2026-06-29

L'Hypocrisie Politique en France


L'Hypocrisie Politique en France | Blog d'Analyse

L'Hypocrisie Politique en France : Dynamiques Comportementales et Désagrégation Sociale

Une analyse multiniveau ancrée dans les sciences humaines

L'hypocrisie politique, définie comme le décalage entre les principes affichés et les pratiques réelles, constitue un phénomène central dans la crise de légitimité des démocraties occidentales. En France, cette hypocrisie institutionnalisée fragmente le tissu social à tous les niveaux.

Cette analyse explore les manifestations et conséquences de l'hypocrisie politique à travers quatre dimensions interconnectées : politique, économique, sociale et privée, tout en examinant le rôle amplificateur des médias et réseaux sociaux.

Dimensions de l'Hypocrisie Politique

Dimension Politique

Manifestations principales

  • Discours universalistes vs pratiques clientélaires
  • Instrumentalisation du suffrage
  • Contournement des verdicts populaires

Éclairages scientifiques

  • Pierre Bourdieu : L'hypocrisie comme "capital symbolique inversé"
  • Pierre Rosanvallon : La défiance comme "souveraineté négative"
  • Chantal Mouffe : Le déni des conflits nourrit les populismes
"L'hypocrisie n'est pas une déviance mais une caractéristique systémique des démocraties tardives où la parole politique perd sa valeur performative." — Pierre Bourdieu, Sur l'État (2012)

Dimension Économique

Manifestations principales

  • "Double discours" sur la justice sociale
  • Subventions aux énergies fossiles vs taxation des ménages
  • Méritocratie proclamée vs reproduction des élites

Éclairages scientifiques

  • Thomas Piketty : La méritocratie comme récit justifiant les inégalités
  • Olivier Godechot : La financiarisation accroît la perception d'un système truqué
  • Annie Cot : L'hypocrisie sape la confiance dans le contrat social
"L'hypocrisie économique transforme la promesse méritocratique en machine à reproduire les privilèges." — Thomas Piketty, Capital et Idéologie (2019)

Dimension Sociale

Manifestations principales

  • Repli communautaire et identitaire
  • Effritement des solidarités intergénérationnelles
  • L'école comme "dispositif hypocrite de tri social"

Éclairages scientifiques

  • Robert Putnam : La défiance politique corrode le "capital social"
  • Didier Fassin : Universalisme proclamé vs gestion différentielle des populations
  • Séraphin Alava : Perception de l'hypocrisie institutionnelle par la jeunesse
"Quand les institutions promeuvent l'égalité tout en produisant de la discrimination, elles deviennent des machines à fabriquer de la défiance." — Didier Fassin, La Force de l'ordre (2011)

Sphère Privée

Manifestations principales

  • "Schizophrénie sociale" et dissonance cognitive
  • Méfiance relationnelle généralisée
  • Intériorisation de l'échec et souffrance psychique

Éclairages scientifiques

  • Richard Sennett : Destruction du "récit de soi"
  • Eva Illouz : Transformation des relations en transactions suspicieuses
  • Alain Ehrenberg : L'injonction méritocratique produit l'épuisement dépressif
"L'incohérence normative détruit la possibilité même de construire une identité stable." — Richard Sennett, The Corrosion of Character (1998)

Conséquences Comportementales

Désengagement civique

Taux d'abstention record (jusqu'à 53% aux législatives 2022), effondrement de l'adhésion partisane et syndicale.

Radicalisation politique

Progression des votes protestataires (RN : 89 députés en 2024) et de la gauche radicale comme réponse à la crise de représentation.

Fragmentation sociale

Repli identitaire (40% des 18-24 ans jugent la religion plus importante que la citoyenneté - IFOP 2023) et effritement des solidarités.

Pathologies psychiques

Hausse des dépressions liées au "sentiment d'impuissance" (+18% en 5 ans - Santé Publique France) et dissonance cognitive généralisée.

Interconnexions et Effets Systémiques

Boucles de Rétroaction

Politique

Désengagement civique → Affaiblit le contrôle des abus économiques

Économique

Cynisme consumériste → Accroît les inégalités sociales

Social

Repli communautaire → Fragmente la sphère privée

Privé

Dissonance cognitive → Mine la légitimité politique

"L'hypocrisie des puissants n'est pas un mensonge : c'est une forme de gouvernance. Sa véritable dangerosité réside dans ce qu'elle nous fait devenir." — Pierre Bourdieu, Sur l'État (2012)

Médias et Réseaux Sociaux

Médias Traditionnels

Manifestations

  • Traitement asymétrique des affaires politiques
  • Journalisme de "restitution" des éléments de langage
  • Conflits d'intérêts des propriétaires de médias

Conséquences

  • Seulement 24% des Français font confiance aux médias
  • Désengagement critique et préférence pour les formats courts
  • 61% estiment que "les médias aggravent les tensions sociales"

Réseaux Sociaux

Manifestations

  • Hyper-personnalisation des contenus par algorithmes
  • Démultiplication virale des contradictions politiques
  • Accélération de la temporalité médiatique

Conséquences

  • Effet de chambre d'écho et radicalisation
  • Culture du fragment et appauvrissement de l'argumentation
  • 71% des jeunes perçoivent la politique comme "théâtre d'hypocrisie"

Conclusion : L'Urgence d'une Réinstitution Symbolique

L'hypocrisie politique en France apparaît comme un virus institutionnel qui corrode les comportements démocratiques à tous les niveaux. Sa manifestation la plus toxique réside dans la conversion de la souveraineté populaire en simple outil de légitimation des choix élitaires.

Plutôt que des solutions utopiques, cette crise exige :

  1. Reconnaître la trahison des élites comme facteur central du désenchantement démocratique
  2. Remplacer la "démocratie d'audience" par une démocratie de la coproduction
  3. Restaurer l'école comme laboratoire du lien social
"Le péril des démocraties ne vient plus des dictatures, mais du désenchantement populaire. L'hypocrisie, en transformant ce désenchantement en méfiance active, menace l'ADN même du contrat social."

Bibliographie Indicative

  • Bourdieu, P. (2012). Sur l'État. Cours au Collège de France 1989-1992. Seuil.
  • Rosanvallon, P. (2006). La Contre-démocratie. La politique à l'âge de la défiance. Seuil.
  • Piketty, T. (2019). Capital et Idéologie. Seuil.
  • Putnam, R. (2000). Bowling Alone: The Collapse and Revival of American Community. Simon & Schuster.
  • Sennett, R. (1998). The Corrosion of Character: The Personal Consequences of Work in the New Capitalism. Norton.
  • Fassin, D. (2011). La Force de l'ordre. Une anthropologie de la police des quartiers. Seuil.

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« Je ne crois pas savoir ce que je ne sais pas » Socrate

 

« Je sais que je ne sais rien » : Le texte original complet de Socrate

« Je sais que je ne sais rien » : Le texte original complet de Socrate

Découvrez le contexte authentique et la suite essentieuse de la célèbre déclaration socratique

La phrase la plus célèbre et la plus mal comprise

« Je sais que je ne sais rien » est sans doute la citation philosophique la plus connue au monde, attribuée à Socrate. Pourtant, cette phrase est presque toujours citée de manière tronquée, privant le public de sa signification profonde et de sa portée philosophique réelle.

Le paradoxe : Socrate n'a jamais écrit « Je sais que je ne sais rien » tel quel. Cette formulation est une synthèse de ses propos rapportés par Platon dans l'Apologie de Socrate.

Le contexte historique : Le procès de Socrate

Image: Socrate lors de son procès - 399 av. J.-C.

Socrate face au tribunal d'Athènes - Illustration historique

En 399 avant J.-C., Socrate, alors âgé de 70 ans, est accusé de « ne pas reconnaître les dieux que reconnaît la cité, d'introduire de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse ». Le philosophe doit se défendre devant un tribunal de 501 citoyens athéniens.

L'enjeu du procès : Il ne s'agit pas simplement d'un procès religieux, mais d'un conflit entre la tradition et la philosophie naissante. La condamnation à mort de Socrate marquera un tournant dans l'histoire de la pensée occidentale.

Le texte original complet : L'Apologie de Socrate

Voici le passage essentiel de l'Apologie de Socrate où Platon rapporte les paroles de son maître expliquant sa démarche philosophique :

Extrait de l'Apologie de Socrate (21a-23b)

« [...] Un jour, donc, Chéréphon se rendit à Delphes, et il osa consulter l'oracle pour savoir s'il existait un homme plus sage que moi. La Pythie lui répondit qu'il n'y en avait pas.

Lorsque j'appris la réponse, je me dis en moi-même : "Que veut donc dire le dieu ? Quel sens caché renferment ses paroles ? Car je n'ai conscience d'être sage ni peu ni beaucoup. Que signifie donc cette déclaration qu'il n'existe personne de plus sage que moi ? Il ne ment certainement pas, cela ne lui est pas permis."

Pendant longtemps, je demeurai dans l'incertitude sur le sens de l'oracle. Enfin, bien à contre-cœur, je me mis en quête de l'expliquer de la façon suivante.

Je me rendis chez un de ceux qui passent pour sages, certain qu'en tout cas, si c'était possible, je le convaincrais d'erreur et pourrais dire à l'oracle : "Voilà un homme plus sage que moi, et pourtant tu as dit que j'étais le plus sage."

En examinant cet homme — je n'ai pas besoin de le nommer, c'était un homme politique — il me sembla qu'aux yeux de beaucoup de gens, et surtout aux siens propres, il paraissait sage, mais qu'en réalité il ne l'était pas. Je m'efforçai alors de lui démontrer qu'il n'était pas sage, bien qu'il le crût. De là, je m'attirai sa haine, ainsi que celle de plusieurs assistants.

En m'éloignant, je raisonnai ainsi en moi-même : "Je suis plus sage que cet homme. Il se peut que ni lui ni moi ne sachions rien de vraiment beau et de vraiment bon ; mais lui, il croit savoir quelque chose, alors qu'il ne sait rien ; tandis que moi, si je ne sais pas, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc que je suis un peu plus sage que lui par le fait même que je ne crois pas savoir ce que je ne sais pas."

Je passai ensuite à un autre, à un de ceux qui paraissaient encore plus sages que le premier, et je trouvai la même chose. Là encore, je m'attirai la haine de cet homme et de beaucoup d'autres.

[...] C'est en parcourant ainsi successivement tous ceux qui avaient la réputation de savoir quelque chose, et en faisant ce dont je vous ai parlé, je m'aperçus, à mon déplaisir et à mon effroi, que je me faisais des ennemis en grand nombre.

Cependant, je crus qu'il fallait préférer aux autres considérations l'intérêt du dieu. Pour trouver le vrai sens de l'oracle, il me fallait donc m'adresser à tous ceux qui avaient la réputation de savoir quelque chose.

Et, par le chien ! — car il faut vous parler franchement —, la vérité, à ce qu'il me semble, la voici : ceux qui avaient la plus grande réputation me parurent à peu près les plus dénués de sagesse, tandis que d'autres, qu'on regardait comme inférieurs, se montrèrent des hommes plus sensés.

Il faut vous raconter toutes mes pérégrinations, pareilles aux travaux d'Hercule, et entreprises uniquement pour vérifier l'infaillibilité de l'oracle. Après les hommes politiques, je m'adressai aux poètes, aux auteurs de tragédies et de dithyrambes, et à tous les autres, me flattant de les prendre en flagrant délit d'ignorance, sur leur propre terrain.

Je leur demandai le sens de leurs œuvres les plus travaillées, espérant profiter de leurs lumières. J'ai honte, Athéniens, de vous dire la vérité ; cependant, il faut bien que je la dise. Presque tous les assistants auraient mieux rendu compte de ces poèmes que leurs auteurs mêmes. Je reconnus donc bientôt que ce n'est pas la sagesse qui guide les poètes, mais une sorte d'inspiration naturelle, comme celle des devins et des prophètes, qui disent de belles choses sans les comprendre.

Enfin, je m'adressai aux artisans. Je savais bien que je ne trouverais en eux à peu près rien de bon, et je savais aussi qu'ils possédaient sur leur métier des connaissances précieuses. Je ne fus pas trompé dans mon attente : ils savaient des choses que j'ignorais, et en cela ils étaient plus sages que moi.

Mais, Athéniens, les bons artisans me parurent tomber dans le même défaut que les poètes : parce qu'ils exerçaient leur art avec habileté, chacun d'eux se croyait très capable de parler sur les sujets les plus importants, et cette erreur cachait à leurs yeux leur ignorance réelle.

Je me demandai alors, pour mon compte, si j'aimerais mieux être tel que je suis, sans être ni sage de leur sagesse, ni ignorant de leur ignorance, ou posséder ce qu'ils possèdent et ne pas posséder ce que je ne possède pas. Je me répondis à moi-même et à l'oracle que j'aimais mieux rester tel que j'étais.

C'est cette recherche, Athéniens, qui m'a valu tant d'inimitiés, si amères et si redoutables, d'où sont nées tant de calomnies, et cette réputation de sage qu'on me fait. En effet, les assistants s'imaginent chaque fois que je démontre la sagesse des autres, je la possède moi-même. Mais, Athéniens, le dieu est sans doute vraiment sage, et par cet oracle, il a voulu dire que la sagesse humaine n'est pas grand-chose, ou même qu'elle n'est rien. Et s'il a nommé Socrate, il s'est servi de mon nom pour me prendre comme exemple [...] »

— Platon, Apologie de Socrate, 21a-23b (traduction de Victor Cousin, modifiée)

La phrase exacte que Socrate a vraiment prononcée : « Je ne crois pas savoir ce que je ne sais pas » (21d). C'est cette attitude intellectuelle d'humilité critique qui fonde toute la démarche philosophique socratique.

Explication du texte : La sagesse de l'ignorance consciente

Le sens profond de la déclaration socratique

La célèbre phrase ne signifie pas que Socrate « ne sait rien » absolument parlant, mais qu'il a conscience des limites de son savoir. Cette prise de conscience représente en réalité une forme supérieure de sagesse.

« La véritable sagesse est de connaître ses limites »

Les trois types d'ignorance selon Socrate

  • L'ignorance simple : Ne pas savoir, sans en avoir conscience
  • L'ignorance double : Ne pas savoir, mais croire savoir (le pire des états)
  • L'ignorance consciente : Ne pas savoir, et en avoir conscience (le début de la sagesse)

C'est cette troisième forme d'ignorance que Socrate revendique comme supérieure à la fausse sagesse de ceux qui croient savoir ce qu'ils ignorent.

La suite essentieuse : Ce qu'on oublie toujours de citer

La véritable portée philosophique de la déclaration socratique réside dans ce qui suit immédiatement la fameuse phrase :

« [...] De là, je m'éloignai, me disant à moi-même : "Je suis plus sage que cet homme. Il se peut que ni lui ni moi ne sachions rien de vraiment beau et de vraiment bon ; mais lui, il croit savoir quelque chose, alors qu'il ne sait rien ; tandis que moi, si je ne sais pas, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc que je suis un peu plus sage que lui par le fait même que je ne crois pas savoir ce que je ne sais pas."

Je passai ensuite à un autre, à un de ceux qui paraissaient encore plus sages que le premier, et je trouvai la même chose. Là encore, je m'attirai la haine de cet homme et de beaucoup d'autres.

Je continuai mes recherches, comprenant toujours avec douleur et crainte que je me faisais des ennemis, mais croyant devoir préférer à tout les intérêts du dieu. Pour trouver le vrai sens de l'oracle, je devais m'adresser à tous ceux qui avaient la réputation de savoir quelque chose.

Et, par le chien ! — car il faut vous parler franchement —, la vérité, à ce qu'il me semble, la voici : ceux qui avaient la plus grande réputation me parurent à peu près les plus dénués de sagesse, tandis que d'autres, qu'on regardait comme inférieurs, se montrèrent des hommes plus sensés.

— Suite directe du passage précédent (21d-22a)

L'essentiel oublié : La déclaration « je sais que je ne sais rien » n'est pas une fin en soi, mais le point de départ d'une mission philosophique : examiner les prétendues connaissances des autres et révéler leurs contradictions pour les amener à prendre conscience de leur propre ignorance.

L'héritage philosophique : De Socrate à nos jours

La déclaration socratique a fondé toute une tradition philosophique qui valorise le doute méthodique et la remise en question des certitudes :

  • Le doute cartésien : Descartes reprendra cette idée dans son « Discours de la méthode »
  • La critique kantienne : Kant explorera les limites de la connaissance humaine
  • La maïeutique : L'art d'accoucher les esprits, méthode éducative inspirée de Socrate

« Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue » — Socrate (Apologie, 38a)

Références et sources authentiques

  • Platon - Apologie de Socrate (21a-23b) - Édition de référence
  • Platon - Ménon (80d) - Autre passage sur l'ignorance socratique
  • Xénophon - Mémorables - Témoignage complémentaire sur Socrate
  • Diogène Laërce - Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres - Source biographique
  • Pierre Hadot - Qu'est-ce que la philosophie antique? - Analyse contemporaine

Traductions recommandées : Victor Cousin, Léon Robin, Luc Brisson

Pascal WALTER Auteur • Prompt Engineer © 2025 – Tous droits réservés

Article basé sur les textes originaux de Platon - Sources historiques vérifiées

L'Être Humain, un Animal Narratif

Une intuition, peindre en "mot" un portrait profond de la condition humaine. 

Nous sommes avant tout des narrateurs car nous tissons en permanence des récits où le Savoir et le Croire s'entremêlent pour donner un sens à notre existence, à la fois individuelle et collective.

Le Mythe est la clé de voûte de cet édifice. Il est la forme la plus ancienne et la plus puissante de cette opération. 

Il nous rappelle que notre rapport au temps n'est pas une simple équation, mais une œuvre d'art, une poésie existentielle où la frontière entre le réel et l'imaginaire, entre le savoir et la croyance, est ce qui nous permet de vivre et d'avancer...


2026© Pascal Walter – Tous droits réservés

La Racine de l'Intention

 

Une Exploration Multidisciplinaire

La racine de l'intention est un phénomène complexe et multidimensionnel qui nécessite une approche pluridisciplinaire pour être pleinement compris.

Voici un début d une synthèse des principales approches pour mieux comprendre ce phénomène complexe.

La Métaphysique

La métaphysique explore des questions fondamentales sur la nature de la volonté, de la conscience, du temps et du sens de l'intention, offrant une perspective plus large et plus profonde.

La Philosophie

La philosophie explore des questions fondamentales comme la liberté de choix, la volonté, la conscience et les implications éthiques de l'intention.

La Psychologie

La psychologie étudie les motivations, désirs et processus cognitifs qui sous-tendent la formation des intentions. Elle explore notamment le rôle des émotions et des motivations inconscientes.

Les Neurosciences

Les neurosciences analysent les bases neuronales et neurochimiques de l'intention, ainsi que les zones cérébrales impliquées dans la prise de décision et la planification.

La Sociologie

La sociologie examine comment les normes sociales, les interactions et les différences culturelles influencent les intentions individuelles et collectives.

Les Sciences Cognitives

Les sciences cognitives offrent une approche intégrée combinant psychologie, neurosciences et intelligence artificielle pour comprendre l'émergence des intentions.

L'Éthologie

L'éthologie étudie les intentions chez les animaux et les mécanismes évolutifs qui sous-tendent leur formation, offrant un éclairage comparatif avec les intentions humaines.

Pascal WALTER 

Auteur • Prompt Engineer  

© 2025 – Tous droits réservés

2026-06-19

Ploutocratie, Aristocratie et confiscation des droits des citoyens

 


Analyse comparative :

La question de la confiscation des droits des citoyens se pose différemment selon la nature du régime. Voici une analyse pour les régimes ploutocratiques et aristocratiques, en complément de celle sur l'autoritarisme :

I. Régime Ploutocratique (Gouvernement des Riches)

  Définition : Un système où le pouvoir politique réel est exercé par et pour les détenteurs de la richesse économique (individus, corporations, groupes financiers). La ploutocratie peut exister au sein de systèmes formellement démocratiques.


  Confiscation des droits ? Oui, de manière systémique et souvent insidieuse, mais différente de l'autoritarisme.

    *   Mécanismes de confiscation :
           Influence disproportionnée : Les riches financent massivement les campagnes électorales, les lobbies et les médias, orientant l'agenda politique et la législation en leur faveur (droit à une représentation équitable confisqué*).


           Accès inégal à la justice : La qualité de la défense et l'accès aux recours juridiques dépendent souvent des moyens financiers (droit à un procès équitable et à l'égalité devant la loi compromis*).


           Privatisation de l'espace public : La concentration des médias entre les mains de grands groupes limite la pluralité des opinions (droit à une information libre et diverse confisqué*). L'influence sur les réseaux sociaux via le "capital de visibilité" crée des inégalités d'expression.


           Corruption et capture de l'État : L'État est "capturé" par des intérêts privés, servant leurs objectifs plutôt que l'intérêt général (droit à une administration impartiale et au bien commun confisqué*).


           Marchandisation des droits : L'accès à des services essentiels (santé, éducation de qualité, environnement sain) devient largement tributaire de la richesse (droit aux conditions de vie décentes et à l'égalité des chances confisqué*).

    *   Nuances :
           Les droits politiques formels (vote, candidature) peuvent exister, mais leur exercice effectif et leur impact* sont fortement limités pour les non-riches.
        *   Les libertés civiles (expression, mouvement) peuvent être préservées en apparence, mais leur portée réelle est minée par l'inégalité économique et l'influence des puissances d'argent.
        *   La confiscation est moins brutale que dans un régime autoritaire, mais tout aussi efficace pour maintenir une oligarchie au pouvoir et perpétuer les inégalités.


II. Régime Aristocratique (Gouvernement des "Meilleurs" / d'une Élite Héréditaire ou de Naissance)

  Définition : Un système où le pouvoir politique est détenu par une minorité considérée comme "supérieure" par la naissance (noblesse), la vertu supposée, le mérite (dans une vision idéalisée), ou l'appartenance à un groupe fermé. Historiquement dominant (monarchies féodales, certaines républiques oligarchiques).


  Confiscation des droits ? Oui, par définition, car fondé sur l'inégalité de statut politique.

    *   Mécanismes de confiscation :
           Exclusion politique de principe : La majorité des citoyens (le "demos") est exclue du pouvoir et de la prise de décision politique centrale par sa naissance ou son statut (droit à la participation politique et à la souveraineté populaire niés à la base*).


           Privilèges juridiques : L'aristocratie bénéficie souvent de lois, de tribunaux et de peus différents de ceux du peuple (droit à l'égalité devant la loi confisqué*).


           Monopole des charges et du pouvoir : Les positions de pouvoir (gouvernement, haute administration, armée) sont réservées à l'élite aristocratique, fermant l'accès aux autres (droit à l'égalité des chances et à la méritocratie confisqués*).


           Contrôle de la terre et des ressources : La base économique du pouvoir aristocratique (souvent la propriété foncière héréditaire) perpétue la dépendance économique et sociale du peuple (droits économiques et sociaux limités par le statut*).


           Légitimation idéologique : Le système est justifié par des doctrines (droit divin, supériorité naturelle, tradition) qui nient le principe d'égalité des citoyens en droits (droit à la dignité et à l'égale considération confisqués*).

    *   Nuances :
           Aristocratie "éclairée" vs. oligarchie fermée : Une aristocratie théoriquement fondée sur le mérite et le service de l'intérêt général (vision platonicienne) pourrait en théorie* mieux protéger certains droits que l'autoritarisme ou la ploutocratie pure. En pratique, elle dégénère souvent en oligarchie fermée défendant ses privilèges.


        *   Droits limités mais existants : Le peuple peut avoir certains droits coutumiers ou locaux reconnus par l'aristocratie (pour éviter la révolte), mais ils ne sont pas des droits politiques universels et inaliénables.


        *   Stabilité vs. Liberté : Ces régimes peuvent apporter une certaine stabilité et continuité, mais au prix des libertés politiques fondamentales et de l'égalité.

Conclusion Comparative :

  Autoritarisme : Confisque les droits par la force brute, la répression ouverte et la destruction des contre-pouvoirs. La confiscation est directe, totale et violente pour les droits politiques et civils.


  Ploutocratie : Confisque les droits par l'influence économique, la corruption structurelle et la transformation des droits en privilèges monnayables. La confiscation est insidieuse, sape l'égalité réelle et l'effectivité des droits formels, pervertissant souvent les mécanismes démocratiques de l'intérieur.


  Aristocratie : Confisque les droits par l'exclusion de principe basée sur le statut héréditaire ou l'appartenance à une élite fermée. Elle nie fondamentalement l'égalité politique et souvent juridique des citoyens, réservant le pouvoir et ses privilèges associés à une minorité.

En résumé : Si les mécanismes diffèrent (force brute, pouvoir de l'argent, privilège de naissance/statut), ces trois types de régimes non-démocratiques confisquent tous, fondamentalement, les droits politiques pleins et égaux des citoyens, ainsi que l'égalité réelle devant la loi et les chances.

 Ils substituent la souveraineté du peuple (démocratie) par la souveraineté d'un individu/parti (autoritarisme), d'une élite économique (ploutocratie) ou d'une élite de statut (aristocratie).

 L'étude de ces régimes souligne ainsi que la garantie effective des droits requiert non seulement leur reconnaissance formelle (comme dans certaines ploutocraties ou aristocraties "libérales"), mais surtout des institutions et un équilibre des pouvoirs qui empêchent leur confiscation par une minorité quelle qu'elle soit.

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Générateur de Textes pour la Paix

La fuite de soi, le masque du divertissement Leçons pascaliennes



la démultiplication des puissances techniques de la distraction a dorénavant de quoi inquiéter. 

Le cinéaste Robert Bresson le notait déjà : « Cinéma, radio, télévision, magazines sont une école d’inattention : on regarde sans voir, on écoute sans entendre [2]. »

« L’attention de l’esprit est la prière naturelle que nous faisons à la vérité intérieure, afin qu’elle se découvre à nous [1]. » Parole difficile que celle de Malebranche, car l’époque est bien, en son actualité la plus vive, à la distraction, à son culte. Et la démultiplication des puissances techniques de la distraction a dorénavant de quoi inquiéter. Le cinéaste Robert Bresson le notait déjà : « Cinéma, radio, télévision, magazines sont une école d’inattention : on regarde sans voir, on écoute sans entendre [2]. »


Le constat, certes préoccupant, demeure cependant fort banal et sans force. Et la dénonciation n’offre, en particulier, aucune puissance d’éclaircissement si elle ne se donne pas les moyens d’atteindre la chose elle-même. 

Car l’homme n’est pas simplement l’existant qui ne cesse d’être le jouet de tout ce qui, au dehors comme au dedans de lui-même, commande à ses actes, lors même qu’il voudrait en être le maître. Il est aussi celui dont l’existence est comme une perpétuelle fuite de soi, comme si le fait de s’égarer constituait, en fait, un vœu inavoué. 

  Cette fuite de soi, Pascal la nomme « divertissement », agitation incessante qui mobilise à ce point l’existence de l’homme qu’elle lui permet de ne plus penser à ce qui importe le plus à sa vie : le sens de sa condition mortelle. En son fond, se divertir signifie masquer que « le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste » (L 165) [3]. 

Le divertissement est ainsi l’expression de notre misère. Mais il est aussi un remède contre la conscience de cette misère : exactement comme le pharmakon grec, le divertissement est à la fois remède et poison. « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement. Et cependant c’est la plus grande de nos misères.

 Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous et qui nous fait perdre insensiblement » (L 414). C’est cela qu’il faut penser.

« Mendier le tumulte » pour ne pas « se sécher d’ennui » [4]

D’emblée, une distinction s’impose, car l’égarement du divertissement n’est aucunement de même nature que l’erreur et il n’a pas les mêmes conséquences sur la conduite de la vie. Le divertissement est l’illusion consentie dans laquelle l’existence s’égare au point de perdre le sens de ce qui importe le plus pour elle : la confrontation avec la « condition faible et mortelle » (L 136). Cette illusion a sa racine au dedans même de la pensée qui se refuse à admettre ce que pourtant elle ne voit que trop. Le divertissement n’est donc pas un voile qui s’interposerait entre le réel extérieur et le regard de la pensée, brouillant toutes choses et les rendant floues : c’est un masque que l’homme impose sur son visage pour ne pas se laisser voir tel qu’il est, pour se cacher à soi-même ce qu’il ne peut ignorer, mais, dans le même temps, ce qu’il ne peut supporter, la misère de sa condition d’homme, la misère de n’avoir à vivre qu’une vie de brève durée. De la même façon, le divertissement n’est pas non plus seulement la fausseté de l’ostentation sociale des apparences : il n’est pas l’« entre-tromperie » et l’« entre-flatterie » (L 978) appelées par tous les jeux de faux-semblants liés à l’institution sociale de notre « être imaginaire » (L 806), mais le fruit du fait permanent de la misère de l’homme.




De cette misère, le révélateur est l’ennui. « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide » (L 622). Il faut comprendre que l’ennui n’affecte pas, entre autres tonalités affectives, l’homme.

 L’homme l’endure en tant même qu’il est : « Condition de l’homme. Inconstance, ennui, inquiétude » (L 24) [5]. C’est que l’ennui fait atteindre le fond même de la misère de l’homme, le lieu où toute cause extérieure ou particulière du malheur s’efface devant cette fracture qu’est l’homme pour lui-même, lui qui est en souci de coïncider avec lui-même et avec la vie, sans distance ni empêchement, dans un « plein repos », et, en même temps, dans l’impossibilité de supporter une telle coïncidence.

Auteur 

Par Dominique Weber / Pages 631 à 641 

Extrait de l'article de la revue Études 2001/12 Tome 395 décembre 2001

https://shs.cairn.info/revue-etudes-2001

2026-06-01

Un débat public biaisé en période de crise economique et sociale

                                                                  visual / getmerlin.in/fr/bonkers

Dans un contexte de crise économique et sociale profonde, il est alarmant de constater que la population française méconnaît largement une caractéristique majeure et décisive des textes fondateurs de la République ainsi que le fonctionnement de son administration étatique. Cette carence de connaissances interroge nos institutions, de l’école aux médias, en passant par l’enseignement supérieur et les discours politiques.

 Chaque responsable politique doit impérativement s’interroger sur la clarté et la pertinence de ses propos concernant ce sujet crucial. 

De même, les journalistes doivent se demander si leurs écrits et leurs interventions contribuent à éclairer les citoyens ou, au contraire, les maintiennent dans l’ignorance. Ce déficit d’information soulève des questions légitimes sur la transparence et la qualité du débat public dans notre démocratie.

Comment les citoyens peuvent-ils faire des choix informés alors qu'ils manquent des connaissances de base sur des sujets aussi fondamentaux ?  La responsabilité de cette situation incombe aux divers acteurs politiques, médiatiques et éducatifs. 

Il est primordial que la population française puisse accéder à une information fiable et exhaustive sur le fonctionnement de son gouvernement et sur les impacts réels des politiques publiques sur la vie quotidienne et l’économique du pays. 

 Seul un débat public nourri, transparent et honnête permettra de prendre des décisions à la hauteur des défis socio-économiques colossaux auxquels notre pays est confronté. Sans cela, le risque est grand de voir se perpétuer des inégalités croissantes et une perte de confiance accrue envers les institutions.

PW.Ai




PRÉAMBULE

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par laDéclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004. En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'outre-mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique. ________

 ARTICLE PREMIER. 
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.


 (extrait) source 
Texte intégral en vigueur à jour de la révision constitutionnelle du 8 mars 2024 cliquez Version PDF

Un nouveau totalitarisme, celui du marché


Un article publié dans la revue Spirale, no 176, janvier-février 2001, p. 16.

Un " totalitarisme" qui exerce aujourd’hui son emprise, dans des sociétés qui se réclament pourtant de la démocratie, est celui qui veut paradoxalement justifier son existence au nom d’une plus grande liberté, celle du marché, mais qui ne laisse en réalité d’autre choix que de s’intégrer à la logique d’une pensée unique, d’un mode unique d’agir, une logique qui s’est infiltrée dans nos vies de manière tacite sous la forme d’une guerre non déclarée, qui enchaîne les populations et lie leur sort à la santé du capital, à la prospérité des investissements. 

Cette logique est celle du néolibéralisme, qui s’est implanté à partir de la fin des années 1970 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, pour se généraliser à l’échelle du monde entier au cours des deux décennies suivantes et régner dès lors en maître absolu, soumettant toute l’activité économique et sociale aux seules lois du marché. Il s’agit bien d’un retour au libéralisme après une période de quelque quatre décennies qui avaient vu triompher l’interventionnisme étatique. 

Mais ce libéralisme est d’un type nouveau dans la mesure où le champ de son déploiement est celui d’une économie « globale » entièrement mondialisée où le principe de la liberté des échanges a été poussé à un point tel que les États en sont arrivés à confier aux marchés et aux institutions internationales qui en assurent la domination intégrale, des pouvoirs supranationaux qui priment sur la souveraineté des États et le contrôle de la démocratie parlementaire sur des enjeux majeurs de la vie sociale, désormais décidés par les impératifs du profit et de la compétitivité internationale.

Le totalitarisme d’aujourd’hui est celui de la domination totale par le marché. L’étendue de son pouvoir, en voie d’achèvement au niveau mondial depuis la chute de l’économie planifiée dans l’ex-Union soviétique et ses satellites d’Europe centrale et orientale, ne s’arrête pas à la sphère de l’économie. Le totalitarisme du marché poursuit son action dirigée vers la transformation complète de l’individu en homo oeconomicus, en individu qui penserait tout en termes économiques, comme le soutient depuis des décennies la science économique officielle fondée sur le principe de l’individualisme méthodologique. 

Sans sombrer dans le catastrophisme, on ne peut écarter aujourd’hui, avec les progrès phénoménaux du génie génétique et leur appropriation privée par les entreprises multinationales dans un monde qui n’obéit qu’aux lois du marché et du profit, l’hypothèse d’un éventuel recours au clonage généralisé et aux mutations génétiques pour achever, dans une version moderne d’eugénisme, ce modelage de l’individu aux besoins de l’économie.

Des conditions propices à la domination totale

Le chômage croissant, la mise à sac des programmes publics de protection sociale, la destruction de l’emploi stable auquel on substitue l’emploi contractuel et à temps partiel, le recul de la syndicalisation, l’accroissement des inégalités à l’intérieur des pays et entre pays riches et pays pauvres, l’insécurité, la misère et le désarroi social qui en résultent constituent le processus même de la constitution de la société atomisée, condition de sa domination totale et terrain fertile à l’émergence d’une forme extrême de cette domination.

 La profilération d’une multitude de groupes racistes, xénophobes, néofascistes et néonazis dans un grand nombre de pays et les récents succès électoraux de partis politiques d’extrême droite démontrent qu’il ne s’agit pas d’une simple hypothèse d’école. La regrettable décision de l’Union européenne, prise en septembre 2000, de lever les sanctions imposées à l’Autriche à la suite de l’entrée au gouvernement de ce pays en février 2000 du FPÖ (Freiheitlische Partei Österreichs), parti d’extrême droite dirigé par le raciste Jörg Heider, en dit long sur la détermination des quatorze « démocraties » européennes à prendre les moyens qui s’imposent pour barrer la route à une remontée de l’extrémisme de droite.

Venant de gouvernements dirigés par des partis de droite, une telle attitude n’est pourtant pas aussi inattendue à la lumière de l’histoire. Il n’est en effet un secret pour personne, par exemple, comme le rappelle Hobsbawm, que le conservateur britannique Winston Churchill cachait mal sa sympathie à l’égard de Benito Mussolini et de son régime fasciste et que sa motivation à se présenter peu après comme le chef de file de la lutte anti-fasciste n’était motivée que par la menace réelle que représentait pour la Grande-Bretagne la puissance montante de l’Allemagne nazie. On sait par ailleurs que les « démocraties » européennes qu’étaient la France et la Grande-Bretagne, voyant en Hitler le fer de lance de la croisade antibolchevique, n’avaient pas hésité à s’allier à Hitler et Mussolini en signant en 1938 le traité de Münich, qui laissait Hitler libre d’annexer la Tchécoslovaquie et lui fournissait le tremplin d’une attaque prochaine contre l’URSS.

Venant de gouvernements « socialistes », social-démocrates ou travaillistes comme les gouvernements français, allemand et britannique, dirigés par des partis s’affichant comme partisans d’une « troisième voie », celle du partenariat, la banalisation de l’entrée du FPÖ au sein du gouvernement autrichien est-elle moins inattendue?  La réponse à cette question s’impose d’elle-même lorsqu’on se souvient que le Parti socialiste autrichien, déjà protagoniste de la « troisième voie » dans les années soixante-dix, a joué un rôle clef pour contribuer à donner une crédibilité politique au FPÖ d’extrême droite et à favoriser ainsi sa progression, en gouvernant en coalition avec lui de 1983 à 1986.

Dans un article intitulé « Le fascisme libéral » publié en août 2000 dans le Monde diplomatique, le Sous-commandant Marcos, dirigeant de l’Armée zapatiste de libération nationale du Chiapas au Mexique exprime cette préoccupation dans les termes suivants :

La fameuse « troisième voie » ne s’est pas seulement révélée, ici et là, fatale pour la gauche, mais peut constituer, par endroits, une rampe de lancement pour le néofascisme.

Ces rappels font ressortir avec une grande acuité les dangers qui se profilent aujourd’hui et les moyens absolument nécessaires à mettre en œuvre pour y faire échec, dont le principal consiste incontestablement à contrer le processus de l’atomisation sociale par l’action organisée unitaire et la mobilisation sur une base de classe, en toute indépendance, pour la défense des intérêts de la grande majorité de la population.

Texte de : Louis Gill, économiste

Professeur retraité de l'Université du Québec à Montréal

«L’atomisation sociale : condition de la domination totale ». Un article publié dans la revue Spirale, no 176, janvier-février 2001, p. 16. [Autorisation accordée par l'auteur le 4 janvier 2005 de diffuser ce texte.] 

Lien 

http://classiques.uqac.ca


Avons-nous perdu le goût de la démocratie?

"La démocratie est un combat. Nous l’avions oublié, dans l’euphorie de la chute du mur de Berlin. La montée en puissance de régimes ­illibéraux ou totalitaires et la guerre en Ukraine sont venus nous le rappeler.
Devant le délitement de notre vie politique et les crises multiples qui sont devant nous, beaucoup commencent à penser qu’un pouvoir autoritaire serait la solution. Allons-nous préférer la soumission à la liberté ? C’est notre avenir qui est en jeu.
Pour défendre la démocratie, il faut en revisiter les origines et les fondements, examiner les conditions de sa survie, en comprendre le mouvement profond. Le partage à voix égales de l’incertitude du monde – car c’est de cela qu’il s’agit – exige de nous courage et détermination.
Cet essai pose les bases d’une intelligence renouvelée du seul régime capable de préserver la liberté, l’égalité et la fraternité." (présentation de l'éditeur)


Ce premier quart du XXIe siècle aura été marqué par la montée des populismes et la disparition de l’évidence de la démocratie.
Avec
Jean-François Bouthors Journaliste, collaborateur de la revue Esprit et éditorialiste à Ouest-France
Avons-nous perdu le goût de la démocratie ? Il semble que ce soit l’inverse et que nous sommes entrés dans un fort désir de la protéger, de la renforcer et de lui donner la place la plus grande qui soit dans nos sociétés contemporaines.

D’où pour ce faire l’importance de revisiter ses origines et d’examiner les conditions de sa survie en en comprenant le mouvement profond.

Une société ne naît pas démocratique, elle le devient ! Voilà le thème de la conversation de ce jour entre Jean-François Bouthors et Marc-Alain Ouaknin

L'invité
JEAN-FRANÇOIS BOUTHORS est essayiste et journaliste, éditorialiste à Ouest-France et collaborateur régulier de la revue Esprit et du site Desk Russie.
Il a été l’éditeur de la grande journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006, et cofondateur de la collection Les moutons noirs, consacrée à la dissidence, aux Éditions François Bourin
Il est coauteur, avec le philosophe Jean-Luc Nancy, de Démocratie ! Hic et nunc (Éditions François Bourin, 2019) et auteur de Poutine, la logique de la force (Éditions de l’Aube, 2022). Il a récemment publié Démocratie, zone à défendre (Éditions de l’Aube).
Il anime par Zoom avec Paule Zellitch l’Atelier de lecture biblique, sur le texte de la Genèse (latelierdelecturebiblique@hotmail.com).



2026-05-26

L économie de surveillance



L’économie de surveillance repose sur un principe de subordination et de hiérarchie. L’ancienne réciprocité entre les entreprises et les utilisateurs s’efface derrière le projet consistant à extraire une plus-value de nos agissements à des fins conçues par d’autres — vendre de la publicité. 

Nous ne sommes plus les sujets de la réalisation de la valeur. Nous ne sommes pas non plus, comme d’aucuns l’ont affirmé, le « produit » que vend Google. Nous sommes les objets dont la matière est extraite, expropriée, puis injectée dans les usines d’intelligence artificielle de Google qui fabriquent les produits prédictifs vendus aux clients réels : les entreprises qui paient pour jouer sur les nouveaux marchés comportementaux.

l’expérience humaine se trouve marchandisée par le capitalisme de surveillance pour renaître sous forme de « comportements ». Traduits en données, ces derniers prennent place dans l’interminable file destinée à alimenter les machines conçues pour en faire des prédictions qui s’achètent et se vendent.

Pour obtenir des prédictions comportementales très précises et donc très lucratives, il faut sonder nos particularités les plus intimes. Ces opérations d’approvisionnement visent notre personnalité, nos humeurs, nos émotions, nos mensonges et nos fragilités. Tous les niveaux de notre vie personnelle sont automatiquement captés et comprimés en un flux de données à destination des chaînes de montage qui produisent de la certitude.

le plus sûr de prédire le comportement reste d’intervenir à la source : en le façonnant. J’appelle « économies de l’action » ces processus inventés pour y parvenir : des logiciels configurés pour intervenir dans des situations réelles sur des personnes et des choses réelles. Toute l’architecture numérique de connexion et de communication est désormais mobilisée au service de ce nouvel objectif. Ces interventions visent à augmenter la certitude en influençant certaines attitudes : elles ajustent, adaptent, manipulent, enrôlent par effet de groupe, donnent un coup de pouce. Elles infléchissent nos conduites dans des directions particulières, par exemple en insérant une phrase précise dans notre fil d’actualités, en programmant l’apparition au moment opportun d’un bouton « achat » 

loin de la Silicon Valley, salivent à leur tour à l’idée des profits issus de la surveillance. En particulier les assureurs automobiles, impatients de mettre en place la télématique — les systèmes de navigation et de contrôle des véhicules. Ils savent depuis longtemps que les risques d’accident sont étroitement corrélés au comportement et à la personnalité du conducteur, mais, jusqu’ici, ils n’y pouvaient pas grand-chose. Un rapport des services financiers du cabinet de conseil Deloitte recommande désormais la « minimisation du risque » (un euphémisme qui, chez un assureur, désigne la nécessité de garantir les profits) à travers le suivi et la sanction de l’assuré en temps réel — une approche baptisée « assurance au comportement ». 


Auparavant vice-président de Google Maps et responsable de Street View, M. Hanke a créé en 2010 sa propre rampe de lancement au sein de Google : Niantic Labs, l’entreprise à l’origine de Pokémon Go. Il caressait l’ambition de prendre possession du monde en le cartographiant. Il avait déjà fondé Keyhole, une start-up de cartographie virtuelle à partir d’images satellites financée par la Central Intelligence Agency (CIA) puis rachetée par Google, qui l’a rebaptisée Google Earth. 

L’apogée de Pokémon Go, à l’été 2016, signait l’accomplissement du rêve porté par le capitalisme de surveillance : un laboratoire vivant de la modification comportementale qui conjuguait avec aisance échelle, gamme et action. L’astuce de Pokémon Go consistait à transformer un simple divertissement en un jeu d’un ordre très différent : celui du capitalisme de surveillance — un jeu dans le jeu. Tous ceux qui, rôdant dans les parcs et les pizzerias, ont investi la ville comme un terrain d’amusement servaient inconsciemment de pions sur ce second échiquier bien plus important.

Shoshana Zuboff

Professeure émérite à la Harvard Business School. Auteure de The Age of Surveillance Capitalism : The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power, Public Affairs, New York, 2019

Source

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/ ZUBOFF/59443#nh1


2026-05-04

Le GOLEM & l'IA

    Article inédit faisant suite à une communication au colloque MEOTIC, à l'Institut de la Communication et des Médias (Université Stendhal), les 7 et 8 mars 2007. Mis en ligne le 15 novembre 2007.

Michel Faucheux:

 Maître de conférences de littérature française  à l’INSA de Lyon. Directeur de l’équipe de recherche Stoica-Leps  de l’INSA de Lyon, il mène des recherches  sur l’interaction littérature/sciences de la communication et sur la valeur symbolique des techniques. Plus généralement, ses travaux visent à développer et  fonder épistémologiquement le champ spécifique des recherches  en sciences humaines et sociales dans les écoles d’ingénieurs.

Toute technique, engagée dans une culture, véhicule un imaginaire ; elle est traversée de récits qui  sont à l’œuvre à la fois dans le processus de conception et dans celui de son inscription sociale. Toute technique est engagée dans un processus de symbolisation.
Il y a là un vase champ de recherches que l’on peut nommer « les Technologiques » (Faucheux, 2005, p.61-70) par référence aux Mythologiques de Claude Lévi-Strauss et qui permettrait de mieux cerner le lien entre technique et imaginaire en articulant processus technique et récit symbolique. Autrement dit, il y a du langage dans l’artefact car la technique nécessite d'être racontée, parlée, mise en récit pour devenir objet de conception et parvenir mentalement socialement à exister. Il n'y a de technique qu’intériorisée par le récit qui, dans le même mouvement, autorise sa réalisation. Le récit est ce qui fait advenir la technique. C’est que le récit est universel, engageant le langage sous des formes elles-mêmes diversifiées, écrites, orales ou visuelles, traduisant par là une aptitude de l'être humain à raconter des histoires, des fictions qui simulent et modélisent à l'infini les possibilités d'une situation ou d'un objet (1) pour mieux leur donner sens et réalité. Comme l'écrit Gilbert Hottois, « l'inscription symbolique de la technique, sa prétendue assignabilité essentielle, gît dans le fait que, de tous côtés, des logoi (politiques, sociaux, esthétiques, théologiques, philosophiques etc.) se pressent et encerclent la technique, l'insèrent dans la culture, de telle sorte que nous ne rencontrons jamais la technique mais seulement des techno-logies : des discours qui ménagent à la technique une place et une justification symboliques : un sens.» (Hottois, 1984, p.52)

Nous devons étendre au domaine des sciences pour l'ingénieur le travail déjà entrepris  par les sciences humaines, lorsqu'elles ont appris à se penser comme écriture. Le saut épistémologique consistera alors à penser l'objet technique comme un artefact dont la matérialité même est prise dans des réseaux de discours et de récits. L'objet technique est, en effet, enveloppé de paroles qui prennent souvent la forme de mythes et construisent le support d’un imaginaire technique. Il relève d’une vaste symphonie de récits et de mythes, « les Technologiques » qui s’imbriquent entre eux et forment un vaste jeu  de variations et d’échos.

Non seulement, la technique actualise le mythe mais le mythe raconte la technique, c’est-à-dire la façonne, l’institue, l’interprète, en décrit symboliquement les virtualités, les possibilités, les usages et les limites, bref la questionne.
Ainsi, Norbert Wiener place explicitement la cybernétique dont il est le fondateur sous le signe de la légende du Golem qui module le mythe du double humain artificiel. Ce mythe situe  la  cybernétique  dans une généalogie symbolique.
Mais, si la technique actualise le mythe, elle l’interprète et lui donne une forme et un sens nouveau qu’il s’agisse pour Wiener de mettre en scène symboliquement la machine ou, plus essentiellement, la relation de l’homme à la technique.

La cybernétique et la legende du Golem

Archéologie d’une légende

Si elle se veut un programme englobant, une scienza nuova qui unifie tous les savoirs en transformant radicalement la figure du sujet humain par la transformation de son rapport à la machine (2) , la cybernétique souffre malgré tout d’un flou définitionnel qui autorise peut-être l’actualisation et le développement du mythe. Son ancrage est essentiellement la recherche militaire à laquelle participe Norbert Wiener. Dans le cadre du  projet AA Predictor, celui-ci met au point avec d’autres chercheurs un dispositif servo-mécanique de tir anti-aérien capable de prévoir sur une base probabiliste les mouvements de l’ennemi. Comme le remarque Cécile Lafontaine, « c’est en fait une véritable ontologie de l’ennemi qui se profile derrière le AA Predictor. Vu à travers le prisme métallique de l’aviation militaire, l’ennemi prend les traits d’un dispositif servo-mécanique. » (Lafontaine, 2004, p.34) En effet, le dispositif AA Predictor efface la séparation entre homme et machine, devenus tous deux constitutifs d’un même système.

Le terme « cybernétique » vient du grec kubernesis qui renvoie à l’action de gouverner un navire. Il désigne une approche logico-mathématique traitant des processus de communication et de commande autour de laquelle s’élaboreront les fondements de l’informatique et de l’intelligence artificielle.

« Nous avons décidé de désigner le champ entier de la théorie du contrôle et de la communication, aussi bien dans les machines que chez les êtres vivants sous le nom de Cybernétique. » (Wiener, 1952, p.287-288)
La cybernétique étudie la façon dont l’information circule et s’organise, commune aux machines et aux êtres vivants, ce qui permet de contrôler et gouverner. Gouverner, c’est maîtriser la circulation et l’organisation de l’information, penser la manière dont l’information fait système, avec effet de rétroaction.

De fait, la cybernétique, héritière de la recherche militaire, vise à concevoir des techniques capables de prévoir, gouverner, c’est-à-dire d’enrayer aussi un désordre humain dont la Deuxième Guerre Mondiale a offert un exemple. Postulant un effacement de la séparation homme/machine, tous deux faisant partie d’un même système d’information, elle autorise la référence au mythe de la créature artificielle, et plus précisément du Golem.

Le Golem, mythe fondateur de la cybernétique

En 1964, Norbert Wiener rédige un petit ouvrage God & Golem Inc où il place la cybernétique sous le signe du Golem, incarnation de la pensée mythique et religieuse. Pour lui, en effet, « la machine (…) est l’homologue moderne du Golem du rabbin de Prague. » (Wiener, 2000, p.111). Qu’est-ce que le Golem ? Une créature d’argile créée par magie. Le mot « Golem »  est un mot hébreu qui apparaît au Psaume 139 :16 dans la Bible. Il désigne la « masse informe » à laquelle Dieu aurait donné le souffle, permettant à celle-ci de devenir « adam », l’être premier provenant de la terre et composé de sang («dam ») et d’une «étincelle » divine (la lettre «aleph »).
L’histoire du Golem connaît plusieurs versions. Dans la version polonaise, relayée par Jakob Grimm (Entstehung der Verlagspoesie, 1808), Achim von Arnim (Elisabeth d’Egypte, 1812) ou Clemens Brentano (Erklärung der sogennanten, 1814), le Golem est créé par le rabbin de Chelm qui trace sur le front de la créature d’argile le mot Emeth (« vérité »). Le mot Emethanime le Golem. Lorsqu’ est retranchée la lettre Aleph, demeure le mot Meth (« mort ») : le Golem s’effondre alors.

Dans la version pragoise, parue au XVIIIe siècle et diffusée en 1837 par Berthold Auerbach dans Spinoza ou par le journaliste Franz Klutshak, le Golem est créé par le rabbin Loew de Prague (l5l3-l6l0) selon une procédure magique un peu différente. Au terme de sa création, le rabbin Loew place dans la bouche du Golem une feuille de papier portant le nom mystérieux et ineffable de Dieu, car le pouvoir de donner forme à l’informe et d’animer la matière n’est qu’un reflet du pouvoir divin.

C’est cette version que reprend Gustav Meyrinck dans le célèbre roman le Golem paru en 1915. « C’est alors que, dans le secret de la mémoire, se réveille en moi la légende du fantomatique Golem, de cet homme artificiellement créé auquel un rabbin expert en kabbalistique donna forme un jour ici même, dans le ghetto, à partir de la substance élémentaire, et conféra une existence d’automate dépourvue de toute pensée, en insérant dans sa mâchoire une formule chiffrée magique. » (Meyrinck, 2003, p.58)
Dans la légende, le Golem  est là pour remplir toutes les corvées à la place de son maître, se mettre au service des Juifs de Prague voire les défendre, mais il ne peut parler. Le jour du Shabbat, il ne doit avoir aucune activité comme les autres créatures de Dieu. Voilà pourquoi, chaque vendredi, le rabbin ôte de la bouche de celui-ci le papier sur lequel est inscrit le nom de Dieu, jusqu’à ce que, par mégarde, il oublie de le faire. Le Golem se met alors à dévaster le ghetto. Lorsque le rabbin arrive enfin à enlever la feuille de papier de la bouche de la créature, celle-ci est aussitôt réduite en poussière.

La référence de Wiener à la légende du Golem n’est pas fortuite : ainsi, Gershom Scholem, dans une allocution prononcée le 17 juin 1965 à Rehovot pour célébrer l’inauguration du nouvel ordinateur construit par le docteur Haïm Pekeris, donne solennellement à celui-ci le nom de Golem. Il fait, en outre, du rabbin Loew l’ancêtre spirituel de Norbert Wiener : «Il faut rappeler aussi  que le rabbi Loew fut l’ancêtre spirituel de deux autres juifs, Johann Von  Neumann et Norbert Wiener, qui contribuèrent plus que quiconque à l’entreprise de magie d’où est sorti le Golem moderne. En ce jour, nous avons le privilège de célébrer la naissance de la dernière incarnation de cette entreprise de magie, le Golem de Rehovot. Oui, en vérité, le Golem de Rehovot pourrait bien être la réplique du Golem de Prague. » (Scholem, 1974, p.472-473)
 Cette référence situe la cybernétique dans la généalogie imaginaire des créatures artificielles rêvées par l’homme à l’intérieur d’une tradition mythique de portée universelle mais qui prend sens d’abord dans la tradition religieuse juive. Elle est, pour Wiener, légitimée par trois éléments caractéristiques de la cybernétique :
« L’un concerne les machines auto-adaptatives, c’est-à-dire capables d’apprentissage, un deuxième, les machines capables de se reproduire et le troisième, la coordination entre l’homme et la machine. »(Wiener, 2000, p.53)
Ainsi Wiener relance-t-il le mythe : il le réactualise mais aussi le réinterprète en donnant une dimension mythique à la cybernétique.

La cybernétique et les mythes de la machine

La machine à l’image de l’homme

Le Golem, symbole de la machine, est l’être créé par des moyens magiques et artificiels qui dupliquent l’acte divin de création d’Adam, le premier homme. Toute création est une imitation : si l’homme est à l’image de Dieu, la machine-Golem duplique l’homme.

«  L’homme fait l’homme à son image. C’est là, semble-t-il, l’écho ou le prototype de l’acte créateur grâce auquel Dieu est censé avoir fait l’homme à son image. Quelque chose de semblable n’aurait-il pas lieu dans le cas moins compliqué (et donc plus aisément compréhensible) des systèmes non vivants que nous appelons machines ? » (Wiener, 2000, p.53)
Mais, il faut s’entendre sur le terme « image ». La machine-Golem est une image, non pas picturale mais « opérante », de l’homme (Wiener, 2000, p.55). Elle le duplique dans certaines de ses fonctions.

C’est aussi que la créature permet de révéler, comprendre le créateur. La machine est à l’image de l’homme parce que l’homme fonctionne comme une machine. Déjà, dansCybernétique et société, Wiener écrivait : « je soutiens que le fonctionnement de l’individu  vivant et celui de quelques machines très récentes sont précisément parallèles. » (Wiener, 1952, p.28). De fait, pour la cybernétique le support physique est indifférent et hommes et machines relèvent d’un même être informationnel qui engendre un fonctionnement parallèle, si ce n’est identique.

La machine substitut de l’homme

Si pour Wiener, la machine se place sous le signe du Golem, c’est qu’elle a la capacité d’apprendre, comme le montrent certaines machines de jeux auto-adaptatives (Wiener, 2000, p.42). C’est aussi qu’elle peut se reproduire, ce dont témoigne le transducteur, « la machine comme instrument et comme message » (Wiener, 2000, p.58) étant susceptible de s’auto-engendrer. Cette double capacité d’apprentissage et de reproduction, si elle autorise la référence au mythe de la créature artificielle, réactualise aussi le mythe du remplacement de l’homme par ses réalisations techniques.

 La cybernétique, en développant une science des systèmes appliquée aux mécanismes fabriqués ou vivants, accomplit, en effet, le programme d’une autonomisation de la machine, inauguré, un siècle auparavant, par la machine à vapeur : « La nouveauté de la machine industrielle provient donc de son accouplement à un moteur qui tire son pouvoir d’un feu interne. Elle est déjà un robot au sens commun puisqu’elle fournit du travail sans qu’apparemment personne en soit à l’origine. En cela, elle marque une discontinuité majeure avec la machine à l’ancienne qui se concevait  comme un moyen de démultiplier la puissance vivante, celle des hommes, esclaves souvent des animaux, bœufs et équidés principalement, ou bien empruntait  provisoirement à la terre sa force vive qu’elle lui rendait, eau, vent ou même soleil dont les végétaux avaient retenu une faible part de la force. » (Gras, 2003, p.14)

Ce programme ne fait que renouveler le mythe d’une machine intelligente se substituant aux hommes dans la mesure même où la cybernétique est parfois assimilée à la robotique. Ainsi, en 1960, Manfred Clynes et Nathan Kline inventent le mot cyborg (« cybernetic organism ») pour désigner un être qui, à la place de l’homme, pourrait survivre dans l’espace extra-terrestre. De même, si Gershom Scholem identifie, comme on l’a vu, ordinateur et Golem, Norbert Wiener, dans God & Golem Inc, constate que l’homme a tendance à se décharger mais aussi à se déresponsabiliser au profit de la machine, ce qui implique un transfert de rôle et de pouvoir. Pour illustrer son  propos, de manière significative, il fait référence à la pièce de théâtre de Karel Capek, RUR  (1921) où apparaît pour la première fois le terme de robot et qui raconte l’histoire d’une révolte de robots supplantant les hommes (Wiener, 2000, p.77).

Plus généralement, la cybernétique, en ouvrant la voie à une conception purement informationnelle de l’être humain, active, en outre, le fantasme d’une machine, qui, souvent identifiée à un ordinateur, éclipserait l’homme d’autant plus que ce dernier apparaît lui-même comme une machine qui ne cesse de reproduire son image, c’est-à-dire son mode de fonctionnement, dans ses productions techniques.

Mais, le mythe du Golem met aussi en scène, de manière plus essentielle, la relation de l’homme et de la technique, la coordination de l’homme et de la machine.  Il la met en situation tout comme il la met en question.

L’homme et la technique

Le mythe de l’apprenti sorcier

Le Golem échappe à son créateur et engendre lui-même destruction et désordre. La légende peut ainsi être lue comme la dénonciation du risque que porte en elle la cybernétique. Elle réactive le mythe de l’apprenti sorcier auquel Wiener fait explicitement référence, qu’il cite le poème de Goethe « l’apprenti sorcier » ou écrive : « j’ai indiqué que la réprobation associée jadis au péché de sorcellerie s’associe à présent dans de nombreux esprits aux spéculations de la cybernétique. » (Wiener, 2000, p.71). Wiener souligne le danger d’une machine autonome, soumise à « la rigidité », programmée de manière mécanique, et plaide pour une régulation de la machine par l’homme. Tel est aussi le sens de la légende du Golem repris finalement en  main  par son créateur, fût-ce pour être détruit.

De fait, dans Cybernétique et société, Wiener soulignait déjà le danger que représente le transfert irréfléchi de l’homme à la machine : « Tout appareil construit  dans le but de prendre des décisions s’il ne possède pas la capacité d’apprendre, respectera la lettre et non pas l’esprit. Malheur à nous si nous le laissons nous guider et si nous n’examinons pas auparavant les lois de son action et les principes, humainement acceptables ou non, de sa conduite. » (Wiener, 1952, p.262).

De même, Wiener anticipe aussi le danger d’un homme réduit à la machine dès lorsqu’il devient un simple rouage d’un dispositif machinique plus vaste, abdiquant ainsi son statut d’individu qui n’est plus sollicité par de vraies questions : «  parmi les machines dont j’ai parlé, certaines n’ont pas de cerveau d’airain ni des muscles de fer. Quand les atomes humains, au lieu d’être utilisés selon leur droit intégral, en tant qu’individus responsables, sont étroitement unis pour composer une organisation au sein de laquelle ils interviennent comme autant de pignons, de leviers et de bielles, il importe peu que leur matière première soit constituée par de la chair et des os.

Tout ce qui est utilisé en tant qu’élément d’un dispositif machinal est un élément de la machine. Tant que nous confierons nos décisions à des machines métalliques ou bien à ces immenses appareils mécaniques vivants que sont les bureaux, les laboratoires, les armées et les corporations, nous ne recevrons jamais de justes réponses à nos questions à moins de poser enfin des questions justes. » (Wiener, 1952, p.263)

Ainsi, redistribuant le sens, expérimentant et anticipant les usages dans l’ordre de la fiction, le mythe interroge. Il dit les limites du rêve cybernétique et oblige à questionner la relation de l’homme et de la technique : «Quel est le statut de l’homme et de l’objet dans un monde envahi par les choses, où « le voile d’artificialité » de la production industrielle s’introduit entre l’être et les choses ? (Moles, 1971, p.250). Jusqu’où l’homme est-il maître des choses, de ses créations comme de la vie et du destin ? Jusqu’où une procédure de contrôle est-elle possible ? L’homme peut-il programmer une machine de manière adéquate alors qu’il ignore sa programmation véritable ? » ou, plus précisément : « Pourquoi les savants atomistes du Projet Manhattan ont-ils continué à mettre au point la bombe atomique alors que le régime nazi s’était effondré ? » (Tant on sait que la mise au point de la bombe atomique révolta Wiener).

La machine, symbolisée par le mythe, se met ainsi nous interroger, échappant au silence du Golem.  Le processus de symbolisation donne à dire, comme si parole était alors donnée à la technique.

Comme l’écrit Charles Mopsik dans sa préface à God and Golem inc :« le Golem est moins le paradigme de la machine humanisée, de la matière rendue animée et programmée, que le symbole de la méconnaissance par l’homme de ses propres intentions et de ses désirs véritables. » (Wiener, 2000, p.14)
Ainsi, tels le Golem de Prague, les savants atomistes du Projet Manhattan allèrent jusqu’au bout de la tâche pour laquelle ils s’étaient programmés : la mise au point de la bombe atomique, alors même que leur but initial, vaincre l’Allemagne nazie avait été atteint. La bombe atomique lâchée sur Hiroshima et Nagazaki fut utilisée pour une destruction autre que celle qui avait été programmée.

Golem et médiation

Le mythe met en scène la relation entre l’homme et la technique. Il l’organise, jouant un rôle médiateur. De fait, le Golem, « masse informe », « vide d’âme » mais aussi modelé par l’homme, être transitoire, être de transition, est lui-même, comme le montre Philippe Breton, une figure médiatrice (Breton, 1995, p.153)  entre :
-  l’humain et le divin, puisqu’il lie conception magico-technique et Création.

les hommes eux-mêmes : le Golem, placé au service de la  communauté des juifs de Prague, est là  pour aider à sa survie. De fait, à l’exemple du Golem, toute machine produit du lien social. Elle engage dans une aventure collective et regroupe autour d’elle une société.

entre l’homme et la technique. Le Golem suggère finalement le destin lié de l’homme et de la technique. L’outil n’est pas un simple instrument qui prolonge l’homme, il est une part de son être. Il y a, en effet, une « ontologie technique » (selon l’expression de Gilbert Simondon). L’être de l’homme et celui de la machine sont mêlés. Telle est la leçon du Golem : celui-ci doit son existence a la main dont il est issu  et qui peut, à tout instant, le détruire, le ramener à la poussière d'où elle l'a extrait. La légende du Golem nous apprend la part humaine de la machine qui, si elle est souvent pour nous « l’étrangère », porte néanmoins la marque de « l'humain méconnu », la marque ontologique : « (…) la machine est l’étrangère ; c’est l’étrangère en laquelle est enfermé de l’humain, méconnu, matérialisé, asservi, mais restant pourtant de l’humain. » (Simondon, 1958, p.9)
Dans l’ordre de l’imaginaire, le Golem médiateur assure le passage entre l’être de l’homme et celui de la machine. En greffant sur la machine une marque ontologique, il permet à l’homme de se l’approprier symboliquement.

La légende du Golem permet de lire les possibilités et les limites de la cybernétique, en expérimentant les virtualités, les usages de celle-ci dans l’ordre de la fiction.  Ainsi, elle redonne sens au mythe tout en instituant socialement la technique par le biais de l’imaginaire. Ce sens est ontologique : notre être se lit aussi dans l’être de la machine. Dans la civilisation industrielle et post-industrielle, ce n’est pas un monstre, créature des dieux, qui, tel le sphinx du mythe grec, détient la vérité de l’énigme humaine mais une figure artificielle, un être magico-technique, le Golem.

Mais quel est le sens de ce lien qui nous relie à la technique ? Quel est le sens de la médiation opérée par le Golem, lorsqu’on ne sait plus, au bout du compte, si  c’est la machine qui porte l’empreinte humaine ou l’homme qui porte la marque symbolique de celle-ci ? Lorsque se brouille la relation entre l’homme et la technique. Lorsque la légende affirme, de la même façon, la force créatrice du langage, que celle-ci permette à l’homme d’animer le Golem en usant du nom de Dieu, d’identifier l’être et la machine à des êtres informationnels ou, plus généralement, d’instituer la technique.

La légende du Golem nous invite moins à nous arrêter à la réponse figée d’une énigme qu’à nous mesurer à l’ouverture infinie d’une question, la question de nous-mêmes. Lorsque la cybernétique acquiert la valeur symbolique d’un acte de Création qui redistribue la relation de l’homme et la machine, le processus d’innovation technique ne peut qu’entrer « en collision » avec la question ontologique au point de faire voler en éclats nos anciens cadres de pensée.

Notes

(1) J-M Schaeffer, Pourquoi la fiction?, Paris, Seuil,  1999, p.212 "le mode d'opération de la fiction (sous toutes ses formes) est celui d'une modélisation mimétique."

(2) Comme le montre le contenu des conférences Macy qui fondent la cybernétique. CF S J Heims, The Cybernetics group, 1946-1953, Cambridge, Massachusetts, MIT Press, 1991

Références bibliographiques

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Gras, Alain (2003), Fragilité de la puissance, Paris : Fayard.

Heims, Steve Joshua (1991), The Cybernetics group, 1946-1953, Cambridge, Massachusetts: MIT Press.

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Moles, Abraham (1971), « Le judaïsme et les choses. Le Golem, une attitude juive par rapport aux choses »,  Tentations et actions de la conscience juive, Paris : PUF.

Schaeffer, Jean Marie, (1999), Pourquoi la fiction? , Paris : Seuil.

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Simondon, Gilbert (1958), Du mode d’existence des objets techniques, Paris : Aubier.

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Wiener, Norbert, (1952), Cybernétique et société, Paris : Edition des deux Rives.

Wiener, Norbert, (2000), God & Golem inc., Nîmes : Editions de L’éclat.