusion :

La confiscation des droits des citoyens n'est pas un effet collatéral, mais bien la condition sine qua non et l'objectif central d'un régime autoritaire. Pour maintenir son pouvoir concentré et sans contrainte, il doit systématiquement nier, violer ou instrumentaliser les droits politiques, civils et souvent socio-économiques des individus. Cette confiscation s'opère par un arsenal répressif (violence, peur) et structurel (contrôle de l'information, détérioration des institutions, manipulation légale). Si des nuances existent dans l'intensité et les modalités de cette confiscation selon les contextes, son existence même définit l'autoritarisme comme un système politique fondamentalement antagoniste avec l'idée de citoyenneté pleine et entière, où les droits ne sont pas des privilèges octroyés ou tolérés, mais des attributs inaliénables garantis par l'État de droit et la démocratie. 

L'étude des régimes autoritaires révèle ainsi, par contraste, la valeur fondamentale des droits et libertés dans toute société aspirant à la dignité humaine et à l'autonomie politique.

GTP

(Générateur de Texte de Paix)


Face aux Algorithmes, Réinventer la Promesse Républicaine



L’Adieu au Travail-Destin 

La projection du Forum Économique Mondial, scellant la disparition de 92  millions d’emplois, ne décrit pas une simple transition technique, mais une rupture intime dans notre tissu républicain. En France, cette reconfiguration brutale du marché du travail, orchestrée par l’avènement de l’intelligence artificielle et les impératifs de la décarbonation, résonne comme un séisme autant politique que métaphysique. Notre modèle social s’est historiquement structuré autour de la figure du travailleur-citoyen, garant d'une promesse d’émancipation et de cohésion nationale. 

Or, la destruction programmée des fonctions administratives et intermédiaires frappe précisément le cœur de nos classes moyennes, creusant le fossé entre une élite connectée aux flux de la mondialisation technologique et une périphérie condamnée à l'incertitude. Ce dualisme économique se traduit immédiatement par une fracture géographique, opposant les métropoles captatrices d'innovation aux territoires ruraux et désindustrialisés, déjà fragilisés par les vagues successives de mutations économiques.

Le danger majeur de cette métamorphose réside dans l'érosion du sens et l’avènement d'une détresse démocratique profonde. Lorsque le travail cesse d'être un vecteur d'intégration pour devenir une source d'angoisse liée à l'obsolescence de ses propres compétences, c’est le contrat social lui-même qui vacille. 

Le sentiment d'impuissance publique face à des dynamiques algorithmiques globales nourrit un ressentiment politique aigu, offrant un terreau fertile aux replis identitaires et aux rhétoriques de la colère. Face à ce deuil de la stabilité, l'État ne peut plus se contenter d'une gestion comptable de l'employabilité ou de dispositifs de reconversion hors sol.

 L'enjeu de notre époque n'est pas seulement de former des individus aux outils de demain, mais de repenser collectivement la valeur du travail, le partage du temps et la reconnaissance de l'utilité sociale, afin que la modernité ne se construise pas sur les ruines de notre dignité commune.La réinvention de notre école et de notre université devient alors l'urgence absolue pour conjurer ce deuil de l’avenir. 

L’institution éducative française ne peut plus se contenter d'ajuster ses programmes à la marge ou de courir après les dernières compétences techniques éphémères exigées par le marché. Face à l’obsolescence programmée des savoirs utilitaires, le modèle républicain, historiquement fondé sur la transmission académique et la sélection par le diplôme initial, subit une crise de légitimité sans précédent.

 Éduquer au siècle de l'intelligence artificielle ne consiste pas à transformer l’élève en un exécutant technique docile, mais à fortifier en lui ce que la machine ne pourra jamais reproduire : la conscience critique, la sensibilité esthétique, le doute méthodique et le sens de l'éthique. L'école doit redevenir le lieu de l’apprentissage de la complexité et du discernement, libérée de la seule obsession de l’employabilité immédiate.Cette mutation exige de rompre définitivement avec le dogme du diplôme à vie, véritable facteur de hiérarchisation et de déclassement social en France. 

L’éducation doit se concevoir comme un continuum existentiel, une structure hospitalière capable d'accueillir les citoyens à chaque étape de leurs ruptures professionnelles pour leur offrir non pas un simple recyclage technique mais une véritable reconversion intellectuelle et humaine. En démocratisant le droit au temps long de la réflexion tout au long de l'existence, le système éducatif peut transformer l'angoisse de la transition en une opportunité d’émancipation collective. C'est à ce prix que l'école française restera fidèle à sa promesse originelle : former des citoyens lucides et souverains, capables de maîtriser le progrès technique plutôt que de le subir.

En définitive, la grande transformation qui s'annonce ne se résoudra pas par de simples ajustements techniques ou budgétaires. Le véritable défi de notre siècle n'est pas technologique, il est anthropologique et politique : il s'agit de décider si l'humain doit s'adapter à la machine ou si la technique doit servir l'émancipation humaine. En redonnant à l'éducation sa fonction première de boussole critique et en découplant la dignité de l'individu de sa seule productivité immédiate, la France peut transformer une menace systémique en un sursaut démocratique. 
C'est en habitant ce temps de crisis avec audace, et non avec frilosité, que nous pourrons refonder une society du sens où le progrès ne se fait plus au détriment de la justice.

L’Échéance de 2027 : Face au Vide, Qui Osera Prendre le Pouvoir ?
Cette crise de civilisation trouve son exutoire naturel dans l'arène politique, alors que se dessine l'échéance présidentielle française de 2027. Face au deuil du « travail-destin » et à l'angoisse des algorithmes, la question n'est plus seulement de savoir quel programme l'emportera, mais qui osera incarner le redressement d'une nation fracturée. L'après-macronisme ouvre un vide politique vertigineux, exacerbant les ambitions dans un paysage saturé de prétendants.
Le Bloc Central en Éclats : Au cœur de la majorité sortante, la guerre de succession fait rage. Gabriel Attal, fraîchement déclaré, tente d'imposer son leadership générationnel face à son rival de toujours, Édouard Philippe, en embuscade avec son parti Horizons. Tous deux feignent l'alliance, mais rivalisent de stratégies pour capter l'électorat légitimiste face au spectre du déclin économique.
L’Offensive des Nationalistes : Capitalisant sur le sentiment d'abandon des périphéries, le Rassemblement National parachève sa stratégie de normalisation. Marine Le Pen reste la candidate naturelle du parti, talonnée par l'ambition croissante de Jordan Bardella, tandis qu'Éric Zemmour continue de souffler sur les braises des fractures identitaires.
Une Gauche en Quête d’Incarner l'Alternative : Face à la violence sociale de la transition technologique, la gauche cherche sa boussole. Jean-Luc Mélenchon s'est officiellement lancé pour une quatrième tentative, défié par des figures émergentes comme François Ruffin ou Clémentine Autain qui réclament une union par les urnes, pendant que l'ancien président François Hollande et l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve rodent en coulisses, espérant incarner le retour d'une social-démocratie d'ordre.
Le scrutin de 2027 ne sera pas une simple élection de reconduction. Il sera le verdict d'un peuple sommé de choisir entre la tentation du repli face à la modernité, ou l'audace d'une reconstruction démocratique capable de dompter les machines.

"Crise Mondiale ": Entre Compréhension et Réalisme des Puissants

   


 Au cœur des crises qui secouent notre siècle, un paradoxe subsiste : alors que nos outils de communication n'ont jamais été aussi performants, l'incompréhension entre les peuples semble progresser. Pour répondre à ce défi, il est nécessaire de lier la psychologie cognitive (Théorie de l'Esprit) et la philosophie d'Edgar Morin. Toutefois, cette « politique de la compréhension » ne peut faire l'économie d'une analyse lucide des intérêts privés des décideurs et des limites éthiques du dialogue.

 Le moteur cognitif et ses dérives

La genèse de cette démarche repose sur la Théorie de l'Esprit (ToM). Définie par Premack et Woodruff (1978), cette faculté nous permet d'attribuer des états mentaux à autrui. En géopolitique, son absence mène à la déshumanisation : l'adversaire devient une abstraction maléfique. Pourtant, la ToM possède un versant sombre : elle peut être instrumentalisée par des dirigeants cyniques pour manipuler l'opinion ou exploiter les failles psychologiques d'un partenaire, transformant l'empathie en outil de domination.

Le "Paradoxe de la Compréhension" : Diagnostic vs Moralité

Pour éviter l'écueil de l'angélisme, il faut établir une distinction fondamentale que nous appellerons le « paradoxe de la compréhension » : comprendre un régime totalitaire ou terroriste n'est pas l'excuser. La nuance est ici cruciale : la compréhension est un outil de diagnostic, pas un certificat de moralité. Elle ne valide pas l'idéologie de l'autre, mais elle sert à identifier les racines profondes d'un conflit — qu'il s'agisse de traumatismes historiques refoulés ou de peurs sécuritaires existentielles. Sans ce diagnostic froid et précis, toute tentative de paix reste superficielle.

L'angle mort : Les intérêts personnels des décideurs

C'est ici que la théorie se heurte à la réalité du pouvoir. La politique de la compréhension est souvent sabotée par les intérêts personnels des décideurs. 

Derrière le "bien commun" se cachent des logiques de carrière ou de survie politique :

La stratégie du conflit : Un dirigeant peut sciemment entretenir l'incompréhension pour consolider son autorité intérieure par la désignation d'un bouc émissaire.

L'hubris individuelle : Le besoin de "gagner" ou de ne pas perdre la face face à ses pairs l'emporte souvent sur la compréhension rationnelle des besoins de l'adversaire.

La compréhension humaine devient alors une variable d'ajustement sacrifiée sur l'autel de l'ambition individuelle.

Vers une diplomatie de la lucidité

En définitive, nous appartenons à une « communauté de destin terrestre ». Face aux menaces climatiques ou nucléaires, l'incompréhension est un luxe mortel. Mais cette politique ne doit pas être aveugle : elle est un combat contre nos biais et contre les agendas cachés des puissants. En faisant de la compréhension un outil de rigueur intellectuelle plutôt qu'une posture émotionnelle, nous cherchons une méthode de survie pour naviguer dans un monde où l'autre, malgré ses zones d'ombre, demeure notre seul partenaire possible pour l'avenir.

 Sources de référence :

* Premack, D. & Woodruff, G. (1978). Does the chimpanzee have a theory of mind?

* Morin, E. (2014). Enseigner à vivre : Manifeste pour changer l'éducation.

* Arendt, H. (1958). La Condition de l'homme moderne.

* Allison, G. T. (1971). Essence of Decision. (Analyse des intérêts bureaucratiques et individuels).


Note méthodologique : 

Ce texte est le résultat d'un processus itératif de co-construction intellectuelle. L'auteur a défini la problématique, la structure argumentative et les concepts clés, tandis que l'assistance IA a contribué au développement analytique, à la formulation précise et à l'organisation pédagogique du contenu.

© 2026 Pascal Walter. Tous droits réservés 

2026-08-31

L’impact des médias de masse sur la normalisation des comportements industriels (1920-2020)

une révolution silencieuse des normes sociales, économiques et culturelles

Depuis les années 1920, les médias de masse – d’abord la radio, puis la télévision à partir des années 1950 – ont exercé une influence bien plus profonde que la simple fonction de divertissement ou d’information. Ils ont été les architectes d’une vaste entreprise de normalisation des comportements, modelant non seulement les goûts et les aspirations des individus, mais aussi les stratégies, les outils et les processus des entreprises industrielles. En créant des références communes, en diffusant des modèles de consommation et en uniformisant les attentes en matière de qualité, de design ou de performance, ces médias ont accéléré l’adoption de technologies et ont insufflé une culture industrielle partagée, que les acteurs économiques ont fini par intérioriser comme une seconde nature.

L’histoire de cette influence s’articule en plusieurs vagues successives. Dans les années 1920 et 1930, la radio fait son entrée dans les foyers américains, atteignant 10 % des ménages en 1920 et 40 % à la fin des années 1930. Elle normalise les goûts musicaux et les discours politiques, mais surtout, elle devient le vecteur des premières grandes campagnes publicitaires pour les appareils électroménagers, comme les réfrigérateurs General Electric. Les fameux "soap operas", sponsorisés par Procter & Gamble, ne sont pas de simples feuilletons ; ils ancrent dans l’esprit du public l’idée que le progrès passe par l’équipement de la maison. Dès 1938, 90 % des ménages américains écoutent la radio au moins une heure par jour, transformant ce médium en un véritable instrument d’éducation des masses et de normalisation des premiers réflexes de consommation.

Le véritable basculement intervient dans les années 1950 avec l’essor fulgurant de la télévision. En 1950, seuls 9 % des foyers américains possèdent un poste ; dix ans plus tard, ils sont 90 %. Ce nouvel écran devient le miroir d’un mode de vie standardisé, celui de la famille nucléaire et de la consommation de masse. Les publicités pour les voitures Ford ou Chevrolet ne vendent plus seulement un véhicule, elles promeuvent le "rêve américain" et installent durablement l’idée que la puissance et la taille sont des critères de valeur. Parallèlement, les émissions de variétés et les premiers spots télévisés imposent une vision uniforme de l’habitat, de l’ameublement et de l’outillage. Dans les années 1960, alors que la télévision a conquis 90 % des foyers américains et la moitié des européens, les outils électriques comme les perceuses Black & Decker ou les ponceuses Bosch deviennent des symboles de modernité, au point que les ventes d’outils électriques grimpent de 300 % entre 1955 et 1970.

Les décennies 1970 et 1980 marquent l’apogée de ce phénomène. La couverture télévisuelle est quasi totale – 98 % des foyers américains et 80 % des européens sont équipés – et la télévision par satellite permet une diffusion mondiale des normes. La globalisation des modes vestimentaires, avec le jean Levi's, ou des modèles automobiles, avec l’irruption des voitures japonaises, témoigne de cette uniformisation planétaire. Dans le domaine industriel, les publicités pour des marques comme DeWalt ou Black & Decker standardisent l’équipement des ateliers, tandis que des émissions populaires comme MacGyver popularisent l’idée d’outils multifonctions et de débrouille technique. L’influence est telle que les dépenses publicitaires télévisées représentent près de 20 % du PIB américain en 1980. Mais c’est aussi à cette époque que les premières machines-outils à commande numérique, comme celles de Mazak ou Haas, font l’objet de reportages et de campagnes qui créent un marché globalisé : une usine allemande et une usine japonaise achètent les mêmes fraiseuses, simplement parce que "tout le monde en a une". Les ventes de machines CNC augmentent de 500 % entre 1970 et 1990, preuve que le mimétisme industriel, amplifié par les médias, est un puissant moteur d’homogénéisation.

L’arrivée d’Internet dans les années 1990, puis des smartphones et du streaming dans les années 2000, ne brise pas cette dynamique ; elle la transforme. Alors que la télévision reste hégémonique jusqu’au début des années 2000, avec plus de 90 % des foyers équipés et des dépenses publicitaires atteignant 300 milliards de dollars par an, les premiers médias numériques fragmentent l’attention sans supprimer le réflexe mimétique. Les émissions de bricolage comme The New Yankee Workshop cèdent progressivement la place aux tutoriels YouTube, qui deviennent, à partir des années 2010, les nouveaux vecteurs de standardisation des compétences. Une simple vidéo expliquant comment souder avec un poste MIG ou réparer une perceuse peut cumuler des millions de vues et, en quelques jours, faire exploser les ventes d’un modèle spécifique. L’avènement de la 5G et de l’Internet des objets, couplé aux algorithmes de recommandation des réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram, crée une nouvelle forme de normalisation, plus instantanée et plus ubiquitaire, où une tendance peut se propager à l’échelle planétaire en quelques heures.

Ce puissant mécanisme de normalisation a eu des conséquences très concrètes, tant sur le consommateur individuel que sur l’entreprise. Pour les particuliers, les médias ont créé des "standards de vie" industriels : posséder une perceuse électrique, une scie circulaire ou un multimètre est devenu un marqueur de modernité et de compétence. En 1970, seuls 20 % des ménages américains possédaient une perceuse électrique ; en 2020, ils sont 85 %. Derrière ces chiffres se cache un phénomène plus insidieux : l’influence des célébrités et des influenceurs, qui transforme l’acte d’achat en une quête d’identité. Un bricoleur amateur n’achète pas seulement un outil, il achète l’image du "pro" que la télévision ou YouTube ont construite. Les émissions de bricolage, les stars de cinéma conduisant des Ford Mustang dans les années 1970, ou les youtubeurs tech des années 2010, ont tous participé à cette uniformisation des désirs, conduisant à une surconsommation et à une obsolescence programmée. En 2020, 70 % des acheteurs d’outils électriques possèdent déjà un modèle similaire, preuve que la "nouveauté" est souvent un besoin artificiellement suscité par les médias.

Texte extrait :

"L’impact des médias de masse sur la normalisation des comportements industriels (1920-2020)une révolution silencieuse des normes sociales, économiques et culturelles" 

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2026-08-30

diagnostic précis de l’État social Alain Supiot

 Leçon inaugurale de Alain Supiot prononcée le 29 novembre 2012.


Alain Supiot est professeur du Collège de France et titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités.

L’histoire juridique de l’édification de l’État social donne une idée de sa grandeur. Mais ce souverain débonnaire, tolérant la contestation et répondant du bien-être de ses sujets, semble aujourd’hui frappé de misère. Exposé par l’ouverture de ses frontières commerciales à des risques financiers systémiques, il voit ses ressources s’effriter et ses charges augmenter. D’inquiétants docteurs se pressent à son chevet. Certains lui prescrivent saignée sur saignée, tandis que d’autres dressent déjà son acte de décès. Plutôt que de cette médecine létale, c’est d’un diagnostic précis de l’État social dont nous avons besoin.

Texte intégral de la leçon inaugurale et traduction en coréen, anglais, espagnol, grec :

Retrouvez tous ses enseignements :

Le Collège de France est une institution de recherche fondamentale dans tous les domaines de la connaissance et un lieu de diffusion du « savoir en train de se faire » ouvert à tous. Les cours, séminaires, colloques sont enregistrés puis mis à disposition du public sur le site internet du Collège de France. Découvrez toutes les ressources du Collège de France :

dénoncer l'hypocrisie et de questionner la vérité

   



Voici les œuvres "Les Provinciales" de Pascal Blaise et "L'Art du mensonge politique" de Jonathan Swift présentent des similitudes intéressantes, notamment dans leur approche critique des mœurs et des institutions.


1. Critique de l'hypocrisie

Dans "Les Provinciales", Pascal critique les jésuites et leur manière de défendre des positions morales douteuses sous couvert de rationalité et de spiritualité. Swift, dans "L'Art du mensonge politique", dénonce également l'hypocrisie des politiciens et leur manipulation de la vérité pour servir leurs intérêts.


2. Utilisation de la satire : 

Les deux auteurs emploient la satire pour exposer les travers de leur époque. Pascal utilise le dialogue et l'argumentation pour mettre en lumière les incohérences des jésuites, tandis que Swift utilise un ton plus mordant et ironique pour critiquer les abus de pouvoir et la manipulation politique.


3. Réflexion sur la vérité et le mensonge :

Pascal s'interroge sur la vérité dans le contexte de la foi et de la raison, tandis que Swift explore la nature du mensonge dans le domaine politique. Tous deux soulignent les dangers de la manipulation de la vérité, que ce soit dans la religion ou dans la politique.


4. Engagement intellectuel : 

Les deux œuvres montrent un engagement fort des auteurs envers les questions éthiques et sociales de leur temps. Pascal défend une vision de la foi éclairée par la raison, tandis que Swift appelle à une prise de conscience critique des pratiques politiques.


En somme, bien que leurs contextes soient différents, "Les Provinciales" et "L'Art du mensonge politique" partagent une volonté de dénoncer l'hypocrisie et de questionner la vérité à travers la satire, en mettant en lumière les abus de pouvoir et les manipulations intellectuelles.

C2ki


Info archive :

Lire 

https://archive.org/details/lesprovinciales

https://blaisepascal.bibliotheques-clermontmetropole

https://www.anthologialitt.com/post/jonathanswift-l-artdumensongepolitique

Info plus 

https://hal.science/hal-04399610v1/file/Proteus18.pdf

Intelligent ne veut pas dire comprendre" . Pour une épistémologie de la distinction

 


Le malentendu fondateur

Notre époque célèbre l'intelligence avec une ferveur presque religieuse. Tests de QI, classements PISA, concours d'éloquence, prix Nobel, start-up incubées pour leur "intelligence artificielle" : partout, l'intelligence est érigée en valeur suprême, en critère ultime d'excellence. On la mesure, on la quantifie, on la vénère. Pourtant, une observation simple mais dérangeante s'impose : les esprits les plus brillants commettent parfois les erreurs les plus désastreuses. Des stratèges géniaux ont précipité des nations dans la guerre. Des financiers mathématiciens ont fait s'effondrer l'économie mondiale. Des cliniciens hors pair ont posé des diagnostics mortels parce qu'ils n'avaient pas écouté leur patient.

Ce paradoxe n'est pas une contradiction. Il révèle une distinction fondamentale, trop souvent négligée : intelligent ne veut pas dire comprendre.

I. Deux facultés, deux mondes

L'intelligence : la maîtrise opératoire

Étymologiquement, intelligentia (du latin intelligere) signifie "lire entre", "discerner". L'intelligence est une faculté de différenciation et de mise en relation. Elle découpe le réel en unités manipulables, établit des chaînes causales, résout des problèmes par abstraction et généralisation.

Dans la tradition philosophique, elle correspond à ce que Kant nommait l'entendement (Verstand) : la faculté de penser les objets au moyen de concepts, de juger, de raisonner selon des règles. C'est une capacité formelle, qui opère indépendamment du contenu particulier.

L'intelligence se caractérise par :

· La rapidité : elle saisit les patterns, anticipe les conséquences.

· L'abstraction : elle s'émancipe du concret pour manipuler des symboles.

· L'économie : elle cherche la solution la plus efficace.

· L'adaptabilité : elle transfère des compétences d'un domaine à l'autre.

En ce sens, l'intelligence est un moyen, un outil cognitif. Elle répond à la question « Comment faire ? » avec une élégance parfois prodigieuse. Mais elle ne s'interroge pas sur la fin.

La compréhension : l'acte d'englober


Comprendre, du latin comprehendere, signifie "prendre ensemble", "embrasser", "contenir". Là où l'intelligence distingue et relie, la compréhension englobe et intègre. Elle ne se contente pas de résoudre un problème ; elle le situe dans un horizon de sens. Philosophiquement, elle se rapproche de ce que Kant nommait la raison (Vernunft) : la faculté des principes ultimes, qui cherche l'inconditionné, qui dépasse le jeu des règles pour interroger la finalité et la totalité.

La compréhension se caractérise par :

· La profondeur temporelle : elle prend son temps, accepte les silences.

· La contextualisation : elle ne saisit jamais un énoncé hors de son milieu.

· L'empathie cognitive : elle cherche à habiter la pensée de l'autre.

· L'acceptation de la complexité : elle tolère les contradictions et les paradoxes.


Comprendre, c'est répondre à la question « Pourquoi ? » et surtout « Qu'est-ce que cela signifie pour nous, ici, maintenant ? »

Une distinction, non une hiérarchie

Précisons d'emblée : il ne s'agit pas de dévaloriser l'intelligence au profit d'une compréhension qui serait plus "noble". L'intelligence est indispensable. Sans elle, la science, la technique, la médecine, la stratégie n'existent pas. La compréhension, sans intelligence, reste impuissante.

Mais leur dissociation est pathologique. Une intelligence sans compréhension est un moteur sans gouvernail ; une compréhension sans intelligence est une conscience sans prise.


II. Pourquoi l'intelligence peut faire obstacle à la compréhension

Le biais de la rationalité dysfonctionnelle

Keith Stanovich, dans What Intelligence Tests Miss (2009), distingue l'intelligence algorithmique (la rapidité de traitement) de la rationalité épistémique (la capacité à former des croyances vraies sur le monde). Ces deux dimensions sont largement indépendantes.

Un sujet très intelligent peut parfaitement maintenir des croyances irrationnelles, car son intelligence sert alors à justifier ces croyances, non à les remettre en question. C'est le phénomène du biais de confirmation renforcé : plus on est intelligent, plus on est capable de trouver des arguments sophistiqués pour défendre ses préjugés. Prenons l'exemple d'un théoricien du complot. Il peut faire preuve d'une intelligence remarquable dans la construction de son système : il relie des faits disparates, identifie des incohérences, développe une argumentation cohérente. Mais il ne comprend pas le monde social, car sa compréhension est captive d'un cadre interprétatif qu'il n'interroge pas.

L'illusion de la transparence et l'arrogance épistémique. L'intelligence rapide produit un effet secondaire dangereux : l'impression de comprendre. Parce qu'elle a rapidement saisi la structure formelle d'un problème, elle s'imagine avoir saisi sa substance. C'est ce que Hans-Georg Gadamer, dans Vérité et Méthode, appelait la "précompréhension" — mais lorsque celle-ci n'est pas mise à l'épreuve par le réel, elle se fige en préjugé.

Le savant, l'expert, le consultant sont souvent les plus exposés à ce qu'on pourrait nommer l'arrogance épistémique : ils confondent leur maîtrise d'un domaine avec une compréhension globale de la réalité.

Le réductionnisme méthodologique

L'éducation supérieure, en particulier dans les filières scientifiques et techniques, privilégie la résolution de problèmes bien posés. On y apprend à négliger les variables non quantifiables, à réduire la complexité. Cette méthode devient un obstacle lorsqu'elle est étendue à des domaines où la complexité est irréductible : les relations humaines, la politique, l'histoire, l'éthique.


La dimension neurocognitive

Les neurosciences cognitives montrent que l'intelligence rapide active principalement le cortex préfrontal dorsolatéral, associé au raisonnement analytique. La compréhension profonde, en revanche, engage davantage le cortex préfrontal ventromédian et le réseau du mode par défaut, impliqués dans la réflexion sur soi et la mentalisation. Ces deux modes sont potentiellement concurrents : l'activation de l'un peut inhiber l'autre.

Une société qui ne valorise pas la compréhension

La dissociation est aussi une production sociale. Nos systèmes éducatifs, nos organisations, nos institutions ne valorisent pas la compréhension ; ils valorisent la performance opératoire mesurable. Un enseignant qui ralentit pour comprendre ses élèves est pénalisé par des programmes surchargés. Un dirigeant qui prend le temps de la nuance est perçu comme indécis.

Ce constat rejoint les analyses du sociologue Hartmut Rosa sur l'accélération sociale : notre modernité est structurée par une logique de vitesse qui rend la compréhension structurellement défavorisée.

III. Apprendre à comprendre : les voies d'une pédagogie.

Si comprendre s'apprend, cet apprentissage ne ressemble pas à l'acquisition d'une technique. Il s'agit plutôt d'un désapprentissage des automatismes intellectuels, d'une conversion du regard.

1. Ralentir

L'intelligence est chronométrée, la compréhension est ralentie. Apprendre à comprendre, c'est d'abord apprendre à suspendre le jugement. Cette suspension n'est pas une passivité ; elle est une attention active, ce que les stoïciens nommaient prosoche.

Pratiquement, cela signifie se donner le temps de la reformulation. Avant de répondre, reformuler la pensée de l'autre dans des termes qui le satisferaient lui. Cette technique, issue de l'écoute active de Carl Rogers, brise le réflexe évaluatif.

2. Cultiver l'herméneutique du soupçon et de la charité

Comprendre exige un double mouvement que Paul Ricœur appelait la "dialectique de la méfiance et de la confiance". D'un côté, il faut déconstruire les discours, débusquer les présupposés cachés. C'est le geste du soupçon, hérité de Marx, Nietzsche, Freud. Mais il faut lui adjoindre le geste inverse : la charité interprétative, qui suppose que l'interlocuteur a une raison de penser ce qu'il pense. Le véritable acte de compréhension consiste à pouvoir défendre la position de son adversaire avec autant de force que la sienne propre.

3. Lire des fictions pour se décentrer

La lecture de romans est un puissant laboratoire de compréhension. Comme l'a montré Keith Oatley, elle active les mêmes circuits neuronaux que l'empathie réelle. La lecture formatrice est celle qui nous dépayse, qui nous confronte à des univers de sens étrangers.

4. Cultiver l'humilité épistémique

L'intelligence aime la certitude. La compréhension se nourrit du doute. Apprendre à comprendre, c'est apprendre à dire : « Je ne sais pas », « C'est plus complexe que je ne le pensais ». Cette humilité n'est pas une faiblesse ; c'est une force cognitive qui ouvre l'esprit à de nouvelles informations.

5. Assumer une éthique de la compréhension

Comprendre peut aussi servir des fins malveillantes. Un manipulateur comprend les désirs de ses victimes. Un régime totalitaire comprend les mécanismes de la peur. Comprendre n'est pas une vertu en soi ; il faut un usage de cette compréhension orienté par des valeurs de justice et de respect.

6. Réformer les conditions institutionnelles

Enfin, ces pratiques individuelles ne suffisent pas. Il faut repenser les systèmes éducatifs, créer dans les organisations des espaces de réflexion non finalisés sur la performance, promouvoir des médias qui prennent le temps de l'analyse contextuelle. Sans ces conditions, l'apprentissage de la compréhension restera un privilège individuel.

IV. L'intelligence artificielle comme révélateur

L'émergence des grands modèles de langage (GPT, Claude, Gemini) offre un éclairage saisissant. Ces modèles sont extrêmement intelligents au sens opératoire : ils manipulent des milliards de paramètres, génèrent des textes cohérents, résolvent des problèmes logiques. Pourtant, personne ne soutient sérieusement qu'ils comprennent — au sens phénoménal du terme. Ils produisent du sens sans le vivre. Cette comparaison est une révélatrice : elle montre que l'intelligence opératoire peut exister sans la compréhension, et même la simuler avec une précision troublante.

Conclusion : la compréhension comme conquête et responsabilité

Si l'intelligence est un potentiel, la compréhension est une conquête. Elle ne s'acquiert pas une fois pour toutes. Elle est un processus sans fin, une vigilance de chaque instant.


La véritable maîtrise intellectuelle ne réside pas dans la vitesse de la réponse, mais dans la profondeur de la question que l'on se pose avant de répondre. Comprendre, c'est accepter de ne jamais finir de comprendre. C'est faire taire son ego pour écouter le monde — et, par ce geste, devenir non pas plus intelligent, mais plus humain.


Mais cette conquête est aussi une responsabilité. Comprendre n'est pas un luxe de penseur. C'est une urgence pratique pour un monde qui produit chaque jour plus d'intelligence artificielle et moins de sagesse vivante. Un monde où l'intelligence sans compréhension est un danger.


Comprendre, en dernière analyse, c'est assumer la finitude, l'incertitude, la vulnérabilité — c'est-à-dire tout ce que l'intelligence opératoire cherche à éliminer.

 Verbia Lab Art, laboratoire d'art sémantique de co-écriture humain-IA, dédié à l'exploration des nuances du langage et de la pensée.


Bibliographie sommaire

· Gadamer, Hans-Georg. Vérité et Méthode. Seuil, 1996 (1960).

· Jonas, Hans. Le Principe Responsabilité. Flammarion, 1990 (1979).

· Kant, Emmanuel. Critique de la raison pure. Flammarion, 2006 (1781).

· Ricœur, Paul. De l'interprétation. Seuil, 1965.

· Rosa, Hartmut. Accélération. La Découverte, 2010 (2005).

· Stanovich, Keith E. What Intelligence Tests Miss. Yale University Press, 2009.

· Kahneman, Daniel. Système 1 / Système 2. Flammarion, 2012 (2011).

· Morin, Edgar. La Méthode, tome 1. Seuil, 1977.


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2026-08-25

Nos conversations illusion du lien social

 


Et si nos conversations au bureau, en famille, en couple : et si elles n'étaient que des échos préfabriqués ? 

On se parle. Beaucoup. Tout le temps. Autour de la machine à café, au dîner familial, en soirée entre amis. On donne son avis sur le dernier match, la série du moment, la polémique politique qui enflamme les réseaux. On a une opinion sur tout. On se sent vivants, connectés, présents.

Et si tout cela n'était qu'un leurre ?

Le travail, pour la plupart d'entre nous, n'enrichit pas notre vie personnelle. Il nous épuise, nous formate, nous assigne à des tâches qui ne nourrissent ni notre curiosité ni notre esprit. Alors, hors du bureau, on recycle. On ressort les références du lycée, les sujets standardisés que les médias et les algorithmes nous servent en boucle. On échange des opinions  jamais des connaissances. On se reconnaît dans les mêmes goûts, jamais dans des expériences partagées.

Souvent sur le plan psychologique ces conversations sont un bouclier anti-conflit, mais elles fragilisent l'estime de soi à long terme, et sociologiquement : elles créent des liens en apparence solides, mais interchangeables des amitiés de surface, des familles qui s'ignorent en parlant. Du point de vue politique elles réduisent le débat à un ressenti, préparant le terrain aux rhétoriques simplistes et aux chambres d'écho. Et culturellement : elles effacent les sous-cultures, les savoirs de métier, les mémoires locales, au profit d'une culture globale low-cost.

Après il y a les réseaux sociaux. Eux ne se contentent pas d'alimenter le phénomène : ils en sont devenus les scénaristes invisibles. Ils pré-mâchent les sujets, imposent un tempo effréné, transforment le bureau en scène où l'on rejoue, sans le savoir, des partitions écrites par des algorithmes.  Et nous, ses porteurs de voix fatigués. Mais ce n'est pas tout. Car ce régime conversationnel ne s'arrête pas à la pause déjeuner. Il colonise la sphère privée. 

-Le repas de famille devient un champ de mines générationnel. 

-Le couple se mue en co-consommation de contenus. 

-L'amitié se réduit à une curation de memes. Partout, on se parle pour se reconnaître dans des opinions communes

 – mais nulle part on ne se surprend ni ne se construit.

Alors, faut-il désespérer ?

Non. On peut  aussi identifié des résistances, des contre-cultures, des îlots de profondeur. Des individus qui refusent le flux, qui cultivent des cercles de parole exigeants, qui pratiquent l'ironie et le détournement. Mais ces résistances sont minoritaires, et elles luttent contre la montre car le temps de l'approfondissement est un luxe que notre époque rend chaque jour plus rare.

La tendance est une pente. De la presse à la radio, de la télé à Internet, d'Internet aux réseaux sociaux, chaque saut technologique a raccourci le délai entre l'événement et l'opinion, supprimant l'étape de la réflexion personnelle. La profondeur devient l'exception qui confirme la règle.

Résumé extrait du document : une plongée dans les conséquences individuelles et collectives, une auto-critique épistémologique de notre propre raisonnement, et une tentative de réponse à la question qui nous hante tous :

"Dans un monde où l'opinion pré-mâchée tient lieu de pensée, où le flux tient lieu de lien – comment retrouver une conversation véritable ?"


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2026-08-21

Les origines de la guerre de l'information



Vers 500 avant J-C, Sun-Tzu dans "l’Art de la Guerre" posait le précepte suivant : "(…) L’affaiblissement ou l’élimination d’un adversaire est possible grâce à un usage habile d’une rumeur ponctuelle ou répétitive savamment diffusée (…)"

Cette méthode originale de neutralisation d'un adversaire est très souvent utilisée dans un rapport du faible au fort.

Les origines de la "guerre de l'information" remontent à la nuit des temps puisque d'Alexande le Grand à Bélissaire et de du Guesclin à Napoléon Bonaparte, tous les chefs de guerre dans un premier temps, puis tous les leaders politiques dans un deuxième temps (surtout lors de la guerre froide), ont tenté d'imposer par tous les moyens leurs visées et leurs desseins à leur ennemis.

Plus proche de nous, l'époque contemporaine a vu se développer au cours des 2 conflits mondiaux, des méthodes destinées à entamer le moral des troupes et des populations du camp adverse.

Ces méthodes visaient du même coup, à galvaniser ses propres troupes, et à conforter la confiance de sa propre population en une victoire finale inéluctable.

C'est ainsi qu'au cours des conflits contemporains du XX ème siècle ( I ère Guerre Mondiale - 1914/1918 - et II ème Guerre Mondiale - 1939/1945 ) les acteurs des conflits militaires puis politiques ont du faire preuve d'astuces et d'ingéniosité en améliorant sans cesse les méthodes basiques de la propagande pour tenter d'influer sur le déroulement du conflit.

On a donc assisté à une "montée aux extrêmes" qui a entraîné une démultiplication des techniques d'attaque par l'information à travers la propagande, la désinformation, l'intoxication, la manipulation et les opérations psychologiques. Ces techniques d'attaque ont pour finalité de provoquer un sentiment de doute et/ou de défiance des populations contre une cible prédéfinie.

Toutes ces méthodes dites de "guerre de l'Information" n'amènent pas directement à un affrontement armé sur le terrain mais peuvent entrer dans le spectre des "opérations spéciales" et/ou de la "guerre subversive".

Toutefois, si elles ne semblent pas faire partie du domaine des opérations militaires conventionnelles, ces méthodes sont cependant combinées et/ou complémentaires à celles-ci.

Elles peuvent d'ailleurs être planifiées très en amont dans le temps et dans l'espace mais aussi durant toute la durée du conflit. Les objectifs changent, mais les méthodes restent les mêmes.

Durant les décennies qui ont opposé le camp communiste au camp capitaliste, les spécialistes soviétiques ont appliqué ces méthodes pour créer des réseaux d'influence dans différentes couches de la société civile des pays occidentaux (ouvriers avec les rabcors, intellectuels avec les mouvements pour la paix de l'entre-deux guerre et des années 50, milieux politiciens par l'entrisme pratiqué au sein de certains états-majors de partis politiques et d'administrations, milieux religieux par l'intermédiaire de certains prêtres ouvriers et évêques progressistes)

La guerre de l'Information dans la mondialisation des échanges :

Dans le contexte de durcissement de la compétition économique tant au niveau des acteurs mondiaux, nationaux que régionaux, les entreprises françaises sont confrontées à de nouvelles techniques de " combat " dans lesquelles la maîtrise, le contrôle et la diffusion de l’information(réelle ou retouchée) sont utilisés, non plus seulement comme un vecteur de connaissance et d’anticipation, mais comme une arme offensive.

Devant ce durcissement des rapports de forces, l’information devient donc la principale matière première de l’économie et constitue également un instrument de compétition .

Sa manipulation ou simplement son utilisation à des fins malveillantes contre les acteurs économiques d’un état, entreprises, régions, ou individus est aujourd’hui facilitée du fait, notamment de l’émergence desNouvelles Technologies d'Information et de Communication (NTIC).

Sur le plan informationnel, l’attaque d'une entreprise peut être conduite en s'appuyant sur une stratégie directe ou consister à un encerclement progressif de ses intérêts. L'entreprise Lindt a, semble-t-il été victime d'une rumeur au milieu des années 90. Ses principaux clients, les grands distributeurs, apprirent que Lindt " subissait une perte de 20% de son chiffre d'affaires et qu'elle allait licencier du personnel. Sans une réaction dans les 48 heures de sa direction générale (mobilisation de tous les commerciaux pour présenter aux clients un justificatif sur les comptes de la société), l'entreprise aurait été gravement déstabilisée.

Le premier mode d'action vise à concentrer l'efficacité des moyens sur la faille visible d'une entreprise. Par exemple la campagne déclenchée par General Motors après le débauchage par Volskwagen d'un de ses principaux cadres dirigeants (affaire Lopez). 

L'attaque était simple et concise : la firme allemande Volskwagen était accusée par voie de presse d'avoir été à l'origine d'une opération d'espionnage industriel contre General Motors. La campagne de dénigrement médiatique a obligé la direction de Volskwagen à négocier en situation de faiblesse. Le plus souvent, l'offensive est aussi brève que virulente. L'effet attendu est limité à un cadre espace temps réduit. Le flux informationnel est bref mais intense, les caisses de résonance sont utilisées dans leur état du moment. Toutes les actions convergent vers un point de focalisation unique. Le message s'appuie sur un nombre très restreint d'idées force, délivrées d'emblée avec la totalité de leur arsenal argumentaire.

Le second mode d'action consiste à faire porter l'attaque non plus sur le cœur de la cible mais à sa périphérie. Selon le magazine "Der Spiegel", la campagne contre les pluies lancée au cours des années 70 par des mouvements écologistes a peut-être été manipulée par des constructeurs automobiles allemands. Des analyses scientifiques ont démontré que la pollution automobile n'était pas le facteur le plus déterminant. Toujours selon "Der Spiegel", les constructeurs allemands auraient cherché à déstabiliser les autres constructeurs en voulant leur imposer leur technologie sur le pot catalytique.

La cible était en l'occurence Bruxelles afin d'influer sur les normes décidées au niveau de la Commission. Dans ce genre d'attaque indirecte, les coups sont portés sur les points d'appui formels et informels de la cible. L'offensive s'inscrit dans la durée, elle permet de réguler le rythme de l'action en fonction des réactions de l'adversaire mais aussi de son entourage. L'effet attendu est progressif et repose sur la convergence, en tendance, d'un spectre large de réactions. Les messages sont délivrés de manière parcellaire et pointilliste, sans lien immédiatement perceptible. Le mûrissement et la factorisation des thèmes doivent donner l'apparence d'idées forces autogènes. L'argumentaire est distillé selon un ordre préétabli, mais constamment adapté avec pragmatisme.

Tout mode d'action effectif est en fait un mélange des deux précédents. Aussi, toute attaque par l’information peut, pour des raisons tactiques, se dérouler sur des terrains multiples, porter sur des cibles de nature diverse, changer de canaux de communication, voire adapter l’argumentaire en fonction de la perception d'autrui.

Pour une entreprise, elle peut en particulier consister à :

- discréditer, décrédibiliser ses représentants,

- nuire à la réputation de ses secteurs d’activité ou à son image,

- déstabiliser son environnement : structures amont et aval, ses partenaires, ses clients, ses fournisseurs,

Face à la radicalisation des pratiques offensives et à l’utilisation massive des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), les modèles traditionnels de gestion de crise se montrent rapidement limités et inefficients .

A l'inverse, le concept de contre-information apporte des éléments de réponse précis et efficaces.

La contre-information :

Définition © (sources Ch.Harbulot, Ecole de Guerre économique):

" La contre-information peut-être définie comme l’ensemble des actions de communication qui, grâce à une information pertinente ouverte, argumentée, non manipulée et vérifiable permettent d’atténuer, d’annuler ou de retourner contre son instigateur une attaque par l’information.

Contraintes et qualités nécessaires à la mise en place d’une contre-information :

Utilisable à des fins préventives ou en guise de contre mesures, la contre-information ne peut être conduite au coup par coup. Elle nécessite la préparation préalable de multiples scénarios et une connaissance du milieu, des individus et des mécanismes impliqués dans ce genre d'affrontement immatériel. La campagne contre les fabricants de tabac aux Etats-Unis est un cas d'école exemplaire car il associe une guerre prolongée de l'information menée par des associations de lutte anti-tabac et des cabinets d'avocat qui menaient une manoeuvre en tenaille au niveau des médias et des autorités fédérales. La contre-propagande médiatique combinée à la procédure juridique sont deux des techniques civiles les plus efficaces générées par le modèle américain.

Renseignements préalables :

Afin de trouver la riposte adéquate, il est nécessaire de posséder une connaissance approfondie des structures formelles, informelles, internes et externes de l’entreprise et de son environnement.Elle permettra de dresser une véritable cartographie en 3 dimensions de l’entreprise.Pour obtenir les éléments nécessaires à l’élaboration de cette cartographie, il faudra appliquer le cycle du renseignement :

Expression des besoins ; Collecter les informations pour y répondre ;

Analyser les points faibles et les contradictions de l'adversaire Définir le scénario de contre informatio

Mécanismes psychologiques et psychosociologiques :

La phase analyse du cycle du renseignement devra mettre en évidence les typologies d'acteurs, leurs profils psychologiques et leur dimension psychosociologique.


Nœud de communication

Vecteur de propagation

Point de rétention

Représentativité: théorique / effective

Agitateur / mécontent / déçu / aigri

Motivation : idéologique / sociale / financière / religieuse


Maîtrise des techniques et principes de communication :

La perception des autres, adversaires et alliés, est le critère majeur à prendre en compte au moment du choix du respect au non de la congruité du comportement et de l'argumentation.

L'effet de rupture et de position décalée est amplifié par l'incongruité du mode d'action. Il représente un atout dans une logique de contre mesure rapide et dans un environnement non conservateur. Prenons l'exemple démarqué d'une entreprise qui attaque un de ses concurrents les plus menaçants par des procédés classiques (espionnage industriel par viol de correspondance, traçage des prospects commerciaux, envoi de questionnaires piégés, débauchage de personnel...). L'entreprise visée choisit de contre-attaquer en utilisant un minimum de forces et de moyens : envoi anonyme d'un email décrivant les procédés de concurrence déloyale sur des sites situés dans des pays étrangers où les deux entreprises sont en concurrence. L'attaquant non cité nominalement dans cet email se reconnaîtra malgré tout entre les lignes. Il sera déstabilisé dans son attaque, car il ne pourra pas évaluer la force et l'amplitude des nouveaux messages du même type. Une négociation adéquate devient alors possible entre les deux protagonistes.

En revanche, l'inflexion progressive du milieu s'appuie sur une congruité apparente et s'inscrit dans une logique de durée, particulièrement adaptée à un milieu conservateur.

Critères d’efficacité de la contre-information :

Pour être crédible, la contre information s’attache à véhiculer de l’information ouverte et argumentée, non manipulée et vérifiable, pour qu’il ne puisse pas y avoir de querelles d’experts ou d’interprétations différentes ; ce qui représenterait une faiblesse que l’adversaire s’empressera d ‘exploiter.

A contrario, il ne faut pas que l’information soit trop facile à vérifier. Une tactique consiste à pousser l'entreprise agressive à la faute surtout si elle réagit dans l'urgence et se focalise sur la communication de crise. En effet, si l’entreprise agressive commet une erreur d’appréciation ou d’interprétation parce qu'elle ne prend pas le temps de recouper les informations communiquées par le camp adverse, c’est elle qui prêterait le flanc au discrédit, voire au ridicule.

La contre-information est affaire de stratégie et de management de l’information (où, quand, comment à qui, à quel rythme et dans quelle proportion diffuser l’information ...).

Il s’agit de rechercher de manière exhaustive et systématique les contradictions et les points faibles de l’adversaire, puis de les attaquer selon une tactique prédéfinie (quoi, lesquels, à quel moment, en fonction de quel stimulus interne, externe, formel, informel …)

source

Publié le 31/08/99 .Copyright © 1999-2002 INFOGUERRE.COM