2019-10-19

La langue façonne la pensée




SOURCE https://www.pourlascience.fr/sd/linguistique/la-langue-faconne-la-pensee-6479.php



Les langues que nous parlons modifient notre façon 
de percevoir le monde et nos capacités cognitives.










Article paru dans N°407 - Septembre 2011


J’ai rencontré une petite fille âgée de cinq ans à Pormpuraaw, une petite communauté aborigène à l’Ouest de la péninsule du Cap York, au Nord de l’Australie. Quand je lui ai demandé de m’indiquer le Nord, elle a pointé le doigt vers le Nord, sans hésiter. 

Et elle ne s’était pas trompée. Plus tard, dans une salle de conférences de l’Université Stanford en Californie, j’ai réitéré ma demande auprès de chercheurs distingués, lauréats de médailles et de prix scientifiques. Je leur ai demandé de fermer les yeux (pour qu’ils ne puissent pas tricher) et de pointer le doigt vers le Nord. Beaucoup ont refusé, car ils ignoraient la réponse. Ceux qui ont accepté ont pris le temps de réfléchir et ont indiqué diverses directions… J’ai répété cette expérience à Harvard et à Princeton, ainsi qu’à Moscou, Londres et Pékin. J’ai obtenu les mêmes résultats.



Parle-t-on une même langue ?
Cette expérience met en évidence des différences cognitives quand il s’agit de se repérer dans l’espace. Comment une enfant aborigène de cinq ans peut-elle réussir, alors que d’éminents scientifiques d’autres cultures ont des difficultés ? La réponse est surprenante : la langue que parlent les différents protagonistes serait en cause.
Depuis plusieurs siècles, on soupçonne que des langues différentes peuvent transmettre des capacités cognitives distinctes. Dans les années 1930, les linguistes américains Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf ont étudié pour la première fois comment variaient les langues et ont émis l’hypothèse que des locuteurs de langues différentes pouvaient penser différemment. Leur idée a d’abord été accueillie avec enthousiasme, mais les linguistes n’avaient aucune preuve pour la confirmer. Dans les années 1970, la plupart des scientifiques ne soutenaient plus cette hypothèse, qui fut presque abandonnée au profit de nouvelles théories soutenant que la langue et la pensée sont universelles.
Il existe aujourd’hui plusieurs preuves expérimentales que les langues façonnent la pensée. Ces résultats renseignent sur la façon dont les connaissances et les capacités cognitives se mettent en place.
Dans le monde, les individus communiquent en utilisant environ 7 000 langues, et chaque langue requiert des caractéristiques différentes de ses locuteurs. Par exemple, supposons que je veuille dire : « J’ai vu Oncle Vania (la pièce de Tchekhov) dans la 42e rue. » En mian, une langue parlée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le verbe employé indique si cet événement s’est produit aujourd’hui, hier ou dans un passé lointain, alors qu’en indonésien, le verbe ne précise même pas si l’événement a eu lieu ou s’il est à venir. En russe, le verbe révèle mon genre (masculin ou féminin). En mandarin (parlé par plus de 70 pour cent des Chinois), je dois préciser si l’oncle en question est paternel ou maternel et s’il est lié par le sang ou par alliance, car des mots différents existent pour tous ces types d’oncles (il s’avère que c’est un frère de la mère, comme la traduction chinoise l’établit). Et en pirahã, une langue parlée en Amazonie, je ne peux pas dire 42e, car il n’existe pas de mots pour les nombres, mais seulement des mots pour exprimer des quantités (« un peu » et « beaucoup »).
Les langues diffèrent de multiples façons, mais le fait que les individus parlent différemment ne signifie pas forcément qu’ils pensent différemment. Des personnes parlant mian, russe, indonésien, mandarin ou pirahã prêtent-elles attention à des faits différents, se souviennent-elles d’événements distincts ou raisonnent-elles différemment selon la langue qu’elles parlent ? Comment le prouver ? Mon équipe ainsi que d’autres groupes de recherche ont montré que la langue façonne certaines caractéristiques fondamentales de l’expérience humaine : les nombres, l’espace, le temps, la mémoire et les relations avec autrui.
Se représenter l’espace et le temps
Retournons à Pormpuraaw. Contrairement au français et à l’anglais, la langue parlée à Pormpuraaw, le kuuk thaayorre, n’a pas de mots pour dire gauche ou droite. Les locuteurs en kuuk thaayorre parlent avec les directions cardinales (Nord, Sud, Est, Ouest, etc.). En français et en anglais, ces termes existent aussi, mais on les utilise seulement pour de grandes échelles spatiales. Par exemple, on ne dirait jamais : « Ils ont placé les couverts à poissons au Sud-Est des couverts à viande. » Mais dans la langue kuuk thaayorre, il n’y a que les directions cardinales quelle que soit l’échelle spatiale : « La tasse est au Sud-Est de l’assiette » ou « Le garçon qui se trouve au Sud de Marie est mon frère. » À Pormpuraaw, on reste toujours orienté, car c’est nécessaire pour parler correctement.
Depuis 20 ans, Stephen Levinson, de l’Institut Max Planck de psycholinguistique à Nijmegen aux Pays-Bas, et John Haviland, de l’Université de Californie à San Diego, ont montré que les individus parlant des langues qui reposent sur les directions cardinales savent bien où ils se trouvent, même dans un lieu ou un bâtiment inconnu. Et ils le font mieux que les personnes ne parlant pas ce type de langues. Les exigences de leur langue renforcent la capacité à s’orienter dans l’espace.
En outre, des individus pensant différemment dans l’espace ont des chances de penser différemment dans le temps. Alice Gaby, de l’Université de Californie à Berkeley, et moi-même avons présenté à des personnes parlant le kuuk thaayorre des photographies qui montraient des progressions temporelles – par exemple un homme vieillissant, un crocodile grandissant ou une banane en train d’être mangée. Puis, après avoir mélangé les photographies, nous leur avons demandé de les ranger sur le sol par ordre chronologique croissant (voir la figure 1).
Nous avons testé chaque personne deux fois, quand elle faisait face à des points cardinaux différents. Des individus parlant anglais (ou français) arrangent les photos de sorte que le temps s’écoule de gauche à droite. Des personnes parlant hébreu disposent les cartes de droite à gauche. En effet, le sens de l’écriture dans une langue influe sur la façon dont on organise le temps. Cependant, les personnes parlant le kuuk thaayorre ne posent pas toujours les cartes de gauche à droite ou inversement. En fait, elles les placent systématiquement d’Est en Ouest. En d’autres termes, quand elles sont assises face au Sud, les cartes vont de gauche à droite ; quand elles font face au Nord, elles disposent les cartes de droite à gauche ; quand elles sont face à l’Est, les cartes vont vers leur corps, etc. Or nous n’avons jamais dit à quiconque face à quelle direction il faisait face : les locuteurs de kuuk thaayorre le savent et utilisent spontanément cette organisation spatiale pour se représenter dans le temps.
Dans le monde, différentes représentations du temps existent. Par exemple, les locuteurs anglais et français considèrent que le futur est devant et le passé derrière. En 2010, Lynden Miles, de l’Université d’Aberdeen en Écosse, et ses collègues ont découvert que les locuteurs anglophones déplacent inconsciemment leur corps vers l’avant lorsqu’ils pensent au futur et vers l’arrière lorsqu’ils pensent au passé. Mais en aymara, une langue parlée dans les Andes, on dit que le passé est devant et le futur derrière. Et le langage du corps des locuteurs aymara correspond à leur façon de parler : en 2006, Raphael Nunez, de l’Université de Californie à San Diego, et Eve Sweetser, de l’Université de Californie à Berkeley, ont montré que les locuteurs aymara font des gestes devant eux quand ils parlent du passé et derrière eux quand ils discutent du futur.
Qui a fait quoi ?
La description des événements, et donc la façon dont on s’en souvient, diffèrent aussi selon les langues. Chaque événement, même un accident qui se joue en un dixième de seconde, est complexe et exige que l’on interprète ce qui s’est passé. Prenons par exemple une affaire qui a été très médiatisée aux États-Unis : l’accident de chasse à la caille de l’ancien vice-président Dick Cheney, qui a blessé son ami Harry Whittington, un avocat texan. On pourrait dire : « Cheney a blessé Whittington » (Cheney est la cause) ou « Whittington a été blessé par Cheney » (on met une certaine distance entre Cheney et le résultat) ou encore « Whittington a été criblé de petits plombs » (ce qui place Cheney en dehors de l’événement).
Dick Cheney a dit : « Finalement, je suis celui qui a appuyé sur la détente qui a tiré la cartouche qui a touché Harry », interposant ainsi plusieurs événements entre lui et le résultat. La déclaration du président George W. Bush – « Il a entendu un envol d’oiseau, il s’est tourné, a appuyé sur la détente, et il a vu son ami blessé » – disculpait davantage Cheney, le faisant passer de cause de l’accident à simple témoin !
Ce type de pirouette linguistique impressionne peu le public américain, car les formes grammaticales indirectes sont évasives en anglais. Les anglophones s’expriment plutôt de façon directe, « quelqu’un a fait quelque chose », préférant des constructions transitives, telles que « John a cassé le vase », même pour des accidents. En revanche, des individus parlant le japonais ou l’espagnol ont tendance à ne pas mentionner l’agent responsable quand ils décrivent un événement accidentel. En espagnol, on dirait « Se rompió el florero », c’est-à-dire « le vase s’est cassé », voire « le vase a cassé ».
Avec mon étudiante Caitlin Fausey, nous avons découvert que ces différences linguistiques influent sur la façon dont les individus interprètent ce qui s’est passé et ont des conséquences sur les souvenirs. En 2010, nous avons demandé à des personnes parlant anglais, espagnol et japonais de regarder des vidéos qui montraient deux individus crevant des ballons, cassant des œufs et renversant des boissons, soit volontairement, soit accidentellement. Puis nous leur avons fait passer un test de mémoire à l’improviste. Pour chaque événement, les participants devaient dire quel individu avait agi. Un autre groupe de locuteurs anglais, espagnols et japonais devaient décrire les mêmes événements au moment où ils les voyaient (voir la figure 2).
En examinant les résultats, nous avons trouvé des différences de mémoire visuelle que les diverses structures linguistiques prédisaient. Les locuteurs des trois langues décrivent les événements volontaires en mentionnant l’agent responsable : « Il a crevé le ballon. » Et ils se souviennent bien de la personne qui a agi. En revanche, pour les événements accidentels, des différences apparaissent. Les locuteurs espagnols et japonais ont tendance à ne pas décrire les accidents de façon causale, à l’inverse des locuteurs anglophones. En conséquence, les Espagnols et les Japonais se souviennent moins bien du responsable de l’acte que les anglophones. Mais ce n’est pas parce qu’ils ont une mauvaise mémoire, car ils se rappellent aussi bien que les anglophones les responsables des événements causés par un agent.
Un apprentissage différent
Non seulement les langues influent sur les souvenirs, mais les structures linguistiques pourraient aussi faciliter ou entraver l’apprentissage de faits ou de concepts nouveaux. Par exemple, dans certaines langues, tel le mandarin, les mots désignant les nombres révèlent la structure en base dix de façon plus explicite que les mots utilisés en anglais – eleven (11) ou thirteen (13) par exemple. Les enfants apprenant le mandarin comprennent donc plus tôt le système en base dix que les anglophones. Et selon le nombre de syllabes que comportent les mots désignant des nombres, il est plus ou moins facile de mémoriser un numéro de téléphone ou de faire du calcul mental. Preuve que la langue influe sur les capacités de calcul.
Qui plus est, selon leur langue maternelle, les enfants prennent conscience de leur genre, masculin ou féminin, à des stades de développement différents. En 1983, Alexander Guiora, de l’Université du Michigan à Ann Arbor, a comparé trois groupes d’enfants dont la langue maternelle était l’hébreu, l’anglais ou le finnois. L’hébreu souligne souvent le genre, car même le mot tu en a un (il diffère selon qu’il se réfère à un individu de sexe masculin ou féminin). Le finnois n’a pas de mot spécifique au genre (les pronoms il et elle n’existent pas) et l’anglais est intermédiaire. En conséquence, les enfants grandissant dans un environnement où l’on parle l’hébreu ont conscience de leur genre environ un an avant les petits Finlandais ; et les anglophones se situent entre les deux.
Voilà donc quelques résultats montrant que les différentes langues influent sur la cognition. Mais ces différences linguistiques créent-elles des différences de pensée, ou est-ce l’inverse ? Les deux sont vrais. Depuis environ dix ans, comme nous venons de le voir, plusieurs expériences ont établi que la langue que l’on parle change la façon de penser. Autres exemples : apprendre à des individus de nouveaux mots désignant des couleurs modifie leur capacité à distinguer les couleurs. Et enseigner à des personnes une nouvelle façon de parler du temps leur confère une nouvelle conception du temps.
Par ailleurs, on peut aborder la question autrement, en travaillant avec des personnes bilingues. On a montré que les bilingues ne conçoivent pas le monde de la même façon selon la langue qu’ils emploient. En 2010, Oludamini Ogunnaike et ses collègues, de l’Université Harvard, et Shai Danziger et ses collègues, de l’Université Ben Gourion du Neguev en Israël, ont montré, indépendamment, qu’un bilingue n’apprécie pas les mêmes personnes selon la langue dans laquelle il est interrogé. Les chercheurs ont étudié les réactions de bilingues arabe-français au Maroc, de bilingues espagnol-anglais aux États-Unis et de bilingues arabe-hébreu en Israël. Ils ont testé les préjugés implicites des participants.
Qui de la langue ou de la pensée est arrivée en premier ?
Par exemple, ils ont demandé aux bilingues arabe-hébreu d’appuyer rapidement sur un bouton en réaction à des mots, sous diverses conditions. Dans un cas, si les sujets voyaient un nom juif comme Yaïr ou un trait de caractère positif tel bon ou fort, ils devaient appuyer sur la touche m ; s’ils voyaient un nom arabe comme Ahmed ou un trait de caractère négatif comme moyen ou faible, ils appuyaient sur la touche x. Dans un autre cas, cette association était inversée : les noms juifs et les traits de caractères négatifs partageaient la même touche x, et les noms arabes et les traits de caractères positifs correspondaient à la touche m.
Les chercheurs ont mesuré la rapidité de réaction des participants dans chaque situation. En psychologie cognitive, on utilise cette tâche pour évaluer les préjugés involontaires ou automatiques, par exemple les traits de caractères positifs et les groupes ethniques souvent associés dans l’esprit des gens. Ainsi, les scientifiques ont montré que les préjugés dépendent de la langue dans laquelle ils interrogent les sujets. Par exemple, les bilingues arabe-hébreu ont des attitudes implicites plus positives envers les juifs quand ils sont testés en hébreu que lorsqu’ils sont interrogés en arabe.
En conséquence, la langue participe à différents aspects de la cognition. Le comportement des individus dépend de la langue qu’ils parlent, même quand ils réalisent une tâche simple, par exemple distinguer des couleurs, compter des points sur un écran ou s’orienter dans une pièce. En outre, nous avons montré que limiter la capacité d’un individu à accéder à ses facultés linguistiques – par exemple en lui donnant une tâche verbale contraignante à réaliser en même temps, tel dicter un article de journal – diminue ses capacités à accomplir ces tâches simples. En fait, la pensée serait un ensemble de mécanismes linguistiques et non linguistiques. Les domaines de la cognition humaine où la langue ne joue aucun rôle doivent sans doute être rares.
Une caractéristique importance de l’intelligence humaine est son « adaptabilité », c’est-à-dire sa capacité à inventer et à réarranger des concepts selon l’environnement. La grande diversité des langues dans le monde est une conséquence de cette adaptabilité. Chaque langue apporte sa « trousse à outils » cognitive et renferme la connaissance et la vision du monde développées au cours de plusieurs milliers d’années dans une culture. Elle contient une façon de percevoir le monde, de l’appréhender et de lui donner une signification, et représente un guide que les ancêtres ont développé et perfectionné. Les recherches sur la façon dont les langues parlées modèlent la pensée permettent aux scientifiques de découvrir comment l’homme crée la connaissance et construit la réalité. ■


2019-10-18

Qu’est-ce que l’esprit critique ?





source




L’esprit critique serait donc le moteur de la pensée même. Mais comment le définir ? Par quoi le caractériser ? Et surtout, comment l’enseigner, le faire vivre, voire le critiquer en vertu de lui-même ?
Invité : Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot, auteur de « Déchéance de rationalité ».28/09/2019


Penser, n’est-ce pas être capable de dire à sa propre pensée, dans une sorte d’étonnement, sinon qu’elle se trompe, du moins qu’elle mérite d’être reprise, modifiée, réadaptée en certains points trop bien fixés ? C’est en tout cas ce qu’expliquait le philosophe Alain : 
Penser, c'est dire non. Le signe du oui est d'un homme qui s'endort ; au contraire, le réveil secoue la tête et dit « non ». Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n'est que l'apparence. En tous ces cas-là, c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde d'autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C'est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien[1].
[1]Alain, Propos sur les pouvoirs,
« L'homme devant l'apparence », 19 janvier 1924, n° 139
ou Propos sur la religion, LXI.  


Parution : 
20/03/2019


EAN : 
9782246812807
20.00 €

14.99 €

2019-10-17

Pourquoi la démocratie ne nous protège plus ?






la juriste Monique Chemillier-Gendreau, juriste, professeure émérite de droit public et de science politique à l’université Paris-Diderot, spécialiste de droit international et de la théorie de l’Etat. Elle vient de publier Régression de la démocratie et déchaînement de la violence, 

ISBN : 978-2-84597-746-4
11,3 x 21 cm, 128 pages, 17 €







Extraits sonores
 A contre-courant d'une partie des acteurs des débats d'idées en France, Monique Chemiller-Gendreau est hostile à l'idée d'un consensus voué à unir les nationaux au sein d'une seule et même identité. 
L’achèvement de la démocratie, c’est d’accepter le pluralisme, or, dans nos démocraties inachevées, on cherche à développer l’entre-soi.  
(Monique Chemiller-Gendreau)
Elle déplore un appauvrissement de la pensée et du débat politique et perçoit le G7, et, plus généralement, chaque événement similaire, comme autant de coups de communication orchestrés par une aristocratie des nations qui échoue à les représenter.
Le système représentatif ne réalise pas la démocratie, il est à côté de la démocratie. En France, il y a un décalage extrême entre la représentation et la population.  
(Monique Chemiller-Gendreau)
Au-delà d'une fervente critique des Etats-nations, Monique Chemiller-Gendreau pose les jalons d'un nouvel ordre mondial. Le multipartisme ne serait plus garant de cette diversité des opinions mais, à l'inverse, l'incarnation d'une confiscation du pouvoir permise par la verticalité du pouvoir. Elle prône davantage une organisation de communautés politiques à  laquelle on aurait ôté la notion de souveraineté et qui serait fondée sur la compétence.
Le G7 n’a aucune légitimité, mais l’ONU souffre également d’un déficit démocratique, c’est une aristocratie. Ses membres permanents ne sont légitimes que parce qu’ils ont gagné la Seconde Guerre mondiale.  
(Monique Chemiller-Gendreau)

2019-07-12

"Les algorithmes sont partout, il faut les contrôler !"








Ils nous suggèrent des amis sur Facebook, répondent à nos questions sur Google, nous amènent à bon port sur un GPS ou choisissent l'école où ira un bachelier... Mais peut-on mieux contrôler les algorithmes ? Oui, répond le gouvernement qui a un plan pour contourner le secret dont ils sont entourés.




Qu'est ce qu'un algorithme ? C'est un programme informatique qui applique une série d'instructions : activer son réveil pour qu'il sonne le matin, c'est un algorithme, demander à son GPS de trouver le chemin le plus rapide, c'est un algorithme... Le plus souvent, ils sont bien pratiques et nous rendent bien des services au quotidien : "nous sommes entrés dans l'ère de l'algorithme", lance parfois la secrétaire d'Etat au numérique, Axelle Lemaire, "ère du big data aussi", pourrait-on ajouter car les deux vont de pair pour expliquer la place qu'ont pris les algorithmes dans nos vies, et ça n'est qu'un début.
A lire aussi :
"Les algorithmes régissent-ils nos vies ?", les Matins de France Culture, 27 septembre 2016.
"La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie" : interview de Lawrence Lessig, l'un des principaux penseurs d'internet.
Mais quel est le problème ? Le problème de la transparence et de l'assurance d'avoir un service impartial. Pour fonctionner, certains algorithmes doivent accumuler un maximum de données personnelles : "les plateformes [Facebook, Google, etc.] savent énormément de choses sur nous et si on en savait davantage sur elles, on ferait des choix différents et elles aussi feraient des choix différents", résume le président du Conseil national du numérique, Mounir Mahjoubi. "Moi je rêve que ces plateformes continuent de délivrer leurs services, en majorité extraordinaires, mais avec plus de transparence et un plus grand respect des utilisateurs".
Diagnostic partagé par Axelle Lemaire, qui a confié au Conseil national du numérique le soin d'expérimenter une agence de notation pour évaluer et contrôler les plateformes qui utilisent des algorithmes (Tweet ci-dessus) : "même si on n'a pas accès à l'algorithme de Google, on peut très bien - avec les bons outils - tester l'utilisation de cet algorithme pour comprendre dans quel sens il va, et obliger, le cas échéant la société à le modifier".

Ne plus être démuni face aux géants du web

L'idée est d'agir sur la réputation des grandes plateformes. Si elles ont de mauvaises pratiques, elles prendraient le risque d'être mal évaluées et de perdre du public. Façon d'institutionnaliser un rapport de force qui existe déjà : après l'élection de Donald Trump, Facebook a ainsi modifié son algorithme et avertit désormais les internautes si une publication relaie des informations non vérifiées ou fausses (voir vidéo ci-dessous sur la nouvelle méthode de "fact-checking"). Plus récemment, Google a aussi changé sa formule car des contenus négationnistes apparaissaient en premier dans le cas d'une recherche sur l'holocauste. Les plate-formes tiennent compte de l'avis des internautes, encore faut-il que cet avis soit organisé.
Autres cas de dérive d'un algorithme : lorsqu'une plateforme de réservation touristique met en avant tel restaurant ou tel hôtel et pas un autre ou lorsqu'une publicité est mise en avant sur Internet et pas une autre... Les conséquences commerciales et sur le chiffre d'affaires d'une société peuvent être considérables. C'est la raison pour laquelle Axelle Lemaire a associé la DGCCRF à son objectif de régulation : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes doit s'adapter et pouvoir contrôler les algorithmes désormais. Dans le rapport remis le 12 octobre par le Conseil général de l'économie à ce sujet, il est aussi préconisé de se donner les moyens de percer les secrets des plateformes : Google, Facebook, Amazon, etc.
Axelle Lemaire a donc aussi missionné des scientifiques pour décortiquer les algorithmes et comprendre les principes qui les fondent. Antoine Petit est le PDG de l'Inria, un laboratoire de mathématiques appliquées qui va s'en occuper : "ce qu'on souhaite, c'est avoir des algorithmes qui soient transparents et qui soient loyaux, qui correspondent à l'éthique que nous avons."
Et le problème des algorithmes ne se pose pas seulement dans le privé. Dans le public aussi, l'algorithme derrière le site APB (admission post bac) avait été accusé de tous les maux car il utilisait le tirage au sortpour sélectionner les étudiants. Depuis la promulgation de la loi pour une république numérique, une administration a l'obligation de publier les règles qui régissent un algorithme.





"Le bug humain" De Sébastien Bohler



"Le bug humain"

Robert Laffont, 2019





Plus qu’un moment critique nous vivons une véritable tragédie. Surpopulation, surpoids, surproduction, surconsommation, surchauffe, surendettement, nous avons basculé dans l’ère de tous les superlatifs qui mène l’humanité tout droit à sa perte. Si la capacité des ressources de la planète sont comptées, alors nos jours aussi le seront… Inéluctablement.

Mais alors que la situation empire heure après heure, aucune réponse collective tangible ne vient. Nous voyons le mur se rapprocher et nous ne faisons rien. La conscience de ce qui nous attend ne semble avoir aucun effet sur le cours des événements. 

Pourquoi ?
Sébastien Bohler docteur en neuroscience et rédacteur en chef du magazine _Cerveau et psycho _apporte sur la grande question du devenir contemporain un éclairage nouveau, dérangeant et original. Pour lui, le premier coupable à incriminer n’est pas l’avidité des hommes ou leur supposée méchanceté mais bien, de manière plus banalement physiologique, la constitution même de notre cerveau lui-même.

Au cœur de notre cerveau, un petit organe appelé striatum régit depuis l’apparition de l’espèce nos comportements.  Il a habitué le cerveau humain à poursuivre 5 objectifs qui ont pour but la survie de l’espèce : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, étendre son territoire, s’imposer face à autrui. Le problème est que le striatum est aux commandes d'un cerveau touours plus performant (l’homme s‘est bien imposé comme le mammifère dominant de la planète) et  réclame toujours plus de récompenses pour son action. Tel un drogué, il ne peut discipliner sa tendance à l’excès. À aucun moment, il ne cherche à se limiter.

Hier notre cerveau était notre allié, il nous a fait triompher de la nature. Aujourd’hui il est en passe de devenir notre pire ennemi.          




LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert
DU LUNDI AU VENDREDI DE 12H55 À 13H30




Pourquoi notre cerveau n’est pas écolo ?:



Surconsommation, suralimentation, addictions… Notre cerveau nous pousserait à détruire la planète au nom du plaisir immédiat. C'est la thèse que défend Sébastien Bohler dans son dernier essai : "Le bug humain." (Robert Laffont, 2019).





Ils sont nombreux les rapports et les constats qui nous alertent sur la fin du monde, entre fonte glacière et montée de eaux. Nous sommes tous conscients du désastre à venir. Mais, bien que toutes ces informations soient à portée de main, nous n’abandonnons pas nos habitudes néfastes, toujours attachés à nos smartphones et à nos pratiques polluantes. 


C’est cette contradiction, ce « bug » humain, qui a inspiré Sébastien Bohler. Docteur en neurosciences, chroniqueur dans l'émission « La Tête au carré » sur France Inter et dans « 28 minutes » sur Arte, directeur de la revue Cerveau & Psycho, il nous parle de cette incohérence permanente dans Le bug humain. Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l'en empêcher (Robert Laffont, 2019). 
Selon lui, tout partirait du cerveau. Instrument ambivalent à l'origine de nombreux progrès, celui-ci est également le lieu du striatum, qui provoque la sensation de plaisir immédiat. Utile pour la survie, car encourageant à consommer, se reproduire ou s'assurer un statut social qui garantisse la supériorité de l'individu sur le court terme, comme c'était le cas pour nos ancêtres, le striatum est aujourd'hui la cause de notre difficulté à penser sur le long terme. 
Le cerveau est l'objet le plus complexe de l’univers. C'est la prochaine "terra incognita". [...] On n'aurait jamais réussi à détruire le monde sans cette intelligence incroyable...                        


(Sébastien Bohler)

Suralimentation, surconsommation matérielle, addiction aux films pornographiques, aux jeux-vidéos et aux réseaux sociaux... autant de désirs motivés par notre striatum, substrats de ce temps passé, le besoin de survivre en moins. Si nous préférons combler des désirs immédiats, fixés dans l'ici et le maintenant, plutôt que de penser aux conséquences de nos choix, ce ne serait donc pas tant notre faute que celle de notre cerveau.
Tant que notre liberté est uniquement celle de consommer, de rouler au charbon et de polluer autant qu'on veut, c'est un esclavage.                  


(Sébastien Bohler)

Si Sébastien Bohler nous livre un constat assez pessimiste quant à nos comportements à venir, il montre que l'individu peut être éduqué au long terme et à des plaisirs non néfastes :  l'altruisme, par exemple, réveille le circuit de la récompense autant que l’égoïsme. Le striatum peut ainsi être domestiqué en jouant sur le sentiment de reconnaissance des individus, non plus en fonction de ce qu'ils possèdent, mais de ce qu'ils partagent et de l'attention qu'ils portent aux autres.
La notion de profondeur de la mémoire et de transmission va devenir essentielle : on s'adapte à tout malheureusement. [...] Il faut continuer à dire aux enfants qu'autrefois, sur les routes, on avait des insectes sur le pare-brise.              


(Sébastien Bohler)

On vit dans la traînée terminale d'un monde qui n'a plus de sens.        


(Sébastien Bohler)

Aujourd’hui, le temps long est inexistant. Il ne peut pas faire concurrence à tous ces distracteurs dont nous sommes entourés.      


(Sébastien Bohler)



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Souleymane Bachir Diagne, philosophe de la traduction

Les Chemins de la philosophie

Par Adèle Van Reeth
DU LUNDI AU VENDREDI DE 10H00 À 10H55



Profession philosophe (35/37) : Souleymane Bachir Diagne, philosophe de la traduction: "Portrait du philosophe Souleymane Bachir Diagne, travaillé par la question de la traduction, un concept qui a traversé tous ses champs de recherche, de sa thèse sur le mathématicien George Boole à l’origine de l’algèbre de la logique, jusqu’à l’histoire de la philosophie dans le monde islamique…"

philosophe, professeur de philosophie française et des questions philosophiques en Afrique dans les départements de philosophie et de Français à l’Université de Columbia, directeur de l’Institut d’Etudes africaines



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Eloge de l’âge dans un monde jeune et bronzé.;Christian Combaz





Christian Combaz
Eloge de l’âge dans un monde jeune et bronzé.
Ed. Laffont 1987












Il faut dire que nous vivons désormais dans le règne de l’épanouissement personnel. Ca signifie, très littéralement, que le souci de l’autre est devenu secondaire. Il y a quarante ans à peine, on vouait encore, bon gré mal gré, une partie de son existence aux soins de ses parents âgés. Ce n’était pas toujours très drôle, ça n’allait pas sans heurts ni parfois sans haines, mais les grands- mères à domicile avaient un rôle ; et quand ce n’était que celui de
l’emmerdeuse, eh bien, c’en était un. Il est vrai que la vie alors était différente.Les femmes étaient moins nombreuses à travailler au-dehors. Les plaisirs étaient plus rares. On sortait peu de chez soi. On ne voyageait pas.Grâce à Dieu, ces temps d’obscurantisme social sont révolus. 
Désormais,il y a un deuxième salaire à la maison, les enfants vont à la crèche, on passe le
mois d’août au bord de la mer, on change de voiture l’année prochaine et grand-mère est dans une maison de retraite où l’on s’occupe très bien d’elle. Les enfants, même gâtés, sont déjà sacrifiés de nos jours à la liberté de leurs parents. Sacrifiés jusqu’au divorce, par exemple. Alors une grand-mère, vous pensez ! Ca pèse pas plus lourd qu’une pelote de laine dans la balance de la nouvelle morale sociale.

Tolérer la présence d’un vieillard à domicile et l’aimer ne suppose pas seulement de la patience et de l’abnégation. Ce sont là des vertus que l’on trouve encore, notamment dans les familles peu évoluées , parce que la tentation de l’égoïsme y est moins forte. Non, en vérité, garder chez soi un parent plus âgé n’exige qu’une seule vertu, dont nous sommes de moins en moins capables : c’est de se convaincre qu’il s’agit d’un autre nous-mêmes, et qu’il est de notre propre nature de finir,comme lui, radoteur ou grabataire. Evidemment, quelque chose en nous se révulse à l’idée que nous puissions accomplir un jour une telle révolution de l’esprit, car, être vieux, n’est-ce pas cesser d’être soi-même ? la plupart des gens en sont convaincus. Ils vont visiter leurs parents âgés comme s’ils passaient la frontière. Après un demi-heure de bavardage, ils ont déjà le mal du pays. Au reste, l’âge sert désormais de véritable passeport, dans nombre de situations de la vie ordinaire.
Chez les vieux qui ont l’esprit faible et l’habitude des démarches administratives, il vient presque en substitut de l’identité. ( Au contraire, dans les villages, les personnages les plus hauts en couleurs, les fortes têtes et les bavards s’imposent d’abord par leur caractère et leur statut, à tel point que la question est restée subsidiaire. « A propos, dit-on, quel âge ça lui fait ? » ) On me dira que j’ignore combien il est difficile de supporter un vieillard
autour de soi. Ces gens-là ne sont pas comme nous, ils sont irascibles, exigeants, pusillanimes à l’extrême. Ils sont souvent avares par crainte de manquer pour l’avenir. Ils vous accablent par la description de leurs maux physiques et réclament sans cesse l’attention.
J’en conviens, ou plutôt je conviens que le vieillard est par nature têtu et prudent. C’est une affaire de cellules ou de circulation cérébrale. Je ne sais pas. Mais quant au reste, allons, ne cherchons pas à justifier notre égoïsme par tant d’hypocrisie ! Si les vieillards réclament l’attention, c’est qu’ils en manquent. Si leurs maux physiques les préoccupent, c’est qu’ils ont peur de nous devenir à charge. 

Et si la crainte de tout cela les accable, c’est qu’ils ne savent pas de quel amour nous serons encore capables envers eux, quand ils seront tout à fait mal en point. Pour tout dire enfin, je crois qu’ils n’ont pas une très haute opinion de nous. Notre patience leur est suspecte. C’est pour cela qu’ils l’éprouvent sans cesse. Nous ne les ménageons pas quand il s’agit de notre confort. S’ils trouvent le leur, ils le défendent. Il est même probable que ce souci les tient en vie plus longtemps. Rester indépendant, voilà leur obsession. Ainsi la longévité des vieilles gens se nourrit-elle à la fois d’amertume et d’orgueil. 

La solitude et la crainte d’appeler à l’aide les obligent à rester debout le plus tard possible
pour n’être pas un objet de pitié. Puis, l’attente des visites et l’illusion que les enfants sont tout de même gentils les incitent à résister, à tenir encore, comme le joueur de roulette qui ne se résout pas à quitter la table, et qui garde l’espoir que le sort va changer.

Quand ils quittent le tapis, quand l’illusion de pouvoir gagner se dissipe,
ils ont au moins, comme lui, la satisfaction d’avoir duré. Mais à quel prix ?

2019-06-13

Faut-il faire la morale aux intellectuels ? France Culture La grande Table


LA GRANDE TABLE (2ÈME PARTIE) par Olivia Gesbert
DU LUNDI AU VENDREDI DE 12H55 À 13H30




Quelles relations les intellectuels, les médias et les politiques entretiennent-ils aujourd’hui avec la vérité ? Dans des sociétés où le baratin semble être devenu la règle, le philosophe Pascal Engel s'emploie à redonner du sens à cette valeur longtemps dénigrée.

INTERVENANTS
  • philosophe, directeur d'études à l'EHESS
  • Directeur de recherche à l'EHESS et membre du Centre de recherche sur les arts et le langage (CRAL)Pascal Engel publie Les vices du savoir, essai d'éthique intellectuelle (Agone, 2019), dans lequel il tente de réhabiliter la notion de vérité, trop souvent dénigrée par les pensées relativistes, pour délimiter les contours d'une éthique intellectuelle.
    Si une forme de relégation de la vérité a toujours existé selon lui, notre époque est caractérisée par un rapport particulier à cette notion. Dans son ouvrage, Pascal Engel décrit la figure du bulshitter, le "producteur de foutaise", à partir de la notion théorisée par Harry Frankfurt. Paradoxalement, celui-ci ne sort pas à proprement parler de l'opposition entre le vrai et le faux, puisqu'il s’attache malgré tout à démontrer la vérité de son discours. En revanche, c’est le rapport de ses assertions avec la vérité que le bullshitter dénigre. Pour Pascal Engel, cette figure est particulièrement présente aujourd'hui sur tous les plans.
    Il y a une double attitude aujourd'hui : d'un côté, on a très peur des gens qui parlent au nom de la vérité, et, en même temps, on a une soif de vérité.
    Cette dimension ambivalente de notre rapport à la vérité rend d'autant plus nécessaire la réhabilitation de cette notion dans le cadre d'une éthique intellectuelle. Pascal Engel montre la spécificité d'une telle démarche, qui associe deux dimension de la vie humaine longtemps divisées : la connaissance et l'éthique.
    Dans ce livre, j'essaye de remonter aux sources de l'activité intellectuelle pour en dériver les conditions de correction.