2012-05-27



  • Texte intégral en français par le rabbinat français sous la direction de Zadoc Khan.

Reproduction en un volume format poche, de la fameuse traduction (1899-1906) des rabbins français.

- Pentateuque (les 5 Livres)
- Les Prophètes (Josué, les Juges, Samuel 1 et 2, Rois 1 et 2, Isaie, Jérémie, Ezechiel)
- Les douze Prophètes (Osée, Joël, Amos, Obadia, Jonas...) 
- Les Hagiographes (Psaumes, Proverbes, Job, Cantique des Cantiques, Ruth...)

Editions Colbo



Ex 39:6

 On mit en oeuvre les pierres de choham, qu'on enchâssa dans des chatons d'or et
où l'on grava, comme on grave un sceau, les noms des fils d'Israël.


GENESE 
Ge 39:1
Joseph fut donc emmené en Egypte. Putiphar, officier de Pharaon, chef des
gardes, Egyptien, l'acheta aux Ismaélites qui l'avaient conduit dans ce pays.
Ge 39:2
Le Seigneur fut avec Joseph, qui devint un homme heureux, et fut admis dans la
maison de son maître l'Egyptien.
Ge 39:3
Son maître vit que Dieu était avec lui; qu'il faisait prospérer toutes les
oeuvres de ses mains,
Ge 39:4
et Joseph trouva faveur à ses yeux, et il devint son serviteur; Putiphar le mit
à la tête de sa maison, et lui confia tout son avoir.
Ge 39:5
Du moment où il l'eut mis à ta tête de sa maison et de toutes ses affaires, le
Seigneur bénit la maison de l'Egyptien à cause de Joseph; et la bénédiction
divine s'étendit sur tous ses biens, à la ville et aux champs.
Ge 39:6
Alors il abandonna tous ses intérêts aux mains de Joseph, et il ne s'occupa plus
avec lui de rien, sinon du pain qu'il mangeait. Or, Joseph était beau de taille
et beau de visage.
Ge 39:7
Il arriva, après ces faits, que la femme de son maître jeta les yeux sur Joseph.
Elle lui dit: “Viens reposer prés de moi.”
Ge 39:8
Il s'y refusa, en disant à la femme de son maître: “Vois, mon maître ne me
demande compte de rien dans sa maison, et toutes ses affaires il les a remises
en mes mains;
Ge 39:9
il n'est pas plus grand que moi dans cette maison, et il ne m'a rien défendu,
sinon toi, parce que tu es son épouse; et comment puis-je commettre un si grand
méfait, et offenser le Seigneur?
Ge 39:10
Quoiqu'elle en parlât chaque jour à Joseph, il ne cédait point à ses voeux en
venant à ses côtés pour avoir commerce avec elle.
Ge 39:11
Mais il arriva, à une de ces occasions, comme il était venu dans la maison pour
faire sa besogne, et qu'aucun des gens de la maison ne s'y trouvait,
Ge 39:12
qu'elle le saisit par son vêtement, en disant: “Viens dans mes bras! ” il
abandonna son vêtement dans sa main, s'enfuit, et s'élança dehors.
Ge 39:13
Lorsqu'elle vit qu'il avait laissé son vêtement dans sa main, et qu'il s'était
échappé,
Ge 39:14
elle appela les gens de sa maison et leur dit: “Voyez! on nous a amené un Hébreu
pour nous insulter! Il m'a abordée pour coucher avec moi, et j'ai appelé à
grands cris.
Ge 39:15
Lui, entendant que j'élevais la voix pour appeler à mon aide, a laissé son habit
prés de moi, et il s'est échappé et il est sorti.”
Ge 39:16
Elle garda le vêtement de Joseph par devers elle, jusqu'à ce que son maître fût
rentré à la maison.
Ge 39:17
Elle lui fit le même récit, disant: “ L'esclave hébreu que tu nous as amené est
venu près de moi pour m'insulter;
Ge 39:18
puis, comme j'ai élevé la voix et que j'ai appelé, il a laissé son vêtement près
de moi et a pris la fuite.”
Ge 39:19
Lorsque le maître entendit le récit que lui faisait son épouse, disant: “Voilà
ce que m'a fait ton esclave”, sa colère s'enflamma.
Ge 39:20
Le maître de Joseph le fit saisir; on l'enferma dans la Rotonde, endroit où
étaient détenus les prisonniers du roi; et il resta là dans la Rotonde.
Ge 39:21
Le Seigneur fut avec Joseph, lui attira la bienveillance, et le rendit agréable
aux yeux du gouverneur de la Rotonde.
Ge 39:22
Ce gouverneur mit sous la main de Joseph tous les prisonniers de la Rotonde; et
tout ce qu'on y faisait, c'était lui qui le dirigeait.
Ge 39:23
Le gouverneur de la Rotonde ne vérifiait rien de ce qui passait par sa main,
parce que le Seigneur était avec lui; et ce qu'il entreprenait, le Seigneur le
faisait réussir.
Ge 40:1
Il advint, après ces événements, que l'échanson du roi d'Egypte et le panetier
offensèrent leur maître, le roi d'Egypte.
Ge 40:2
Pharaon, irrité contre ses deux officiers, le maître-échanson et le maître-
panetier,
Ge 40:3
les fit mettre aux arrêts dans la maison du chef des gardes, dans la Rotonde, le
même lieu où Joseph était captif.
Ge 40:4
Le chef des gardes mit Joseph à leur disposition, et celui-ci les servit. Ils
étaient depuis quelque temps aux arrêts,
Ge 40:5
lorsqu'ils eurent un rêve tous les deux, chacun le sien, la même nuit, et chacun
selon le sens de son rêve; l'échanson et le panetier du roi d'Egypte, détenus
dans la Rotonde.
Ge 40:6
 Joseph, étant venu près d'eux le matin, remarqua qu'ils étaient soucieux.
Ge 40:7
Il demanda aux officiers de Pharaon, qui étaient avec lui en prison chez son
maître: “ Pourquoi votre visage est-il sombre aujourd'hui? ”
Ge 40:8
Ils lui répondirent: “ Nous avons fait un songe, et il n'y a personne pour
l'interpréter.” Joseph leur dit: “L'interprétation n'est-elle pas à Dieu? Dites-
les moi, je vous prie.”
Ge 40:9
Le maître-échanson raconta son rêve à Joseph, en disant: “ Dans mon rêve, une
vigne était devant moi.
Ge 40:10
A cette vigne étaient trois pampres. Or, elle semblait se couvrir de fleurs, ses
bourgeons se développaient, ses grappes mûrissaient leur fruit.
Ge 40:11
J'avais en main la coupe de Pharaon; je cueillais les raisins, j'en exprimais le
jus dans la coupe de Pharaon, et je présentais la coupe à la main du roi.”
Ge 40:12
Joseph lui répondit: “ En voici l'explication. Les trois pampres, ce sont trois
jours.
Ge 40:13
Trois jours encore, et Pharaon te fera élargir, et il te rétablira dans ton
poste; et tu mettras la coupe de Pharaon dans sa main, comme tu le taisais
précédemment en qualité d'échanson.
Ge 40:14
Que si tu te souviens de moi lorsque tu seras heureux, rends-moi, de grâce, un
bon office: parle de moi à Pharaon, et fais-moi sortir de cette demeure.
Ge 40:15
Car j'ai été enlevé, oui, enlevé du pays des Hébreux; et ici non plus je n'avais
rien fait lorsqu'on m'a jeté dans ce cachot.”
Ge 40:16
Le maître-panetier, voyant qu'il avait interprété dans un sens favorable, dit à
Joseph: “ Pour moi, dans mon songe j'avais trois corbeilles à claire-voie sur la
tête.
Ge 40:17
La corbeille supérieure contenait tout ce que mange Pharaon en fait de
boulangerie; et les oiseaux le becquetaient dans la corbeille, au-dessus de ma
tête.
Ge 40:18
Joseph répondit en ces termes: “En voici l'explication. Les trois corbeilles, ce
sont trois jours.
Ge 40:19
Trois jours encore, et Pharaon te fera... Trancher la tête et attacher à un
gibet; et les oiseaux viendront becqueter ta chair.”
Ge 40:20
Or, le troisième jour, anniversaire de la naissance de Pharaon, celui-ci donna
un banquet à tous ses serviteurs. Il porta le maître-échanson et le maître-
panetier sur la liste de ses serviteurs.
Ge 40:21
Il préposa de nouveau le maître-échanson à sa boisson, et celui-ci présenta la
coupe à la main de Pharaon;
Ge 40:22
et le maître-panetier, il le fit pendre, ainsi que l'avait présagé Joseph.
Ge 40:23
Mais le maître-échanson ne se souvint plus de Joseph, il l'oublia.
Ge 41:1
Après un intervalle de deux années, Pharaon eut un songe, où il se voyait debout
au bord du fleuve.
Ge 41:2
Et voici que du fleuve sortaient sept vaches belles et grasses, qui se mirent à
paître dans l'herbage;
Ge 41:3
puis sept autres vaches sortirent au fleuve après elles, celles-là chétives et
maigres, et s'arrêtèrent près des premières au bord du fleuve;
Ge 41:4
et les vaches chétives et maigres dévorèrent les sept vaches belles et grasses.
Alors Pharaon s'éveilla.
Ge 41:5
Il se rendormit, et eut un nouveau songe. Voici que sept épis, pleins et beaux,
s'élevaient sur une seule tige;
Ge 41:6
puis sept épis maigres, et flétris par le vent d'est, s'élevèrent après eux,
Ge 41:7
et ces épis maigres engloutirent les sept épis grenus et pleins. Pharaon
s'éveilla, et c'était un songe.
Ge 41:8
Mais, le matin venu, son esprit en fut troublé, et il manda tous les magiciens
de l'Egypte et tous ses savants. Pharaon leur exposa son rêve, mais nul ne put
lui en expliquer le sens.
Ge 41:9
Alors le maître-échanson parla devant Pharaon en ces termes:“ Je rappelle, en
cette occasion, mes fautes.
Ge 41:10
Un jour, Pharaon était irrité contre ses serviteurs; et il nous fit enfermer
dans la maison du chef des gardes, moi et le maître-panetier.
Ge 41:11
Nous eûmes un rêve la même nuit, lui et moi, chacun selon le pronostic de son
rêve.
Ge 41:12
Là était avec nous un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui
racontâmes nos songes et il nous les interpréta, à chacun selon le sens du sien.
Ge 41:13
Or, comme il nous avait pronostiqué, ainsi fut-il: moi, je fus rétabli dans mon
poste, et lui on le pendit.”
Ge 41:14
Pharaon envoya quérir Joseph, qu'on fit sur-le-champ sortir de la geôle; il se
rasa et changea de vêtements, puis il parut devant Pharaon.
Ge 41:15
Et Pharaon dit à Joseph: “ J'ai eu un songe, et nul ne l'explique mais j'ai ouï
dire, quant à toi, que tu entends l'art d'interpréter un songe.”
Ge 41:16
Joseph répondit à Pharaon en disant: “Ce n'est pas moi, c'est Dieu, qui saura
tranquilliser Pharaon.”
Ge 41:17
Alors Pharaon parla ainsi à Joseph: “ Dans mon songe, je me tenais au bord du
fleuve.
Ge 41:18
Et voici que du fleuve sortirent sept vaches grasses et de belle taille, qui
vinrent paître dans l'herbage;
Ge 41:19
puis sept autres vaches les suivirent, maigres, d'apparence fort chétive, et
toutes décharnées: je n'en ai point vu d'aussi misérables dans tout le pays
d'Egypte.
Ge 41:20
Ces vaches maigres et chétives dévorèrent les sept premières vaches, les
grasses.
Ge 41:21
Celles-ci donc passèrent dans leur corps, mais on ne se serait pas douté
qu'elles y eussent passé: elles étaient chétives comme auparavant. Je
m'éveillai.
Ge 41:22
Puis je vis en songe sept épis, s'élevant sur une même tige, pleins et beaux;
Ge 41:23
ensuite sept épis secs, maigres, brûlés par le vent d'est, s'élevèrent après
eux,
Ge 41:24
et ces épis maigres absorbèrent les sept beaux épis. Je l'ai raconté aux
magiciens, et nul ne me l'a expliqué.”
Ge 41:25
Joseph dit à Pharaon: “ Le songe de Pharaon est un: ce que Dieu prépare, il l'a
annoncé à Pharaon.
Ge 41:26
Les sept belles vaches, ce sont sept années; les sept beaux épis, sept années:
c'est un même songe.
Ge 41:27
Et les sept vaches maigres et laides qui sont sorties en second lieu, - sept
années, de même que les sept épis vides frappés par le vent d'est. Ce seront
sept années de famine.
Ge 41:28
C'est bien ce que je disais à Pharaon:ce que Dieu prépare, il l'a révélé à
Pharaon.
Ge 41:29
Oui, sept années vont venir, - abondance extraordinaire dans tout le territoire
d'Egypte.
Ge 41:30
Mais sept années de disette surgiront après elles, et toute abondance
disparaîtra dans le pays d'Egypte, et la famine épuisera le pays.
Ge 41:31
Le souvenir de l'abondance sera effacé, dans le pays, par cette famine qui
surviendra, car elle sera excessive.
Ge 41:32
Et si le songe s'est reproduit à Pharaon par deux fois, c'est que la chose est
arrêtée devant Dieu, c'est que Dieu est sur le point de l'accomplir.
Ge 41:33
Donc, que Pharaon choisisse un homme prudent et sage, et qu'il le prépose au
pays d'Egypte.
Ge 41:34
Que Pharaon avise à ce qu'on établisse des commissaires dans le pays, et qu'on
impose d'un cinquième le territoire d'Egypte durant les sept années d'abondance.
Ge 41:35
Qu'on amasse toute la nourriture de ces années fertiles qui approchent; qu'on
emmagasine du blé sous la main de Pharaon, pour l'approvisionnement des villes,
et qu'on le tienne en réserve.
Ge 41:36
Ces provisions seront une ressource pour le pays, lors des sept années de
disette qui surviendront en Egypte, afin que ce pays ne périsse pas par la
famine.”
Ge 41:37
Ce discours plut à Pharaon et à tous ses serviteurs.
Ge 41:38
Et Pharaon dit à ses serviteurs: “ Pourrions-nous trouver un homme tel que
celui-ci, plein de l'esprit de Dieu? ”
Ge 41:39
Et Pharaon dit à Joseph: “Puisque Dieu t'a révélé tout cela, nul n'est sage et
entendu comme toi.
Ge 41:40
C'est toi qui seras le chef de ma maison; tout mon peuple sera gouverné par ta
parole, et je n'aurai sur toi que la prééminence du trône.”
Ge 41:41
Pharaon dit à Joseph: “Vois! Je te mets à la tête de tout le pays d'Egypte.”
Ge 41:42
Et Pharaon ôta son anneau de sa main et le passa à celle de Joseph; il le fit
habiller de byssus, et suspendit le collier d'or à son cou.
Ge 41:43
Il le fit monter sur son second char; on cria devant lui: Abrêk, et il fut
installé chef de tout le pays d'Egypte.
Ge 41:44
Pharaon dit à Joseph: “Je suis le Pharaon: mais, sans ton ordre, nul ne remuera
la main ni le pied dans tout le pays d'Egypte.”
Ge 41:45
Pharaon surnomma Joseph Çâfenath-Panêah, et il lui donna pour femme Asenath,
fille de Pôti-Féra, prêtre d'On. Joseph fit une excursion dans le pays d'Egypte.
Ge 41:46
Or, Joseph avait trente ans lorsqu'il parut devant Pharaon, roi d'Egypte.
Joseph, étant sorti de devant Pharaon, parcourut tout le pays d'Egypte.
Ge 41:47
La terre, pendant les sept années de fertilité, produisit d'abondantes moissons.
Ge 41:48
On amassa toutes les denrées des sept années, qui se trouvèrent dans le pays
d'Egypte, et l'on approvisionna les villes: on mit dans chaque ville les denrées
des campagnes d'alentour.
Ge 41:49
Et Joseph fit des amas de blé considérables comme le sable de la mer; tellement
qu'on cessa de le compter, car c'était incalculable.
Ge 41:50
Or, il naquit à Joseph, avant qu'arrivât la période de disette, deux fils, que
lui donna Asenath, fille de Pôti-Féra, prêtre d'On.
Ge 41:51
Joseph appela le premier-né Manassé: “ Car Dieu m'a fait oublier toutes mes
tribulations et toute la maison de mon père.”
Ge 41:52
Au second, il donna le nom d'Éphraïm: “ Car Dieu m'a fait fructifier dans le
pays de ma misère.”
Ge 41:53
Quand furent écoulées les sept années de l'abondance qui régnait dans le pays
d'Egypte,
Ge 41:54
 survinrent les sept années de la disette, comme l'avait prédit Joseph. Il y eut
famine dans tous les pays, mais dans le pays d'Egypte il y avait du pain.
Ge 41:55
Tout le territoire égyptien étant affligé par la disette, le peuple demanda à
grands cris, à Pharaon, du pain. Mais Pharaon répondit à tous les Egyptiens:
“Allez à Joseph; ce qu'il vous dira, vous le ferez.”
Ge 41:56
 Comme la famine régnait sur toute la contrée, Joseph ouvrit tous les greniers,
et vendit du blé aux Egyptiens. La famine persista dans le pays d'Egypte.
Ge 41:57
De tous les pays on venait en Egypte pour acheter à Joseph, car la famine était
grande dans toute la contrée.
Ge 42:1
EXTRAIT 



On mit en oeuvre les pierres de choham, qu'on enchâssa dans des chatons d'or et
où l'on grava, comme on grave un sceau, les noms des fils d'Israël.
Ex 39:7
 On les ajusta sur les épaulières de l'éphod, comme pierres de souvenir pour les
Israélites, ainsi que l'Eternel l'avait ordonné à Moïse.
Ex 39:8
 Puis on confectionna le pectoral damassé à la façon de l'éphod; en or, azur,
pourpre, écarlate et lin retors.
Ex 39:9
 Ce pectoral était carré, on l'avait plié en deux; ainsi plié, il avait un empan
de long et un empan de large.
Ex 39:10
 On y enchâssa quatre rangées de pierreries. Sur une rangée: un rubis, une
topaze et une émeraude, première rangée;
Ex 39:11
 deuxième rangée: un nofek, un saphir et un diamant;
Ex 39:12
 troisième rangée: un léchem, un chebô et un ahlama;
Ex 39:13
 quatrième rangée: une tartessienne, un choham et un jaspe. Quant à leur
sertissure, elles furent enchâssées dans des chatons d'or.
Ex 39:14
 Ces pierres portant les noms des fils d'Israël, étaient douze selon ces mêmes
noms; on y avait gravé comme sur un sceau, chacune par son nom, les douze
tribus.



2012-05-01

De la biologie à la société de l'information



Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 

1) combattre ; >2) ne rien faire ;  >3) fuir.


Dès la naissance l'individu se trouve pris dans un cadre socioculturel dont le but essentiel est de lui créer des automatismes d'actions et de pensée indispensables au maintien de la structure hiérarchique de la société à laquelle il appartient.

La nouvelle grille propose un moyen d'interprétation de l'expérience humaine en situation sociale. Le développement de la biologie cérébrale, qui commande aux comportements, a montré qu'il existait des liens entre la physique, dont la connaissance nous a permis de dominer le monde inanimé, et le discours logique. Celui-ci justifie toujours notre comportement qui, lui, n'exprime que les mécanismes inconscients aboutissant à la recherche de la domination entre individus, groupes sociaux, classes, Etats, blocs d'Etats. 

La biologie enrichit la physique de la notion d'information, qui n'est ni masse, ni énergie, mais mise en forme spécifique des systèmes vivants. Parmi d'autres, Aristote, Marx et Freud ont fourni de nouveaux concepts pour décoder le chaos de l'expérience et ont recherché les relations entre la matière et l'esprit. Mais ces théories ont pris naissance alors que la biologie, la biologie comportementale en particulier, n'était pas encore née. 
La nouvelle grille n'exclut pas les anciennes théories, mais les inclut de façon cohérente. Le monde n'est pas un magasin de pièces détachées.



Les besoins de l’homme moderne lui sont essentiellement suggérés par son environnement social. En apparence, chaque individu semble désirer posséder les signes, les objets et les comportements de la classe qui le domine et à laquelle il souhaite appartenir. C’est apparemment la tendance fréquente du matérialisme bourgeois. 

En réalité, nous verrons en traitant de la diffusion des informations que la société bourgeoise et nous entendons par là toute société dans laquelle la motivation fondamentale est le profit pour la domination, ne diffuse que les informations lui permettant de se maintenir. Or, Pour se maintenir, elle doit vendre, d’où le mythe de l’expansion continue. Pour vendre, elle doit produire exclusivement des objets qui s’achètent d’une part, et faire participer la masse des producteur à ces achats.

Il résulte de cet enchaînement impératif que pour survivre elle doit créer dans le système nerveux de tous les individus qui la constituent, quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent, des automatismes basés sur des jugements de valeur qu’elle croit elle-même être des choix. Elle y parvient d’autant plus facilement aujourd’hui que la diffusion des informations est plus rapide et que les moyens de diffuser ces informations sont plus nombreux. 

La technologie a réalisé là sa plus belle performance. La publicité par l’affiche, la presse, la radio, la télévision n’a qu’une finalité : créer des automatismes. Bien plus, tout ce qui est vu ou entendu ne vise qu’à créer une conception générale de la vie humaine orientée vers la notion que le bonheur s’obtient en consommant.


 Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 
1) combattre ;
2) ne rien faire ;


2012-04-14

ECOLE


Pourquoi certains élèves s'en sortent plutôt bien et d'autres non, en suivant le même enseignement, qu'est ce qui est la cause de cette hétérogénéité, trop importante pour être attribuée au seul travail des uns, et paresse des autres.On peut constater que nombre des élèves du premier et du second degré mémorisent des mots et des images sans en connaître le sens ou de façon approximative seulement.

Ce qui est plutôt gênant à l'école, où, en principe, on apprend pour comprendre : l'apprentissage scolaire étant par définition l'intégration compréhensive des savoirs et leur construction élaborée de façon ordonnée, rationalisée tout en étant personnelle.

Il serait donc regrettable que certains élèves, pour en partie des causes que nous allons étudier, réduisent l'apprentissage scolaire à de la simple mémorisation cumulative insensée, par incapacité à lui donner du sens.Certes la mémorisation est nécessaire comme outil des apprentissages, mais la maîtrise, l'appropriation de ceux-ci, nécessite la compréhension du sens, qui n'est pas inhérente à la fixation et rétention des éléments mémorisés.

Par exemple, dans son livre Mémoire et réussite scolaire Alain Lieury fait état de 6000 mots nouveaux rencontrés dans les manuels par les élèves de 6 ème . Au sortir de cette classe, 2500 mots seront maîtrisés en moyenne (mots compris et employés à bon escient ). Cette moyenne implique des écarts signifiants entre les bons élèves ( 17/20 de moyenne générale ) qui en maîtrisent 3786, et les mauvais élèves ( 4, 5/20 de moyenne générale ) qui en maîtrisent 1146 seulement. Donc des élèves peuvent passer une année scolaire en ne comprenant qu'un sixième du vocabulaire employé.

Pourquoi ? Comment cela est-il possible ?

Chaque locuteur construit son support imagé de sens avec ses propres caractéristiques culturelles : environnement, expériences, connaissances, perception du monde, des autres, etc.).Connaissances, références culturelles, images mentales, creusent un fossé dans le décodage perceptif.



extrait de : 
Langue, culture et images mentales.Contribution à la compréhension des difficultés d'accès au sens des mots et des images par certains élèves.
Jean-Marc DUFOUR / PIUFM de Lorraine

2012-04-04

POLITIQUE


« Les sociétés libérales ont réussi à faire convaincre l’individu que la liberté se trouvait dans l’obéissance aux règles des hiérarchies du moment et dans l’institutionnalisation des règles qu’il faut / observer pour s’élever dans ces hiérarchies. Les pays socialistes ont réussi à convaincre l’individu que lorsque la propriété privée des moyens de production et d’échanges était supprimée, libérée de l’aliénation de sa force au capital, il devenait libre, alors qu’il reste tout autant emprisonné dans un système hiérarchique de dominance. » pages 72-73


Révolution — Il y a bien des révolutionnaires ou soi-disant tels, mais ils sont si peu habitués à faire fonctionner cette partie du cerveau que l’on dit propre à l’Homme, qu’ils se contentent généralement, soit de défendre des options inverses de celles imposées par les dominants, soit de tenter d’appliquer aujourd’hui ce que des créateurs du siècle dernier ont imaginé pour leur époque. Tout ce qui n’entre pas dans leur schémas préfabriqués n’est pour eux qu’utopie, démobilisation des masse idéalisme petit-bourgeois. Il faut cependant reconnaître que ces idéologies à facettes qu’ils défendent furent proposés par de petits-bourgeois, ayant le temps de penser et de faire appel à l’imaginaire. Mais aucune de ces idéologies ne remet en cause les systèmes hiérarchiques, la production, la promotion sociale, les dominances. Elles vous parlent de nouvelles sociétés, mais ceux qui la préconisent pensent bien bénéficier d’une place de choix dans ces sociétés à venir [puisque c’est leur idée]. » page 99.


Voilà de quoi est faite la vie quotidienne de millions d’hommes : travail, famille… et loisirs organisés. Bien sûr personne n’empêche personne de « sublimer » sa vie, de rechercher la « transcendance », d’absorber la culture en place et d’y trouver des compensation à l’absurdité de sa vie quotidienne. De même à l’absence d’action gratifiante, la soupape de l’engagement politique ou syndicaliste, du militantisme, peut procurer à l’individu l’impression qu’il sort de lui-même, travaille pour le bien commun et un monde meilleur, mais, dans ce dernier cas, il lui est généralement inertdit de penser par lui-même, de rechercher ses sources s’information ailleurs que dans les bréviaires généralement psalmodiés au cours des réunions publiques où, comme partout, c’est la mémoire et le conformisme qui sont les plus appréciés. Il lui est généralement interdit de faire fonctionner son imagination s’il veut … éviter de se faire traiter d’anarchiste, de gauchiste, voire même d’utopiste. … 


EXTRAIT DE éloge de la fuite / Henri Laborit

2012-01-24

Eloge de la fuite de HENRI LABORIT


"Croire que l’on s’est débarrassé de l’individualisme bourgeois parce que l’on s’exprime à l’ombre protectrice des classes sociales et de leurs luttes, que l’on semble agir contre le profit, l’exploitation de l’homme par l’homme, les puissances d’argent, les pouvoirs établis, c’est faire preuve d’une parfaite ignorance de ce qui motive, dirige, oriente les actions humaines et avant tout de ce qui motive, dirige et oriente nos propres jugements, nos propres actions."

 "En pays capitalistes (…), le système, cimenté par la puissance adhésive de la marchandise, accepte, pourvu qu’elle se vende, toute idée, même révolutionnaire. Sa vente ne peut que favoriser la cohésion du système et montrer le libéralisme idéologique de la société qui l’autorise."

On aurait pu espérer que, libérés de la famine et de la pénurie, les peuples industrialisés retrouveraient l’angoisse existentielle, non pas celle du lendemain, mais celle résultant de l’interrogation concernant la condition humaine. 

On aurait pu espérer que celle résultant du temps libre, autorisé par l’automation, au lieu d’être utilisé à faire un peu plus de marchandises, ce qui n’aboutit qu’à mieux cristalliser les dominances, serait abandonné à l’individu pour s’évader de sa spécialisation technique et professionnelle. En réalité, il est utilisé pour faire un recyclage au sein de cette technicité en faisant miroiter à ses yeux, par l’intermédiaire de cet accroissement de connaissances techniques et de leur mise à jour, une facilitation de son ascension hiérarchique, une promotion sociale. 

Ou bien on lui promet une civilisation de loisirs. Pour qu’il ne puisse s’intéresser à l’établissement des structures sociales, ce qui pourrait le conduire à en discuter le mécanisme et la validité, donc à remettre en cause l’existence de ces structures, tous ceux qui en bénéficient aujourd’hui s’efforcent de mettre à la disposition du plus grand nombre des divertissements anodins, exprimant eux-mêmes l’idéologie dominante, marchandise conforme et qui rapporte." 

  Extraits du film d'Alain Resnais : 
 Mon oncle d'Amérique, 1980. 
 Inspiré par les travaux du professeur Henri Laborit.







l'éloge de la fuite 1
l'éloge de la fuite 2 par gazobu

2011-12-30

La cité à travers l'histoire par Lewis Mumford


"La société des grandes métropoles est particulièrement bien outillée pour éliminer les initiatives spontanées et l’indépendance de l’esprit."


Au dernier stade de son développement, la métropole capitaliste est devenue le ressort essentiel qui assure le fonctionnement de cet absurde système. Elle procure à ses victimes l’illusion de la puissance, de la richesse, du bonheur, l’illusion d’atteindre au plus haut point de la perfection humaine.

En fait, leur vie est sans cesse menacée, leur opulence est éphémère et privée de goût, leurs loisirs sont désespérément monotones, et leur peur justifiée de la violence aveugle et d’une mort brutale pèse sur cette apparence de bonheur. Dans un monde où ils ne peuvent plus reconnaître leur œuvre, ils se sentent de plus en plus étrangers et menacés : un monde qui de plus en plus échappe au contrôle des hommes, et qui, pour l’humanité, a de moins en moins de sens.

Certes, il faut savoir détourner les yeux des sombres aspects de la réalité quotidienne pour prétendre, dans ces conditions, que la civilisation humaine a atteint son plus brillant sommet.

Mais c’est à cette attitude que les citoyens de la métropole s’entraînent chaque jour : ils ne vivent pas dans un univers réel, mais dans un monde de fantasmes, habilement machiné dans tout leur environnement, avec des placards, des images, des effets de lumière et de la pellicule impressionnée ; un monde de murs vitrés, de plexiglass, de cellophane, qui les isole de leur peine et des mortifications de la vie, - monde d’illusionnistes professionnels entourés de leurs dupes crédules. (…)

Les spectateurs ne conversent plus comme des personnes qui se rencontrent au croisement des routes, sur la place publique, autour d’une table. Par l’antenne de la radio et de la télévision, un très petits nombre d’individus interprètent à notre place, avec une adresse toute professionnelle, les mouvements d’opinion et les événements quotidiens. Ainsi les occupations les plus naturelles, les actes les plus spontanées sont l’objet d’une surveillance professionnelle et soumis à un contrôle centralisé. Des moyens de diffusion, aussi puissants que variés, donnent aux plus éphémères et aux plus médiocres ouvrages un éclat et une résonance qui dépassent de loin leurs mérites.

La cité à travers l'histoire
by Lewis Mumford
Publié : 1964, Éditions du Seuil (Paris)


Lewis MUMFORD, La Cité à travers l’histoire, 1961

2011-11-10

L'Odyssée d'Homère

Dans la petite île d'Ithaque, Pénélope et son fils Télémaque attendent Ulysse, leur époux et père. De l'autre côté des mers, Ulysse a pris le chemin du retour depuis longtemps déjà. Mais les tempêtes, les monstres, les géants, les dieux parfois, l'arrêtent ou le détournent de sa route.Ulysse découvre l'Inconnu où naissent les rêves et les peurs des hommes depuis la nuit des temps. L 0dyssée est une épopée grecque antique attribuée à Homère, qui l'aurait composée après l’Iliade, vers la fin du VIIIe siècle av. J.‑C. Elle est considérée comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature et, avec l’Iliade, comme l'un des deux poèmes fondateurs de la civilisation européenne.

2011-09-02

Iliade d'Homère

Le thème de l'épopée est la guerre de Troie dans laquelle s'affrontent les Achéens venus de toute la Grèce et les Troyens et leurs alliés, chaque camp étant soutenu par diverses divinités comme Athéna, Poséidon ou Apollon. Après un siège de dix ans, le sort des armes hésite encore dans de multiples combats collectifs ou individuels où s'illustrent des figures comme Ajax, Hector ou Patrocle. Finalement les Achéens l'emportent grâce à la victoire d'Achille qui tue le chef troyen en combat singulier.

2011-06-03

ALAIN REY

TERROIR


Alain Rey (1/4): «terroir» par Mediapart

FLUX MIGRATOIRE




REFORME



PRO et ANTI

Aphorismes sur la sagesse dans la vie



"comparer la vie à une etoffe brodée dont chacun ne verrait, dans la première moitié de son existence, que l'endroit, et, dans la seconde, que l'envers ; ce dernier côté est moins beau, mais plus instructif, car il permet de reconnaître l'enchainements des fils."


Pour Schopenhauer, la sagesse dans la vie est l'art de rendre celle-ci aussi agréable et heureuse que possible. Dans ce traité, il invite le lecteur à se recentrer sur ce qu'il a en lui-même et à en tirer les bénéfices pour son existence.





Paru en 2011
173 pages
Classé dans Philosophie

ISBN 9782130588313

2011-05-31

DES SOURCES DE LA CONNAISSANCE ET DE L IGNORANCE Karl.R POPPER









« La vérité transcendance l’autorité humaine ». Karl Popper.



Cette conférence aborde la question philosophique de la recherche de la vérité et des sources de la connaissance humaine. Il examine à ce sujet plusieurs théories de la connaissance qui cherchent une solution au problème du fondement du savoir. Si l’homme cherche la vérité, par quel moyen pourra-t-il obtenir des connaissances certaines? Le problème est alors d’examiner la théorie empiriste de la connaissance et également la théorie rationaliste.

L’auteur se propose d’ailleurs de critiquer ces deux théories dans leur prétention à obtenir la vérité à partir d’un fondement solide et absolument indubitable. L’auteur se présente cependant lui-même comme un rationaliste et un empiriste mais « d’un genre particulier » (p. 17). Il faudra donc se demander en quoi la théorie de Popper est-elle spécifique et se distingue de l’empirisme et du rationalisme et en quoi il fait la critique des ces deux théories qui prétendent indiquer le moyen pour l’homme d’obtenir des connaissances vérifiables.

Il reconnaît certes, dès le début du texte, que l’observation, autant que la raison, jouent un rôle dans l’élaboration de la connaissance mais il reste encore à en préciser « les fonctions respectives ». Nous verrons qu’ici Popper expose sa théorie qu’il veut définir comme un « rationalisme critique » qui énonce que l’homme peut réfuter des théories et être certain de ce qui est faux, mais qu’il n’est pas possible à l’homme d’atteindre la vérité même en science.

Nous verrons en effet que selon Popper, l’homme ne peut pas atteindre la vérité mais ne peut se faire sur le monde que des conjectures. Popper citera dans son livre (P. 140) Xénophane selon qui « la vérité certaine nul homme ne l’a connue ». Cette formule permettra à l’auteur de souligner que la recherche de la vérité n’est sans doute pas possible. Pour autant, cela ne veut pas dire que nou ne pouvons pas éliminer nos erreurs par la critique des théories (falsifiabilité). C’est sans doute cela que Popper nomme le « rationalisme critique », c’est le refus de croire qu’il est possible d’aller à la vérité directement : nous ne pouvons que corriger nos erreurs. Quel est le fondement de la connaissance ? Popper dit page 140 qu’il n’en sait rien car l’homme ne peut atteindre que des hypothèses, des suppositions et non des certitudes absolues. Il opte donc pour une conception “conjecturale” de la connaissance humaine



1) Empirisme et rationalisme . (chapitre 1)



Nous commencerons l’étude du texte par la lecture du chapitre 1 de la page 15 à 17.



L’auteur commence par reprendre la vieille querelle qui oppose l’école philosophique anglaise, c’est-à-dire l’empirisme qui est représenté par des philosophes comme Hume, Bacon, Berkeley, Locke, Stuart Mill, et l’école dite « continentale » c’est-à-dire le rationalisme classique de Descartes, Spinoza ou Leibniz. Dans le premier cas, l’empirisme dit que le fondement de toute connaissance, et donc la source de la vérité se trouve dans l’observation, tandis que l’autre école disait que la fondement de la connaissance c’est « la vision des idées claire et distinctes » (théorie de Descartes par exemple).
Expliquons donc l’opposition entre ces deux théories :
Une connaissance est toujours la mise en relation d’un sujet et d’un objet par une certaine structure que le sujet peut mobiliser pour décrire l’objet : mais les avis divergent sur la part qui revient plutôt au sujet dans l’acte de connaître ou la part qui revient à l’objet. Les structures en question pourront être plutôt celle du sujet, ou plutôt celle de l’objet.

D’où un questionnement philosophique sur la manière dont se construit le savoir : ou bien la connaissance n’est que le résultat de l’enregistrement dans le sujet d’informations déjà organisées dans le monde extérieur, ou bien elle est plutôt produite par le sujet lui-même qui possède la faculté d’agencer les données immédiates de la perception. Globalement la philosophie oppose une tendance « réaliste » qui voudrait que ce soit le monde qui s’imprime dans le sujet pour produire la connaissance, ou plutôt un idéalisme qui insiste beaucoup plus sur la part que le sujet lui-même intègre à l’acte de connaître. Ces deux théories sont impossibles à réfuter ou à démontrer : il s’agit d’hypothèses philosophiques.

La première tend à expliquer la connaissance humaine à partir de l’action que les objets exercent sur le sujet : c’est la théorie de « l’esprit-seau » : la connaissance n’est qu’une information reçue par l’intermédiaire des sens (thèse sensualiste déjà évoquée par Platon dans le Théétète : « notre esprit est un seau, à l’origine il est vide ou à peu près et des matériaux rentrent dans le seau par l’intermédiaire de nos sens, il s’accumulent et sont digérés ». On retrouve cette métaphore avec l’idée de “tabula rasa”, ou de l’esprit comparé à une page blanche, qui autorisait Locke ou Hume, à dire que toutes nos idées viennent de nos sensations. Il n’y a donc pas d’idées innées, voilà la thèse empiriste. Connaître c’est recevoir. Nos sens sont frappés par des objets extérieurs qui engendrent nos représentations : la connaissance dérive intégralement de l’expérience et la limite. « Nihil est in intellectun quod non fuerit in sensu ».



Le problème alors est d’expliquer les erreurs : si connaître c’est recevoir pourquoi tout le monde ne voit-il pas la vérité ? Cela vient du sujet (et non de l’objet) qui voit mal ou interprète mal sa perception. C’est dans l’esprit (et non dans la perception) que se trouve nos erreurs de jugement : il faut donc pouvoir purger l’esprit de ses erreurs et il pourra voir la vérité.



L’autre théorie est le rationalisme. C’est la théorie selon laquelle la connaissance mobilise pour se constituer des éléments qui ne sont pas réductibles à l’expérience. Dans ce cas, le rationalisme imagine parfois que l’esprit possède dès le départ des idées innées (Descartes) ou pour le moins, des données, des notions primitives sans lesquelles le donné de l’expérience n’aurait pour nous aucun sens. Dans ce sens l’esprit possède ses propres lois que la sensation ne fait que mobiliser pour produire une connaissance. Il ya donc dans la tradition rationaliste l’idée que l’esprit humain est capable de produire par lui-même ses propres vérités



L’auteur remarque que le débat entre ces deux théories est toujours actuel : l’empirisme est la théorie dominante en Angleterre ou aux Etats- Unis, mais globalement, et même en Europe, c’est la théorie que l’on tient pour vraie s’agissant de la connaissance scientifique. Cela veut dire que nous pensons que la science se construit non pas sur des idées, des intuitions évidentes (comme le souhaitait “l’intellectualisme” cartésien) mais sur une base d’observation des phénomènes. On se souvient que pour Descartes en effet, la recherche de la vérité commence par la recherche d’idées claires et distinctes qui étant absolument certaines et évidentes, comme le cogito, fonde le savoir, sont le premier socle à partir duquel l’esprit peut ensuite tenter de reconstruire une connaissance certaine.



L’auteur précise enfin que malgré le fait que l’empirisme et le rationalisme semblent opposées, il considère non seulement qu’elles ont en fait plus de points communs que l’on croit, et qu’elles sont toutes les deux dans l’erreur, car selon l’auteur « ni l’observation, ni la raison ne peuvent suffire à produire la connaissance » ni certifier à l’homme un accès à la vérité.

Sans doute l’observation et la raison jouent un rôle mais pas le rôle que leur assignent les théories empiristes ou rationalistes. Donc l’auteur prétend dépasser les deux thèses exposées pour une autre position qu’il nommera à la fin du livre « un rationalisme critique ». Nous verrons que le propre de ce rationalisme critique, est d’affirmer que l’homme peut essayer d’atteindre la vérité mais qu’elle risque fort de rester en dehors de notre portée.

TEXTE EXTRAIT DU BLOG
http://chevet.unblog.fr


Popper, Karl Raimund
Karl Popper
traduit de l'anglais par Michelle-Irène et Marc B. de Launay
Rivages , Paris
collection Rivages-Poche , numéro 241
Parution : mars 1998