2023-10-06

Divertissement :danger ?

 


Le cinéaste Robert Bresson le notait déjà : « Cinéma, radio, télévision, magazines sont une école d’inattention : on regarde sans voir, on écoute sans entendre [2]. »

pour Pascal, faire diversion, c’est tromper l’attente en lui donnant un faux but, afin de cacher le vrai. 

Le divertissement n’a donc qu’une « fin », qui est de cacher la vraie « fin » (L 127),

ne pas laisser l’homme être en souci de lui-même, lui permettre de fuir loin de lui, afin qu’il ne soit plus en charge de sa vie. Le divertissement est ainsi la gestion de l’inconstance des distractions. Un tel mouvement est, par nature, sans fin. Il ne cesse de se nourrir de lui-même, car son arrêt ferait courir le risque de laisser revenir ce que chaque forme du divertissement a pour fonction de masquer, l’ennui comme révélateur de la précarité de l’existence.

Pascal fait une « extrême différence » entre celui qui cherche par l’instruction ce qu’il en est de sa destination et celui qui vit par rapport à celle-ci dans une pure insouciance. Le premier échoue immanquablement, car, ultimement, l’instruction par la raison — tout le « Pari » ne montre que cela — reste muette. Mais, quant aux insensés qui se flattent de vivre sans rien vouloir savoir, Pascal donne leur figure comme « monstrueuse » : « Cette négligence en une affaire où il s’agit d’eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m’irrite plus qu’elle ne m’attendrit ; elle m’étonne et m’épouvante : c’est un monstre pour moi. » L’insensé dit : « Comme je ne sais d’où je viens, aussi je ne sais où je vais […]. Et de tout cela, je conclus que je dois donc […] me laisser mollement conduire à la mort, dans l’incertitude de ma condition future. » A quoi Pascal, en une objection radicale, répond : « Qui souhaiterait d’avoir pour ami un homme qui discourt de cette manière ? » Il y va ici d’un trait d’essence de l’amitié, car, avec qui se méprise assez pour être indifférent à son propre sort, il n’y a nulle communauté humaine possible. Un tel « monstre » ne peut être qu’un ange ou une bête. Il est l’ange qui fait la bête.

https://www.cairn.info/revue-etudes-2001-12-page-631.htm